‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 82 sur 127 · ASSEMBLEE GENERALE · texte numérisé non relu

ASSEMBLEE GENERALE

de la Société Sainte- Cécile d'Allemagne.

A MUNSTER (21, 22 et 23 août 1809).

Monsieur le Directeur,

J(> suis heur* u\ do voir avec quelle ardeur vous déicmle/ l'autorité du Saint-Siège eu matière de chant sacré. Ce m'est un encouragement à vous faire part de la bonne impression qucj'ai éprouvée à l'Assemblée générale de la Société Sainte- Cécile d'Allemagne, qui a eu lieu cette année à Miinster en AVeslphalic, les 21 , 22 et 23 août.

Toute question de nationalité mise de côté, nous n'avons à nous occuper ici qucdes exemples de parfaite soumission que donnent dos catholiques à d'autres catholiques, en une matière qui intéresse à un si haut point le culte public.

Le programme, des plus rem])lis,a été suivi très fidèlement.

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Il comprenait du plain-chant, de la musique polyphone et des chants populaires, le tout exécuté très artistiquement et dans la plus parfaite conformité avec les règles liturgiques. Munster, chef-lieu de la Westphalie, est une ancienne ville qui a toujours conservé ses traditions religieuses. Il y a toujours eu à Miinster d'excellentes maîtrises se transmettant d'âge en âge la bonne manière d'exécuter le chant d'église. Ce n'est donc point ici que peut valoir le reproche d'avoir perdu les traditions des anciens.

Pendant les trois jours qu'a duré l'Assemblée, \e?< quatrevingts chanteurs qui forment la maîtrise de la cathédrale ont chanté le plain-chant avec un ensemble admirable, d'après l'Edition officielle et avec laprononcialion romaine.

Combien j'aurais voulu voir présents à cette assemblée tous ceux qui dénigrent cette édition, plus peut-être par ignorance que par parti pris! Sûrement ils n'auraient pu s'empêcher d'admirer la netteté, le naturel dans l'expression, la dignité aveclaquelle ce plain-chant a été exécuté. Ces quatre-vingts voix semblaient n'en faire qu'une. Chaque syllabe était articulée avec nerf et précision, de façon à être comprise partout dans la cathédrale. On distinguait chaque mot par le relief que lui donnait la syllabe accentuée. Habitués que nous sommes à entendre chanter mollement, sans rythme, le plainchant, peut-être ceux qui se tenaient auprès du chœur auraient-ils été tentés de trouver exagérée la manière de rendre les podatus. Mais il est nécessaire d'articulerplus vigoureusement dans les grands vaisseaux, si l'on veut se faire com- ])rendre : les prédicateurs en savent quelque chose.

Le directeur, Mgr Schmidt, qui paraissait avoir tous ses chanteurs dans la main, tant ils suivaient bien ses moindres mouvements, savait imprimer également à chaque membre de phrase, à chaque phrase elle-même, l'allure et la nuance convenables, tantôt ralentir, tantôt accélérer, tantôt faire chanter moins fort, tantôt plus fort, selon que le sens le comportait. Combien, dans cette Edition officielle, le chant facilita la déclamation du texte, et combien le tout, paroles et musique, est également proportionné! Et dire que c'est sous prétexte d'art que certaines gens se refusent à accepter cette édition qui compléterait si heureusement l'unité du culte public défendue naguère avec tant d'ardeur par Dom Guéranger. Devant tout esprit non prévenu, on peut affirmer qu'elle vaut toutes les autres et qu'elle l'emporte sur beaucoup d'autres. D'ailleurs Rome s'est prononcée, et « tout ce que fait Rome est bien », disait Dom Guéranger.

Quant à la méthode générale d'exécution pratiquée pour le plain-chant à Munster, à Ratisbonne et dans beaucoup d'au-

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très lieux, je dirai en toute simplicité que je la préfère à celle qu'on s'elVorce de généraliser en France depuis quinze ou vingt ans. La première est plus positive, plus virile, plus naturelle. L'autre paraît trop rapide, artistique si l'on veut, mais au point d'en être artificieuse, maniérée.

11 serait à désirer que partout on adoptât la même pronoiï^ ciation du latin. La prononciation romaine donne une expression plus douce, plus distinguée. Il n'y a point là difficulté à vaincre, mais plutôt habitude à prendre : il suffit de vouloir et de persévérer. Déjà en plusieurs villes de France, voire même en de simples communes rurales, celte prononciation est en usage.

L'exécution de la musique polyphone a été superbe : c'est à décourager d'atteindre jamais une telle perfection. L'expression, les attaques successives, les syncopes, tout a été rendu avec assurance, sans hésitations aucunes. Ces cliers $()pranil ils paraissaient a^'oir du plaisir à se jouer des difficultés. La justesse et le maintien de la tonalité étaient impeccables, dans des chants la plupart a capclla. Et le troisième jour les voix étaient aussi iraîches que te premier.

Je n'oublierai jamais l'impression produite sur l'Assemblée parmi Salve Begina de Roland de Lassus, surtout aux mots in Jiac lacrymarum valle : cachet de tristesse et d'alfaisscment successifs. Toutes les poitrines étaient comme haletantes, oppressées par le spectacle de la misère et de l'angoisse.

Non, on ne peut dire que ces chefs-d'œuvre de Palestrina. Vittoria, etc., composés il y a trois cents ans, ne soient plus de notre temps. Ils participent pour ainsi dire à la calholicilô du plain- chant. Celui qui a écrit dans une Sema'mp rdigieufiP., le 9 septembre dernier, que Palestrina n'est pas l'idéal, que ceux qui l'imitent au xix' siècle ne sont pas intéressants du tout, n'a certainement pas assisté à l'Assemblée de Mimster ni à d'autres semblables.Ily aurait pu constater que Palestrina, Roland de Lassus et Vittoria ne nous sont point aussi étrangers, même aujourd'hui, qu'il lui a plu do le dire, et que les F. Witt, les Ilaller, les Milterer, qui en suivent les glorieuses traces avec leur génie propre, se laissent encore très bien entendre et admirer après leurs maîtres.

Mais n'oublions pas une condition essentielle : il faut être capable de les exécuter; sinon, dit le Règlement de la S. C. des Rites, il sera préférable de s'en tenir au plain chant.

Sans expression, sans rythme, sans fini d'exécution, la musicpie polyphone, môme de Palestrina, est une véritable cacophonie. Mais quand elle est pratiquée A^v).ç,toutPs les conditions artistiques voulues, combien alors toutes les parties

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se font entendre clairement, se détachent les unes des autres et concourent au principe d'art : l'unité dans la variété! C'est alors seulement que cette musii|ue devient très digne du culte, selon l'expression du Règlement précité, adressé en ces dernières années de noire siècle aux Evêques d'Italie, et que semble ignorer l'auteur de l'article delà susdite Semaine religieuse.

Qu'on ne vienne pas dire qu'il y a là une question de tempérament national. Sans doute la préparation et l'éducation sont nécessaires en art comme en toute autre chose. Mais n'a-t-on pas comme un résumé de tous les pays dans lesformes d'art cht-rcs aux Palestrina, Roland de Lassus, Viltoria? Et leur musique n'est-elle pas d'une homogénéité adéquate aux exigences les plus universelles : formules rythmiques simples et naturelles basées sur la tonalité catholique du plain-chant?

Je vous demande pardon de sortir un peu de mon sujet de Mlinster. Pourtant ma réfutation s'y rattache assez. Il faut bien protester en passant contre cette erreur que la Société Sainte-Cécile d'Allemagne est entachée d'une « nuance de protestantisme ». Mais en quoi donc, s'il vous plaît? Dans son origine? dans son but? dans ses moyens? Elle a été fondée par un prêtre catholique avec l'approbation de Pie IX; elle poursuit la réforme de la musique d'église catholique ; et elle fait cela en se soumettant pleinement aux règles de l'Eglise catholique. Nulle part les règles liturgiquss ne sont aussi rigoureusement observées qu'à la Société Sainte-Cécile. Elle apjirend à connaître et à bien exécuter la musique propre de l'Eglise :1e plain-chant d'après son Editionofhcielle, les œuvres des génies catholiques (tels que Paleslriiia, désigné nommément dans le Règlement de la S. G. des Rites) reconnues très dignes du culte religieux, les œuvres aussi de ceux qui marchent sur les pas de ces génies en parfaite soumission à l'Eglise. Cherchez dans tout cela une nuance de protestantisme. Elle existe quelque part, oui, chez ceux-là môme qui portent accusation, qui prétendent s'émanciper des règles de l'Eglise sous prétexte de conllit entre l'autorité et la science, qui affectent d'ignorer ces règles ou qui en dénaturent le sens.

Ce n'est pas non plus dans le chanl populaire qu'on trouvera cette nuance de protestantisme. Le chant populaire allemand existait avant Luther. C'est plutôt Luther qui a copié le catholicisme, qui lui a emprunté beaucoup de ses chants déjà existants auxquels il a adapté des textes hérétiques; et plusieurs de ceux qu'il a composés ont revêtu les mêmes tournures mélodiques que ceux qu'il avait empruntés. Encore une fois, où est la nuance de protestantisme?

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Combien était puissante et belle, impressionnante et pieuse, cette déclamation correcte du texte, celte exécution bien rythmée des lieder allemands donnés à la cathédrale et dans les autres paroisses de la ville! Assurément ce sont ces chants-là, plus voisins du plain-chant syllabique, c'est-à-dire populaire, qui nous aideront le mieux à bien goûter et à bien exécuter le chant de l'Eglise; et non certains airs populaires (pie l'on entend trop souvent chez nous dans les cérémonies religieuses et dont la place serait mieux dans la rue ou aux bals champêtres.

Voilà, Monsieur le Directeur, un aperçu des réflexions que m'a suggérées l'Assemblée de Munster. Les nombreux drapeaux qui ornaient les rues de la ville, drapeaux du Pape, drapeaux nationaux, la présence de Mgr le Coadjuteur aux réunions du soir, l'intérêt qu'ont manifesté le bourgmestre et le gouverneur dans des discours émouvants, tout cela nous montre combien la Société Sainte-Cécile est populaire dans les pays catholiques allemands et copibien dans les hautes sphères on apprécie son importance au point de vue social comme au point de vue religieux.

Peut-être un jour trouvera-t-on le moyen de réunir en faisceau compact et solide toutes les bonues volontés éparses aux quatre coins de la France et qui n'attendent quel'occasion de faire une œuvre utile et durable. Celle œuvre aidera puissamment à procurer la gloire de Dieu et la sanctilication des A.mes par l'unité de soumission à l'Eglise. Veuillez agréer, etc.

Paul Peers.

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