X. — Didon quitte Tyr, et va fonder Carthage
Nous plaçons cet événement k la fin de l’époque héroïque des Phéniciens. Didon dit elle-même qu’elle fut chassée de Tyr I>ar la haine de sou heau-frère ; mais nous croyons qu'il faut entendre, par le nom de celte reine, le peuple de Tyr, faible et vaincu, ((u'on appela, par dérision, du nom d'une
■y. — Orphée , et avec lui l'âge des poètes théologiens.
Cet Orphée qui dompta les bètes féroces de la Grèce et qui les civilisa , est lui-même uu repaire de mille monstres. 11 naquit eu Thrace, dans ce pays de Mars, mais uoa de philoso-
18 HV. I. — »E l'éiablisseuëm des principes.
plies ; car Andromon le philosophe ref use à Orphée le titre de savant^ seulement parce qu’il était venu de la Thrace ; cl cependant il sc trouve tout à coup si versé dans la langue grecque, qu’il compose des vers d’une adtniralilo beauté, au moyeu desquels il sait charmer les peuples barbares. 11 parait qu’il était plus facile de les toucher par les oreilles que par les yeux ; car lorsqu’ils étaient déjà formés en nation , ils ne respectèrent pas les merveilles qu’ils trouvèrent dans les villes ennemies , mais ils les détruisirent impitoyablement. Orphée trouva les Grecs encore plongés dans la barbarie ; et pourtant, mille ans auparavant , Deucalîon leur avait enseigné la piété et leur avait fait révérer ]n justice divine. Jious le voyons, en effet, accompagné de sa femme Pyrrha, tous deux la tête voilée pour recommander la pudeur dans l’union des sexes , c’esl-kdire dans le mariage ; nous le voyons se rendre au temple de la justice divine sur le mont Poiviasse , dans le lieu où ont été placés ensuite les Muses et Apollon, les arts et le dieu de l’humanité; et là nous les voyons tous deux ramasser les pierres qui sont à leurs pieds, c’est-à-dire les hommes grossiers qui avaient vécu jusqu’alors dans l’état sauvage , et jetant ces pierres derrière euT , les convertir en hommes civilises, c’est-à-dire qu’au moyen de l’économie domestique , ils les réunissent en familles. Sept cents ans avant la venue d'Orphèe , Jlellen avait déjà associé les Grecs entre eux au moyen du langage , et ses fils avaient répandu en Grèce trois dialectes divers. La maisQ7i d’Inachus enfin rend témoignage en faveur de l’établissement de la monarchie en Grèce ; et elle prouve que des rois y avaient succédé à des rois , pendant un espace de trois cents ans. Ce n’est donc que mille ans après Deucal'ion, sept cents ans après Hellen , et trois cents ans après Inachus, que paraît Orphée. 11 trouve ta Grèce dans un état complet de barbarie; il l’instruit, il l’éclaire; il la civilise; il la met bienlAt eu état de prendre part à l’entreprise deJasonpour la conquête de la toison d’or ; il lui donne une marine , quoique la science de la nautique soit une de celles que les hommes apprennent en dernier lieu. Dans le cours de cette entreprise , Orphée lui-même rencontre Castor et PoUux, frères de la célèbre Hélène , qui fui la cause de la guerre de Troie. IM vie d’un Jtomme peul-
ClUP. 1. — E\I'L1CAT. 1»E LA TABLE CHRUNOL. — Y. 19
elle suffire à l’accomplissement de tant et de si grandes choses, qui exigeraient au moins mille afts? Celle monstruosité chronologique de l’histoire grecque est semblable îi celle que flous avons vue dans Yhistoire assyrienne, au sujet de Zoroastre, et dans V histoire égyptienne, au sujetdesdezLr Jtfercure. C’est peut-être sous l’inspiralion de semblables pensées que Cicéron, dans son livre de Naturâ deotim, exprima des doutes sérieux sur Yexistence réelle de cet Orphée.
Ces difficultés chronologiques sont rendues encore plus considérables par d’autres difficultés morales cl politiques. Quels sont les exemples qu’Orpliée propose aux Grecs pour régler leur Conduite et leurs mœurs? Ce sont ceux d'as. Jupiter adultère; d’une Jiinon, mortelle ennemie de la vertu des Héraclides ; d’une Diane très chaste , qui ne laisse pas que de solliciter l’amaur du somnolent Endymion; diwn Apollon qui poursuit la pudique Daphné jusqu’à la faire mourir; d’un dieu Mars qui, non content de commettre des adultères sur la tei're , veut en souiller la mer en y transportant Vénus. Nous voudrions nous arrêter ici , mais la luxure divine n’est pas encore satisfaite. Bientôt nous voyons Jupiter brûler d’un amour détestable pour Ganyrnède ; il no dédaigne pas de se clianger en cygne pour assouvir sa brutale envie sur Léda. Tous ces dieux et toutes ces déesses ne contractent point entre eux de mariage; nous n’en voyons qu’w» seul exemple ; c’est celui de Jupiter et de Junon, cl ce mariage est stérile. Ces époux se détestent, h tel point que Jupiter se voit réduit à pendre en l’air sa pudique et jalouse moitié. C’est par la tête que Jupiter accouche de Mhierve; Saturne a des enfans , mais il les dévore. Que Platon et que Bacon de Verulam lui-même , dans son livre DE Sapientia veterum , pensent que de pareilles fables renferment tout le savoir des anciens, permis à eux; quant à nous, ne craignons pas de dire que de pareils exemples, donnés par des dieux , sont propres à plonger les hommes dans la barbarie, plutôt qu’à les en faire sortir. Saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, adresse aussi ce reproche aux dieux du paganisme. Il raconte que Chéréa , après avoir regardé un tableau représentant Jupiter, qui , pour parvenir jusqu’à Danaé , s’élail métaœoiphosé eu pluie d’or, devint plus audacieux qu’il ne l’avait
!2Ü LIV. I. — DK l’ÉTAULISSEMENT ÜtS PRINCIPES.
encore été, el n’iiésila plus à violer une jeune esclave dont il était follement amoureux.
Les principes de la science que nous voulons enseigner nous montreront la manière d’éviter ces écueils de la rmjthologie. Ces fables, selon nous, ont été dans leur 'origine , non-seulclement vraies, mais bien plus, sévères, morales, et dignes enfin d’être rapportées aux fondateurs des nations. Plus tard , et par la longue succession des temps, la signification de ces fables s’est obscurcie, et les mœurs des hommes s’étant relâchées, ils rassur, aient leur conscience, en s’autorisant de l’exemple de leurs dieux, f. es jM/oj/es épais de la cArono/oj/œ s’éclairciront par la découverte des symboles poétiques, dont l’un d’eux, qui estOrphée, considéré sous le point de vue d’un poète théologien, fonda d’abord en (îrèce et y ratfermit plus tard la civilisation. Ce caractère poétique se retrouve souvent dans l’histoire des temps héroïques, à l’occasion des disputes entre les plébéiens des villes grecques; car nous voyons à cette époque paraître et se signaler plusieurs poètes théologiens , tels qu’Orp/œ'e lui-même, Linus, Musée et Amphion.Ce dernier éleva les murs de Thèbes, que Cadmus avait fondée trois cents ans auparavant, avec les pierres qui se mouvaient d’elles-métnes , c’csl-k-dire avec les lourds et grossiers plébéiens. Jppius Æmilius, petit-fils du décemvir, établit l’état ou l’âge héroïque a Rome , trois cents ans environ après sa fondation, en vantant aux plébéiens la puissance des dieux qui se révélaient par les auspices , dont la science était tout entière du domaine des patriciens.
36. — Uercule ; le temps héroïque des Grecs est à son apogée.
Si nous voulons regarder cet Hercule eumme un homme qui accompagna Jason dans son expédition de Colchis , nous trouverons les mêmes difficultés (jui se sont présentées au sujet de 7.0roastre et d’Orphée. Nous proposons donc de le considérer comme un type héroïque àcs fondateurs dépeuplés, non pas au moyen de la civilisation , mais au moyeu des travaux matériels.
Aa. — Sanchomiathon écrit l'histoire en caractères graphiques.
Sanchonialhon que Clément èü Alexandrie appelle dans ses
r.tlAP. I. — liXPLICAT. DE LA TABLE ClIUONOL. — DÛ. 21
Stromales l’historien de la vérité, écrivit avec des caractères graphiques Yhistoire phénicienne, et cela pendant que les Égyptiens et les Scythes, ces fanfarons d’ancienneté, écrivaient encore par hiéroglyphes, ainsi que le font aujourd'hu i les Chinois. Les Grecs eux-mêmes n’employaient pas à cette époque les lettres vulgaires.
Bb. — La GcERnE de Troie.
Plusieurs critiques éclairés sont d’avis que la guerre de Troie, telle qu’elle nous est racontée par Homère, n’a jamais eu lieu, et les récits qui nous en sont faits par Dictys de Crète et Darès le Phrygien sont renvoyés par ces mêmes critiques à la bibliothèque de l’imposture.
Ce. — Sésostris régna à Thèbes.
Ce Sésostris qui soumit k son empire les trois autres dynasties de (Égypte, est le même que le roi Ramsès, dont un prêtre égyptien, si nous en croyons Tacite, raconta les exploits k Germanicus.
CuLOMES grecques en Asie, en Italie et en Sicile.
Nous nous voyons ici forcés de ne pas suivre l’autorité des chronologistes, qui placent les colonies venues de Grèce en Italie et en Sicile, quatre cents ans après la guerre de Troie , tandis que nous les plaçons seulement cent ans après cette guerre, et environ k l’époque où les chronologistes fixent les longs voyages des héros, tels que Ménélas, Énée, Aniénor, Diomède et Ulysse. Nous rappellerons ici , pour ne pas être accusés de ne pas assez tenir compte de l’autorité des chronologistes, que ces savans dilTèrent entre eux de quatre cent soiocante ans sur F époque à laquelle vécut Homère, qui est sans contredit l’auteur grec le plus rapproché de ces événemens. Nous croyons devoir placer les colonies grecques en Italie et en Sicile, cent ans après la guerre de Troie, et non pas plus tard, parce que dans le temps des guerres carthaginoises, Syracuse pouvait rivaliser avec Athènes en politesse et en magnificence, quoiqu’il soit plus long d’introduire le luxe dans les usages et la douceur dans les mœurs
LlVv 1. — DE l/ÉTABLISSEMENÏ UES PRINCIPES.
chez les insulaires, que de les f'tablir sur le conlinenl. Tite-Live s’apitoie sur la misère de Crotone, qui possédait peu de temps auparavant plusieurs milliers d’Iiabitans.
JCe. — Jeux olyupiens commandés d'abord par Hercule, suspendus ensuite, et rétablis plus tard par Iphitus.
Du temps A' Hercule, et d’après ses insliliilions, on comptait les années par les moissons; depuis Iphitus, on les compta d’après la marche du soleil dans les signes du zodiaque : cl c’est de •■elle époque que date, pour les Grecs, le temps certain historique.
Ff. — Fondation de Rome.
Un passage de Varron, qui nous est rapporté par saint . iugusiin dans sa Cité de Dieu, éclaircit tous les doutes et détruit l’opinion e,\agérée que l’on s’élail formée jusqu’ici de l'origme de Rome et de toutes les villes qui sont devenues capitales de nations célèbres et puissantes. Ce passage nous apprend que les rois qui régnèrent à Rome, pendant deux cent cinquante ans, soumirent plus de vingt peuples divers, sans pourtant étendre les bornes de leur empire au-delk de vingt milles.
Gg- — lioMÈne vécut dans le temps où l'on ne connaissait pas encore les lettres vulgaires, et il ne vit point l'Egypte.
L’histoire grecque nous laisse dans la plus complète ignorance sur la patrie d’Homère , qui est pourtant l’une de ses plus grandes gloires, et sur le temps où il vécut. Nous montrerons, dans le troisième livre de cet ouvrage, que cet Homère n’est pas tel qu’on l’a supposé jusqu’ici ; mais quel qu’il soit, nous pouvons dire avec certitude qu’il n'a jamais vu l'Égypte, puisqu’il raconte dans YOdyssèe que l'ile où est placé le phare d'Alexandrie est si éloignée de la terre ferme qu'un vaisseau non chargé, et ayant un vent favorable, ne saurait y arriver en moins de vingt-quatre heures. Il n’avait pas non plus visité la Phénicie, car il raconte que Vile de Calypso, appelée Ogygia, en était si éloignée que Mercure, malgré sa divinité et ses ailes, n'y parvint qu’à grand' peine; connue si de la Grèce ati
CHAP. I. — EXPLICAT. DE I.A TABLE CIIBONOL. — 1.1. 23
mont Olympe, où il dit dans son Iliade que les dieitx <lcm('iiraient, Isl distance était aussi grande que de notre continent en Amérique. Si les Grecs contemporains à'Homère avaient connu la Phénicie et l’Egypte , ils se seraient moqués de ses deux grands poèmes.
Bb, — PsAKHBTigoc ouvre l'Égvpte aux OrecÉ de l'Ionie et k ceux de la Carie.
Hérodote ne parle avec assurance des Egyptiens qu’h partir du règne àe Psammétlque , ce qui nous confirme dans l’opinion f\vC Homère n’at'ait jamais connu t Egypte, ni les autres pays dont il nous parle.
Les choses qu’il nous raconte sur ces pays divers devaient ri être , ainsi que nous le démontrerons dans notre géographie poétique, que des événemens arrivés en Grèce, ou des <raditions apportées aux Grecs par des colons phéniciens, égyptiens et phrygiens, traditions altérées par le temps qui s’était écoulé depuis l’établissement de ces colonies. Peut-être aussi ces choses n’étaient-elles que des nouvelles apportées par des voyageurs phéniciens, qui fré([uentaient depuis longtemps les ports de la Grèce pour y commercer avec ses villes.
Zi. — ËsoPE , philosophe moraliste vulgaire.
Dans la logique poétique , nous montrerons que cet Esope n’a pas été un homme , mais une personnification fantastique ou un type poétique des compagnons ou des serviteurs des héros, lesquels ont certainement existé avant les sept sages de la Grèce.
Kk. — Les SEPT Sages de la Grèce, dont l'un, Solon, établit la liberté'
populaire à .Athènes. Un autre de ces sages , nommé Thaïes de Milet ,
donna la physique pour base à la philosophie.
7’Aa/ès donna ii son système une base trop insipide; cetteba.se c’est l’caw, peut-être parce qu’avec l’eau on fuit pousser les courges.
&I. — PvTiiAGORE, dont le nom, même de son vivant, n'était pas connu des Romains, ainsi que nous le dit Tite-Livc.
Tite-J.ire place Pytbagore m temps de Serrius-Tullins , et
2i MV. I. — DF. i.’iÇtxbi.issf.ment des pmxcipes.
montre par là combien peu il croyait que ce philosophe eût été le maitre de Numa. Il ajoute que dans le temps de Servius Tullius , c’esl-k-dire environ deux cents ans après Numa, t intérieur de l’Italie était si barbare que le nam même de Pythagore ne put parvenir de Crotone jusqu’à Rome; car il eût fallu pour cela qu’il traversât un grand nombi'e de peuples , de langages et dusages divers. Ces paroles nous montrent la difficulté, et je dirais presque l’impossibilité des longs voyages de Pythagore eu Thrace auprès des disciples d’Orphée ; en Perse chez les Mages; h Babylonc chez les Cbaldéens, et dans l'Inde, chez les Gymnosophistes; l’impossibilité de la visite qu’il aurait fai te, à son retour, aux prêtres d’Egypte; de son voyage à travers l’Afrique; de son arrivée chez lesélèvas d’Atlas dans la Mauritanie, puis de sa traversée sur mer, et du détour qu’il aurait fait pour rendre visite aux druides dans les Gaules, avant de revenir dans sa patrie, enrichi des trésors de la science barbare, comme nous dit Heume; ils nous paraissent d’autant plus impossibles que toutes les nations que l’on fait visiter à Pythagore étaient dans un étal de barbarie. Longtemps auparavant, Hercule de Thèbes avait essayé, en tuant des monstres et des tyrans, d’établir chez ces peuples la civilisation ; et, plus tard, les Grecs employèrent vainement d’autres moyens pour arriver au mcraebut.il n’estdoncpas raisonnable d’ajouter foi ii ceux qui nous parlent de \& succession des écoles chez les nations barbares, lleurne est l’auteur de cette hypothèse à laquelle les érudits se sont ralliés avec empressement. Nous citerons, au sujet de Pythagore, l’autorité de Lactance qui affirme que celui-ci n'n jamais été disciple d’Isaïe. Un lissage du Juif Josèphe, dans son ouvrage des Antiquités judaïques, vient h l’appui de cette autorité; il affirme que les Hébreux, du temps d' Homère et de Pythagore, étaient inconnus à leurs plus proches voisins, aussi bien qu’aux nations éloignées d’outre-mer. C’est pourquoi Démétrius le Juif répondit à Ptolémée-Philadelphe , qui lui demandait comment il se faisait qu’aucun poète ni aucun historien ii’ertt fait mention des lois de Moïse, « que Dieu avait sévèrement puni ceux qui avaient essayé de raconter ces choses aux païens. » 11 cita il ce sujet l’exemple de Théopompe qui perdit miraculeusement la raison, et celui de Théodecte qui fut également privé
CHAP. I. — EXPMCAT. PE LA TABLE CHRONOL. — l1. 25
de la vue pour avoir parlé avec les infidèles des choses divines.
Le Juif Josèphe avoue franchement que son peuple était peu connu des nations étrangères, et il en donne pour raison qu’il n’habitait pas les bords de la mer ; qu’il ne s’occupait pas de commerce et n’avait point occasion de traiter avec les étrangers. iMctance nous fait remarquer en cela l’intervention Providence rffeme qui ne voulut pas que les Hébreux pussent, en commerçant avec les nations païennes, profaner ou perdre la sainteté de leur religion. Pierre Cuneus, dans sa Respublica Hebræorum partage l’avis de Lactance. Cela, nous est confirmé par l’aveu même des Juifs quis’astreignaientàunjetinengfo«r«Axle 8 du mois de tebet, c’est-à-dire de décembre, parce qu’à cette époque de l’année la version des Septante aya\i été publiée; ce qui fit que le monde se couvrit de ténèbres pendant trois jours. Casaubon, dans ses Commentaires sur les annales de Baronius, Suxtorf, dans sa Synagogue judaïque, et Hottinger, dans son Trésor philologique , nous disent avoir lu ces choses dans les livres des rabbins. Cette version , dite des Septante, amena une haine mortelle entre les Juifs hellénistes et les Juifs hiérosolymitains; car les premiers, parmi lesquels on place Aristée, appelé le chef de cette version, accordaient à celle-ci une autorité divine , tandis que les seconds croyaient pouvoir la lui refuser.
Plusieurs autres raisons concoururent à tenir les doctrines et les auteurs des Juifs dans l’obscurité. Et d'abord, nous signalerons Y inhospitalité des Egyptiens, qui, bien longtemps après avoir ouvertaux Juifslcsportesde leurpays,leur défendaient encore l’usage des marmites, des broches, des couteaux, et même de la viande qui aurait été taillée avec le couteau. Cet accueil barbare ne devait point adoucir riiumcur peu sociable des Juifs, auxquels les païens ont reproché de ne point vouloir indiquer au voyageur altéré une source pour se rafraîchir. Les Juifs n’avaient aucun rapport de langage avec les Egyptiens ni avec les autres peuples; il n’est donc pas étonnant que les prêtres qui, de tout temps, et chez toutes les nations, ont toujours caché aux yeux de leurs peuples même les choses de la religion , et cela de. telle sorte r|ue le mot sacré est devenu le synonyme de secret, que ces prêtres, disons-nous, si jaloux de leurs mystères, aient craint de profaner la sainteté de leur doctrine en la dévoilant à
20 MV, I. — DE I.’ÉTAKIIRSEMENT DES DRINTIPER.
tl(‘s t'Irnnfîors, iuios lionimos nouveaux t'I inconnus. Il rc.siillo do cela une nouvelle preuve de la vérilô de la religion chrétienne ; car si Pythagore et Platon, par un effort merveilleux du savoir humain , se sont élevfe pour ainsi dire jusqu’k la connaissance des vérités divines, c’est de Dieu même que les Hébreux reçurent leurs lois et leurs doctrines. Il en résulte aussi une réfutation des mythologues modernes qui prétendent que les fables ont été tirées de V Histoire- S ointe par les païens, et principalement par les Grecs, qui les ont corrompues, car nous démontrerons que , malgré le rapprochement des Egyptiens et des Juifs pendant la capticité de ceux-ci , les Egyptiens , fidèles k leur habitude de considérer les peuples vaincus comme des hommes sans foi ni lois, tournèrent en dérision la religion et l’histoire des Hébreux; nous lisons dans la Genèse que ces oppresseurs demandaient souvent aux Hébreux pourquoi le Dieu qu’ils adoraient ne songeait pas h les délivrer de la servitude.
Mm. — SeKviDS Tullius , roi.
On a cru jusqu’ici que Servius Tullius établit k Rome le cens, source de la liberté populaire , tandis que nous démontrerons que le cc«.v établi par lui fut favorable aux seigneurs. C’est une erreur semblable qui a fait croire jusqu’ici que l’usage de faire paraître devant le ^;re7cî/r un débiteur malade porté sur un une ou sur une charrette, était établi a Rome dans le temps même où Tarquin l’Ancien réglait \csense'ujnes, les uniformes, \cs toges et les chaises d’ivoire faites des dents d’éléphants que les Roumains nommèrent bores Lucas , parce qu’ils en virent pour la première fois dans la Lucanie , ii l’occasion de la guerre avec Pyrrhus. On a rapporté k la même éiioque les chars dorés sur lesquels on faisait monter le triomphateur, et tout le luxe et la magnificence qui prêtèrent k la république romaine populaire leur majestueux éclat.
NTn. — Hésiode , Hérodote.
Les preuves que nous donnerons dans cet ouvrage pour fixer l’époque kla(|uclle les Grecs trouvèrent l’écriture vulgaire, nous
CUAP. 1. — EM-LICAT. DE LA ÏABLE CUttO.NOL. — Dp. 27
font placer 7/rao(/e peu île temps avant Hérodote. Les cArojiologistes le placent sans hésiter trente ans avant Homère ; mais ils varient de quatre cent soixante ans sur le temps qu’ils assignent k Homère. Porphyre, k ce que nous dit Suidas, affirme, ainsi que P'elléius Paterculus , qu’//o»ière vécut bien longtemps avant Hésiode. Quant à nous , quoique nous sachions {[u'Aulu-Gelle prétend que Farron croit au trépied dédié par Hésiode k Apollon d’Hélicon, sur lequel il écrivit qu’il avait remporté sur Homère le prix du chant, nous plaidons avec assurance ce trépied dans le musée de l'imposture. De nos jours encore, on a vu des archéologues constater l’antiquité de médailles dont ils youhxeüifrauduleusement faciliter le débit.
Oo. — UlPPOCBATB.
Les chronologisles |)lacent Hippocrate au temps des sept sages de la Gm e. Mais nous le plaçons au temps d’Hérodote, parce que sa biographie, comme celle d’Hérodote, est toute remplie de fables , telle que sa propre descendance d’Hsculape et ù' Apollon; et parce que ces deux auteurs ont également écrit en prose, et au moyen de lettres vulgaires.
Vf. — Idanturb , roi des Scythes.
Ce roi répondit k Darius l’Ancien qui lui avait déclaré la guerre, au moyen de cinq paroles réelles, et nous montrerons dans cet ouvrage que les peuples primitifs se servirent d’abord du langage figuré, puis du langage parlé, et de l’écriture enfin. Les paroles ou les figures dont ,se servit Idanture, furent une grenouille, un rat et un oiseau, une dent de cltarrue et un arc, paroles que nous expliquerons d’une manière simple et naturelle. Nous ne laisserons pas aussi de rapporter, quoique k regret, ce que Cyrille d’Alexandrie raconte du conseil convoqué et tenu par Darius au sujet de ce message, et des ridicules interprétations de ses conseillers.
Les Scythes qui, dans ces temps reculés, ne savaient pas même écrire par hiéroglyphes, l’ont cependant emporté sur les Égyptiens sous le rapport de l'ancienneté. Idanture nous pa-