EPILOGUE DES FÊTES MUSICALES D AVIGNON Un événement tragique
On nous écrit d'Avignon à la date du 3 novembre 1 SOI) : « Monsieur le Chanoine,
« Les Messieurs de Saint-Gervais veulent à tout prix s'implanler à Avignon et y imposer le chant de Solesmes, au mépris des décisions de Rome tant de fois renouvelées et malgré la répugnance du clergé à abandonner le vieux chanl qui, dc[)uis des siècles, était en usage dans le diocèse, souvenir de la domination pontilicale, consacré par un décret spécial du concile provincial de t85().
« Les journaux de la localité sont depuis quelque temps remplis de réclames bruyantes, où les Gervaisions exposent longuement leur projet de créer une école de plain-chant et
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de musique religieuse, avec une maîtrise qui dessertirait les quatre paroisses de la ville et donnerait tous les mois des exécutions musicales, pour attirer le public artistique, qui ne s'intéresse que médiocrement au plain-chant, quel qu'il soit. Un membre de la Schoia de Paris est déjà installé à x'^^vignon et a choisi dans les écoles 50 enfants, qui doivent former le noyau de la future maîtrise.
« Mais pour arriver à leurs fins, il leur l'allail tout d'abord être les maîtres à la Métropole. 11 y avait là un modeste organiste qui, depuis plus de douze ans, pour une rétribution des plus modiques, tenait tous les jours l'orgue à l'ofiice canonial. 11 s'agissait de le remplacer par un élève de la Schoia de Faris. Après maintes intrigues, qu'il serait trop long de raconter, on déclara à M. Fabrique (c'était le nom de l'orga niste), qu'il devait céder la place. Le pauvre homme pria, supplia, fit valoir les services rendus pendant tant d'années, exposa qu'on le réduisait à mourir de faim, lui et sa famille. Rien n'y fit. On lui signifia par huissier qu'il eut à laisser le logement qu'il occupait dans les dépendances de la Métropole. M. Fabrique, se voyant ainsi brutalement jeté sur le pavé, a perdu la tète. Après avoir mis de l'ordre dans ses affaires et porté aux Petites Sœurs des Pauvres quelques centaines de francs d'économie (ju'il avait ramassés à grand' peine, il s'est enfermé, le soir de la Toussaint, dans son appartement, avec sa tcmme et son enfant, et s'y est asphyxié. Le lendemain on ne retrouvait plus que trois cadavres. Toute la ville est en émoi et maudit les intrus qui, par leurs basses intrigues, sont la cause première de ce tragique événement. On dit bien haut ({u'une œuvre qui débute sous de si fâcheux auspices ne peut être bénie du ciel.
« Comme il faut des fonds pour payer les frais do la Schoia, on prétend obliger chaque paroisse de la ville à verser GOO francs par an, contre la banale promesse d'envoyer chaque dimanche une dizaine d'enfants chanter au lutrin. Cela ne va pas sans protestations ni résistances bien légitimes ; mais on veut à tout prix que le chant avignonnais disparaisse et cède la place au chant de Solesmes. Et voilà comment la ville des i*apes, qui s'était toujours distinguée par sa fidélité aux traditions romaines, se verra bientôt, pour le bon plaisir de quelques intrigants, privée de son chant séculaire et en opposition formelle avec les décrets du Saint-Siège.
« Mais tout ce qui est iinp(jsé par la force et la violence ne dure pas, et la mort tragique de trois victimes innocentes ne peut manquer de... » (Nous n'osons pas insérer la fin de cette lettre).
' « Agréez, etc. U.\ phètke avutNOiNiNais.
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