‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 80 sur 127 · Voir 1"' article, ii° 8, p · texte numérisé non relu

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198 l'avkmr de la musique sacrée

Résumons-les encore sans nous lasser. Lira qui voudra.

On objecte que si, d'une part, le principe est admissible pour les neumes représentant un mouvement mélodique de deux ou de trois sons (1); d'autre part, il est sujet à discussion — on dit môme : inadmissible — 1° lorsque le signe neumatique représente un soûl son (tel que la virga ou le piinclum exprimant une seule syllabe littéraire) ; et 2° lorsque le signe neumatique représente 4 sons et plus (4, 5, 6, 7, 8 sons, on le sait).

Nous laisserons de côté ce 2", nous réservant d'y revenir plus tard.

Elucidons le premier point en litige :

Question : Le signe neumatique — virga ou punctum — repré sentant un seul son doit-il être regardé comme une unité rythmique équivalant à un temps musical moderne, au même titre que tout signe neumatique représentant plusieurs sons adjoints en une seule formule — podatus, clivis,torculus,etç,? En d'autres termes encore : Doit-on toujours traduircpar une noire de notre notation moderne toute virga ou tout purictum isolé et placé sur une syllabe littéraire, la noire étant prise comme type graphique représentant l'unité rythmique de nos traductions ?

Nous avons un ensemble do raisons majeures à invoquer pour appuyer notre réponse affirmative : Oui, le signe neumatique en question représente une unité rythmique.

Ces raisons peuvent s'énoncer sous deux chefs distincts.

Les premières nous sont suggérées par les textes théoriques de l'antiquité et par les commentaires des traducteurs modernes.

4° Au plus loin que nous remontions, nous trouvons dans le système musical l'emploi de la note longue de 2, de 3, de 4 temps brefs — acception ancienne — égalant à elle seule la durée totale d'un pied rythmique d'un genre donné.

Donc le fait est possible. Je vais même plus loin, en ajoutant qu'il est inévitable, attendu que la variété dans la musique naît S|)écialement des imprévus rythmiques (2), et que

1. Pourquoi c(Mix-là seuls, on sciait en ])('inc de les déinonlrcr !

2. Il n'e.st nullement question de déformulion du ryliimo établi, laquelle n'est lolérablc (lu'accidentellement. Tel est le cas des mesures

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l'impression rythmique est impossible à produire si l'on n'a h sa disposition que deux sortes de valeurs : la noire {longue) et la croche {brève).

Notre temps musical moderne étant l'équivalent d'un pied rythmique ancien (1) la longue antique est, à son tour — quel que soit le nombre de temps brefs anciens qu'elle représente momentanément — , l'équivalent de notre unité rythmique moderne représentée par unenozVe, ai-je dit précédemment. 2° C'est Guy d'Arezzo qui spécifie le fait non plus comme possible mais comme existant fondamentalement : « Unus, duo, très sorti aptantur in syllabas... »

3° C'est S. Odon de Cluny le spécifiant de son côté : « Sicut duds aut très... voces, ita quoque.. sola vox... »

4° C'est tout l'enseignement du moyen âge qui nous rappelle l'existence de ces notes longues de valeur différente selon le genre rythmique de l'œuvre.

5° C'est enfin notre système musical moderne, suite logique et nécessaire de tout l'enseignement antérieur, qui non seulement emploie Vunité-temps, mais crée toute la classification des unités doubles, triples, quadruples ^(blanches, blanches pointées, rondes) en mettant debout le plus parfait système d'écriture musicale qu'aucun peuple ait jamais imaginé.

L'existence de cette note longue, unité rythmique théorique, est donc démontrée par son existence même comme l'unité-temps moderne ou l'unité-pied ancienne le sont, chacune de son côté, parleur existence de toute antiquité.

Et, de même que le fait de l'existence de l'unité rythmique représentée par une note isolée était inévitable, de [même, comme contre-partie, j'ajoute qu'un système musical ne connaissant pas l'emploi de cette sorte d'unité-temps ne peut pas exister humainement parlant: point de vue physiologique qui a bien sa valeur propre au moins égale à celle que l'on prétend faire reconnaître à tel ou tel texte obscur d'un théoricien du moyen âge.

Nier la possibilité d'existence de la note isolée égalant l'unité rythmique, c'est décréter /^ro/jrîo motu que toutes les notes sont brèves dans le chant grégorien. Mais on le décrète sans s'apercevoir qu'on se heurte à un écueil insurmontable, musicalement parlant, savoir : que des notes brèves succèsintercalaires composées d'un nombre de temps différent de celui qui sert de base rythmique à l'œuvre envisagée, 1. V. notre précédent article, n» 8, p. 128, de cette revue.

sives sont, une à une, des fragments d'un pied rythmique, et c'est là que nous attendons les critiques de nos systèmes de traduction. Comment, ot d'après quelles indications certaines grouperont-ils ces fragments en des touls certains, i. e., des pieds rythmiques délinis? Gomment, par conséquent, oserat-on soutenir — comme certaine école — que toutes les notes sont brèves sauf la dernière de chaque formule neumatique, alors que, d'après l'application de cette théorie, il n'y a plus de rythme musical saisissable, mais une guirlande dénotes ânonnées avec une préciosité prétentieuse !

'*ïja seconde raison majeure à invoquer est tirée de l'étude de la notation elle- même et du mode d'emploi de cette valeurtemps sur le texte qu'elle exprime.

Laissant de côté les théoriciens de l'antiquité dont le témoignage serait nul en ce moment, nous demanderons à ceux du moyen âge si, dans le système musical qu'ils enseignèrent et dont ils écrivirent la théorie, les virga et piinc- ^^^m exprimant une syllabe littéraire, comme nous le voyons dans le verset : Qici Régis, du Graduel : Hodie Scietis (1), sur les mots : dediicis valut ouem.., et dans bien d'autres passages, si, dis-je, ces virga ou punctum étaient représentatifs de sons longs ou de sons brefs, d'une brièveté ou d'une longueur certaine et déterminée soit par la quantité prosodique, soit par le poids des syllabes littéraires ainsi exprimées musicalement.

La réponse (en est-ce une?) est le silence absolu.

Je ne connais aucun texte d'aucun auteur nous donnant la règle à suivre à ce sujet. Mon ignorance possible d'un texte peut-être existant n'étant pas une preuve en faveur de l'inexistence de ce texte réclamé, je demande à tous ceux qui affirment que telle virga est longue, telle autre brève (parce qu'il leur plaît le plus souvent de les chanter ainsi), do produire à l'appui de leur impression personnelle la preuve écrite que je reconnais ignorer.

Leur citation, leur preuve contraire par conséquent, sera la bienvenue, puisque, en élucidant un point capital encore douteux pour eux-mêmes, j'en ai la conviction, elle nous per-

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