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car « ce qui constitue le rythme c'est la distinction et le frappé d'intervalles égaux et souvent vaines (1). »
Toujours l'égalité des pieds posée en principe ab'^olu ; mais, dans ce texte, apparaît la « variété-» des intervalles. Qu'entend-on par variété? Rien autre que la diversité des combinaisons de valeurs rythmiques des pieds successifs ; mais cette « va?'iété » était soumise à la loi suprême des temps : l'égalité de tous les pieds. En effet:
VIIl° « Onpoîtvait varier la composition des pieds rythmiques sans sortir du genre que Von avait adopté^ c est-à-dire en observant toujours le même rapport entre le levé et le frappé: car sans cette continuité de proportions le rythme n'aurait pas été déterminé ni smsible pour f auditeur » ; et « on approuve le mélange des pieds, pourvu que l'égalité soit gardée (2). »
Dira-t-on maintenant que les Anciens mélangeaient tous les pieds imaginables pour produire de la variété? On l'a écrit assez souvent à la légère pour que j'insiste un peu sur ce sujet. Je me suis élevé avec force contre cette erreur, dans tous mes écrits. Avais-je tort?
IX" « Tout en se prêtant à la plus grande variété , le rythme n'a rien de vague ni d'indéfini : car^ dit Aristoxène, notis ne réunissons pas des pieds formés de temps indéterminés, mais bien des temps précis limités en nombre et en grandeur et disposés l'un par rapport à l'autre avec ordre et symétrie (3) ».
X" « N' approuvez-vous pas, demande saint Augustin à son élève, que l'on mélange les pieds tout en observant l'égalité (4) ? Qu'y a-t-il de plus agréable à l'oi^eille que cette variété dont elle est charmée, pourvu que l'égalité ne soit pas violée » ; et plus loin : « C'est par l'égalité que le pied peut s'assembler avec le pied (5). »
Enfin une dernière citation :
Xl° Pour saint Augustin, comme pour tous les rythmicions de l'antiquité et pour tous ceux du moyen âge, « l'objet du rythme est la mesure certaine des temps ; mais une succession de temps ne peut-être rythmique qu'autant que les durées longues et brèves ocrent entre elles une proportion déier-
ii. V. n" 11, p. 195.
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minée ef forment une suite d'intervalles égaux (1).» Quelle est celte proportion déterminée ? C'est ce que nous allons voir ci-après.
Première conclusion. Tous les pieds d'un genre rythmique donné sont égaux dans la période musicale oii ils figurent, et la plus grande variété de combinaisons est permise, pourvu que le total des valeurs fractionnaires qui les composent soit conforme à un type fixé ab initio, type qui est l'unité rythmique de l'œuvre envisagée.
Mon « affirmation personnelle » s'appuie donc sur l'autorité des théoriciens passés, seuls à consulter.
Autre aspect de la question (2' proposition).
On vient de voir que les anciens rylhmiciens parlent de variété dans la composition des pieds, et que cette variété consistait dans le mélange fait avec goût des diverses formules rythmiques dont la combinaison est possible avec les éléments fractionnaires qui entrent dans la constitution du pied-type. Mais, immédiatement, l'esprit aura classé ces diverses formules et sera étonné que, avec si peu de combinaisons, les anciens compositeurs aient pu parvenir à produire cette « prodigieuse variété de ri/thmes » dont leurs techniciens nous vantent l'emploi habituel.
Prenons un type courant, le pied dactylique par exemple. Il est composé de 4 temps brefs répartis en une longue de deux temps brefs suivie de deux brèves d'un temps chacune. Evidemment, les seules combinaisons rythmiques possibles avec de tels éléments sont restreintes à i° Une valeur longue égalant en entier les quatre temps brefs; 2° un pied: spondée: 2 longues; 3° un pied : dactyle, déjà vu; 4° un pied : anapeste: 2 brèves, 1 longue ; 5° un procéleusmatique : 4 brèves.
Est-ce donc cela seul que nous laissent penser les Anciens? Evidemment non, et c'est la grande erreur d'autres commentateurs modernes de s'acharner à retrouver ^^er /as et nefas, dans les neumes médiévaux, les pieds métriques antiques qui n'ont que faire ici.
Je l'ai répété vingt fois au moins dans mes publications : les pieds métriques se retrouvent, certes, dans la mélodie, mais c'est une utopie de vouloir les retrouver tous et rien qu'eux, attendu que : autre chose est le rythme musical !
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Le prouverai-je par une affirmation banale, personnelle ? Oh ! que non pas !
Prenons encore nos références dans le passé :
P La musique n'étant pas liée par la marche des pieds — comme la poésie — elle augmente ou diminue à son gré la durée des notes (1).
Est-ce assez dire que la musique ne se contente pas de la longue et de la brève de la prosodie, mais augmente à son gré la longue et abrège la brève lorsqu'il lui plaît qu'il en soit ainsi ? Et en langage clair cela ne signifie-t-il pas que la musique crée à son gré toute la classification des valeurs intermédiaires complétant la série des longues et des brèves ?
Est-ce encore une affirmation personnelle, une conclusion hardie tirée d'une hypothèse ? Lisons ce qui suit :
11° « Le temps bref étant pris comme unité de durée, on pouvait, en le multipliant ^produire des temps doubles, triples, quadruples (2), et, de plus, les musiciens n'attribuaient pas une valeur égale à toutes les longues et à toutes les brèves, mais admettaient des longues augmentées et des brèces diminuées (3). »
En langage clair encore, nous trouvons ici la confirmation de la classification complète de nos valeurs modernes, telle que je la donnais en commençant cette démonstration : longues de quatre, de trois, de deux temps; brèves d'un temps; brèves d'un demi-temps. En d'autres termes : création de la ronde, de la blanche pointée, de la blanche, de la noire, de la croche; et, si nous abaissons à la noire moderne l'étalon de valeur représentant un pied total, comme je le propose pour la lecture des formules neumatiques, nous trouvons la noire, la croche, la double croche, la triple croche et toutes les combinaisons de ces valeurs avec point d'augmentation produisant par leur assemblage des pieds rythmiques dont les combinaisons sont réellement prodigieuses de variété. C'est donc une mise au point du sens du texte qui était à faire, et je crois l'avoir faite ici.
Ai-je outrepassé, dans cette nomenclature, les bornes de la raison en poussant à sa limite naturelle la série des valeurs possibles? J'en appelle à ceci :
111° « // n'y avait plus^ à proprement parler, de pieds