TROISIÈME ANNÉE N° 2 15 FÉVRIER
L'AVENIR
DE LA
MUSIQUE SACRÉE
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A propos d'Unité [Suite). 21
Le Rythme du Chant liturgique (Suite) 25>«-— '
Le Chant traditionnel et le Chant des Manuscrits [Suite) 32 •— >
Bibliographie : iUéSse so/enne//e, par le F. A. -d. -A 3;)
A PROPOS D'UNITÉ
{Suite.)
Encore une page oubliée.
On songe vraiment trop peu, dans le monde des résistances inspirées par l'esprit d'archéologie, de nationalisme ou... de commerce, à se demander quelle serait l'attitude et de l'autorité et de ceux qui sans arrière-pensée ont fait de ses désirs leur règle de conduite, au cas où par impossible Rome reviendrait sur ses décisions pour laisser à tous liberté pleine et entière au sujet du chant liturgique. Depuis longtemps nous voulions faire queb^ues réflexions là-dossus. Mais le sujet étant particulièrement délicat, nous préférons laisser la parole à autrui. Nous allons donc, chers lecteurs, si vous le voulez bien, rappeler une page qu'écrivait Mgr Lans en 1894, peu de jours avant la promulgation du Décret Quod S. Augustinus. C'est encore une page oubliée, mais une page bonne' à relire; Ecoutons donc Mgr Lans.
« A notre avis, quoi que les adversaires s'imaginent et attendent, quoi qu'ils fassent ou mettent en mouvement, la victoire restera à l'Autorité. Nous ne nous poserons nullement en prophète ; mais, tenant compte froidement et impartialement de la ligne de conduite suivie depuis vingt-cinq ans par le Saint-Siège, et qui fut celle d'il y a trois siècles déjà, comme l'attestent les documents historiques, nous n'allons pas croire à la légère que l'Autorité se départira de sa sagesse et de sa prudence, en présence de certaines attaques futiles basées sur
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(les préférences d'archéologues ou sur l'amour-propre de nationalité. Elle ne fera pas le sacrifice de ses chers et salutaires désirs, en face de la pression malséante qu'on a voulu faire peser sur elle.
« On dira peut-être qu'il est assez arrogant de répondre ainsi. Nous allons justifier notre réponse et nous laisserons aux événements de prouver qui u eu tort, nos adversaires ou nous. i LJ V/i
« D'abord, le désir exprès de Rome, d'unilier le chant liturgique, a été écouté d'une façon surprenante. Pendant le dernier quart de siècle, quantité de diocèses du monde entier ont adopté les livres officiels. Logiquement, il nous semble impossible que le Saint-Siège change iDopinément de voie, à la grande confusion de ces évoques, prôtres et laïcs sans nombre, qui se sont fait un devoir d'obéir filialement.
« Nous n'exagérons rien. Yoici une liste de paroisses et de diocèses qui ont adopté les livres officiels de chant. Les noms de villes supposent^ en général, plusieurs églises, et les noms de diocèses une foule de paroisses et d'églises.
En Europe. — Allemagne : Bambeig, Broslau, Cologne, Culm, EichsUclt, Enueiand, Fribourg en Lîade, Fulda, Gnesen-Posen, Hildesheim, Limbourg, Munich -Freising, Munster, Osnabriick, Padeiborne, Passau, Ratisbonne, llottenbourg. Spire, Trêves, Wiirzbourg.
Angleterre : Birmingham, Clifcon, Hexham, Leeds, Liverpool, Middlesbrough, Ne\vporL, Noidliamplon, Noltingham, Plymouth, Portsmoulh, iSalfordjShrewsbury, Soulhwarit, Westminster.
Autriche, Hongrie, etc. : Drixen, Briinn, Budweis, Budapest, Fiinfkirchen, Klageufurt, Kœniggrœlz, Kral<au, Laibach, Lavant, I.eilmeriti, Lemberg, Lésina, Linz, Olmiitz, St. Pœlten, Prague, Salzbourg, Seckau, Trente, Trieste, Vienne.
Belgique et Luxembourg : Liège, Luxembourg, Tournai.
Bulgarie : Ruslschuck.
Danemark : Copenhague.
Ecosse ; Aberdeen, Argyll, Dunkeld, Edinburgh, GalloWay, Glasgow, St. Andrews.
Espagne : Baroeiona, Madrid, Pamplona, Urgel, Valladolid, Viltoria, Zaragossa.
France : N^vers, Périgueux.
Grèce : Athènes.
Hollande : Bois le-Duc, Broda, Harlem, Ruremonde, Utrecht.
Irlande : Achonry, Ardagli, Ardfort, Armagh, Canea, Cashel, Cloglier, Clonfort, Cloyne, Corcyra, Cork, Derry, Down, Dromore, Dublin, Klphin, Ferns, (ialway, Kilduie, Killala, Killaloe, Kilmore, Limerik, Meath, Ossory, Raphoe, Ross, Tuam, Wateiford.
Italie : Acireale, Alatri, Alcamo, Alcssandria, Ancooa, Aosta, Aquil», Areiut. .\sti, Bari, l^enpv«nlo, Bergamo, BiMccia, Bitonto.
L AVENIK DE LA .MUSIQUE SACRÉI-; 23
Bologna, Rrescia, Brienza, Caltanissetta, Caravaggio, Cabale, Cervia, Cesena, T.hieti, Chioggia, Collspartlo, Como, Cremona, Cuneo, Faenza, Ferrara, Fironze, Forli, Frascati, Cenova, Girgenti, Ouastalla, Imola , Ivrea, Livorno, Lodi, F.oreto, Lucca, Macerata, Mantova, Massa-Carrara, Massa-Maritiuia, Milaiio,Modena, Mondovi, Monza, NaiJoli, Novara, Osimo, l'adova, Palcrmo, Palestrina,Parma,Pavia, Piacenza, Pisa, Pontremoli, Raveuna, Reggio-Eniilia, Roma, San Miniato, Siena, Sorrento, Subiaco, Tarante, Toriao.Trapani, Treviso,Udine, Ventimiglia, Venezia, Verona, Vicenza. — Ile de Malte : Gozo, Malta.
Portugal : Coimbra, Funchal, Lamego, Lisbonne, Oporto.
Roumanie : Bucbarest, Jassy.
Russie : Lublin, Odessa, Saint-Pélersbourg, Saratow. Varsovie.
Suède et Norvège : Christiania, Stockholm.
Suisse : Bâle, Coire, Fiibourg, Saint-Gall, Sien.
Turquie: Constantinople, Salonique, Scutari.
Ea Afrique. — Bissam, Capetown, Mozambique, Port-Elizabeth, Port-Louis.
Dans l'Amérique du Nord. — Canada : Rimouslii.
Costa-Rica : San José.
Etats-Unis : D'après les 4 Conciles Provinciaux de Baltimore, de Cinclnnali et de Milwaukee, les livres do plain-chant de Rome ont été adoptés pour tous les diocèses.
Guatemala : Guatemala.
Mexique : Guanajuato, Jalapa, Léon, Mérida, Mexico, Puebla de los Angeles, Querétaro.
Dans l'Amérique du Sud. — Argentine : Buenos-Ayres, Bolivie : La Paz.
Brésil : Bahia,Marianna, Pernambuco, Porto-Alegre, Rio de Janeiro, San Paolo, Santa-Gruz.
Chili : .Ancud, Puerfa-Mont, Santiago.
Colombie : Rogola, Medellin, Nueva-Pamplona. Equateur : Cuenca, Loja, Portoviejo, Quito, Rioliamija. Pérou : Lima.
Uruguay : Montevideo.
En Asie. — Bandora, Bombay, Calcutta, Mangalore, Verapoly.
Iles de Fidji : Leonca-Ovalan.
Iles de Flores : Larantuca.
Iles de Java : Samarang, Socrabaya.
Iles Phiiippiaes : Manilia of Manille.
En Australie. — Maitland, Melbourne, Sydney, Victoria. Nouvelle-Zélande : Auckland, Maketn.
« Cette liste suffit à démontrer, flans une certaine mesure, combien les livres officiels sont répandus. C'est la conséquence rationnelle des nombreux décrets de l'Autorité suprême et en particulier du décret Roinanorum Pontificum sur la matière. Peut-on supposer raisonnablement que l'Àu-
24 l'avenir de la musique sacrée
toritt^ anëahtira d'un trait de plume son œuvre propre et mûrement élaborée ? Ne porterait-elle pas une atteinte violente à son prestif^o, et cela pour le bon plaisir des... mais nous avons suffisamment indiqué quels sont les adversaires. Encore une fois, nous ne saurions pas l'admettre. Par conséquent nous n'altactions pas la moindre valeur aux prédictions puisées principalement dans des journaux français et reprises par leurs confrères, même par des journaux néerlandais. A les en croire, le Saint-Siège serait à la veille de retirer son privilège à l'imprimeur, de révoquer les décrets, de rendre aux évêques une liberté sans limites, de préconiser l'édition des RR. PP. Bénédictins de France, etc., etc. Tout cela, d'après les journaux, sera bientôt un fait accompli ! Pour nous, nous ne le croyons pas, et nous préférons attendre dans le calme les décisions de Rome. Elle saura parler à son heure.
« Le Saint-Siège imposera-t-il les livres officiels de chant à chaque église en particulier? — Nous ne le pensons guère. Rome, en effet, n'a pas coutume d'user sans raison et tyranniquement d'une mesure violente. Certains diocèses peuvent avoir des motifs tout particuliers de ne pas adopter immédiatement le chant officiel. Nous l'avons dit au début, il appartient aux Evêques de prendre une décision en cette matière. C'est pour cela qu'avec sa sagesse et sa prudence habituelle, l'Autorité suprême de l'Eglise s'est bornée jusqu'ici à réitérer fréquemment son dêsii- ardent et formel, sans donner ^' ordre exprh. Un tel ordre ne viendra pas de sitôt, ce nous semble, et peut-être il ne viendra jamais. Néanmoins l'usage des livres officiels se généralisera assez facilement. Quand les esprits se seront calmés, quand le privilège de l'imprimeur actuel sera expiré, de sorte qu'aussi en d'autres pays on pourra imprimer les livres avec la déclaration épiscopale : concordat cum orïginali^ on verra de plus en plus que ré pandre le chant grégorien est une chose aussi utile que salutaire pour la gloire de l'Eglise et l'édification des fidèles, en ces temps surtout oîi la musique mondaine profane les choses les plus sacrées ; on concédera qu'à cette fin il nous faut avant tout des livres de chant vraiment pratiquer ; et alors d'innombrables églises feront successivement accueil aux livres officiels sans y avoir été rigoureusement obligées par Rome. Rome, disions-nous, a coutume de procéder avec sagesse et prudence; elle ne procède pas avec un moindre fonds de
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patience. L'adoption, en France, de la Liturgie Romaine demanda deux siècles et demi de patience de la part des Souverains Pontifes! Il ne faudra pas le dixième de ce temps, d'après nous, pour réaliser l'adoption presque universelle des livres du chant officiel. Ce qui nous en est garant, c'est l'accord actuel de l'épiscopat universel avec le Siège Apostolique. Nous nous rallions sans la moindre réserve, à la remarquable pensée du D"" Falise, publiée, il y a longtemps, dans la Revue théologique de Tournai (T. X, p. 583) :
« Il en sera de ceci comme du Misse', du Bréviaire et. du Rituel romains. On a résisté iVahord, on a trouvé des excuses, mais cependant, toits les jours, la phalange romaine grandissait, faisait de nouvelles recrues. Dieu conduisait visiblement l'Episcopat et faisait l'Unité des Rites comme l'Unité de croyance. — Aujourd'hui le Rite romain est véritablement universel. Nous ne craignons pas de prédire le même résultat pour léchant^ et bénis seront ceux qui les premiers seront entrés résolument dans cette voie. »
« En vérité, de quel éclat brillera l'unité catholique pour le voyageur en pays lointain, si non seulement il trouve là-bas et partout le rite et le texte liturgiques, mais encore le chant liturgique de son église paroissiale dans la mère patrie ! Oui, cet usage universel des livres pratiques du plain- chant convaincra alors leurs adversaires de notre époque qu'en les introduisant le Saint-Siège a fait œuvre éminemment digne, utile et salutaire. On reconnaîtra alors que l'illustre bénédictin Dom Guéranger pouvait dire en droit et en vérité : Rome est mère et maitj'esse, tout ce qu'elle fait est bien !
(Extrait de la brochure de Mgr Lans : Dix ans après le Décret Uoiaanonim Pontificum, 1894.)
LE RYTHME DU CHANT LITURGIQUE
{^uite.)