‹ La science nouvelleChapitre 2 sur 106 · XXXI · texte numérisé non relu

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plus obscur : Vico aperçoit dans ces deux mouvenions les causes assignées par Descartes à lu clialeur et au froid , et dès lors il voudrait s’eu servir pour expliquer toutes les maladies. Vico retrouve üii moment sa faculté de divination , et il classe, comme Brown et Unsori l’olit fait depuis, toutes les alfections anormales du corps humain, en maladies provenant trun défaut de chaleur et en maladies provenant d’un excès de chaleur. L’école italienne moderne dit la mémo chose eti d’autres mots. Vico attribue ce défaut et cet excès de chaleur, rtux deux mouvemens opposés qui donnent aux corpuscules leur forme pyramidale , Constituent la iiathologie des Égyptiens, et expliquent , selon Doscartes, la chaleur et le froid. Mais^ ce iilii est étrange, c’est l’exposition des causes qui amènent la prépondérance île fun des deux mouVemens sur l’autnîj et, par conséquent, les maladies. « Les lièvres chaudes, dit-il, sont l’effet de l’introduction d’une certaine quantité d’air dans les veines qui vont du cœur ou du centre à la périphérie, air qui cause la dilatation du diamètie des vases sanguins^ du côté bouché opposé à l’extérieur. Les lièvres malignes sont le résultat de l’opération inverse. » J’ai traduit ce [lassage littéralement, de crainte d’y apporter, eh voulant l’éclaircir, plus d’obscurité qu’il n’y en a.

Malgré les encouragemens de Doria, d’Aulisio Cl de Porzio, qui entrevoyaient dans ces aperçus de graves sujets de méditations, Vico se décida îl ne pas publier la partie de son travail qui avait rajiport è la physique. Quelque prix que l’on attache à tous les produits d'un grand génie, il est difticile de trouver des regrets îi donner è cette perte, qui no fut môme pas conqdète pour ses contemporains , puisque Vico adressa à Aulisio, sous le titre de : l>e EtfnUibm tforporis nnhmniis, un opuscule contenant ces idées principales sur la physique.

Vico subissait le triste sort qui pesait il y a un siècle sur

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IMÏKODUCllÜ.N.

les lettrés italiens. L'iionime de lettres , nécessairement pauvre et humilié, se vengeait des dédains qu’il essuyait, par les dédains qu’il renvoyait à ses confrères, plus jeunes ou mobis fortunés. Pour l’homme de lettres, tout seigneur était un maître, tout compétiteur un adversaire. Dépendant d’une aristocratie protectrice et altière, exclu des hautes dignités politiques ou militaires, ne s’essayant jamais à l’action , le domaine des lettrés était la parole, et ils étaient chargés d’exprimer aussi bien que possible, n’importe quoi. Ce penseur si fécond, Vico lui-même, se félicitait lorsqu’un personnage illustre ou puissant venait interrompre ses méditations , le forçait à détourner les yeux du tableau des lois éternelles (ju’il considérait sans cesse, et lui commandait un discours sur un sujet donné en lui indiquant les sentimens qu’il devait exprimer. Heureux lorscju’il n’avait à célébrer que les gi’âces d’une jeune mariée ou les transports d’une jeune mère ! Souvent il lui arriva de recevoir des commandes contradictoires, comme , par exemple, lorsque après avoir condamné les conspirateurs autrichiens de Naples , dans un opuscule intitulé : Histoire de la Conjuration de Naples, il lit les épitaphes de leurs deux chefs , conformément à l’ordre qu’il en avait reçu du comte Daun , les comblant d’éloges au moment où leur parti triomphait, après les avoir flétris lorsque leur parti avait succombé. Vico lui-même nous fournit ces renseignemens, et il n’exprime pas un regret d’avoir parlé contrairement à sa pensée, pas un désir, quelque faible qu’il soit, d’avoir pu conserver l’indépendance de sa parole. 11 semble ne pas se considérer comme tenu d’avoir un sentiment qui lui soit propre Sur ces sortes d’affaires ; et peut-êti'e s’il eût refusé d’exprimer une pensée parce qu’elle n’était pas la sienne , eût-il été traité de fou par les uns, et d’outrecuidant par les autres ; eût-il été puni et délaissé. La faiblesse de Vico n’a laissé nulle part de plus déplorables traces , (pie

VICO ET SES OEUVRES

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dans l’éloge d’Antoine Caraffa. Cet éloge forme un volume, et le langage employé par Vico est celui du panégyrismc. Tout le monde sait pourtant ce qu’était Antoine Caraffa. Issu d’une noble famille napolitaine , entré au service de l’Autriche , où il se distingua dans les guerres contre les Turcs, employé dans l’administration des provinces conquises où il déploya une grande habileté, chargé de punir en Hongrie les partisans du révolutionnaire Tékéli, Caraffa commit des atrocités que les mœurs de son siècle n’excusent pas. Les Mémoires des révolutions de Hongrie rendent témoignage contre cet homme, et rapportent avec dé- . tail les procédures et les jugemens dont il se rendit coupable. Vico ne pouvait ignorer ces faits ; pourtant il consacra toutes ses nuits pendant deux années, et malgré le mauvais état de sa sai^é, à cc^nposer avec les matériaux que lui avait fournis D. Adrien Caraffa, l’éloge historique du maréchal,' oncle de celui-ci. Lui-môme vante le mérite de cet ouvrage : « J’ai rendu les honneurs que je devais à ce personnage, dit-il , J’ai parlé aux princes un langage révérencieux , et j’ai traité la vérité avec justice. » La phrase n’est pas heureuse ; mais Vico ne pouvait, en pareille occasion , placer d’une manière convenable , les mots de justice et de vérité. La Vie du maréchal Caraffa eut un grand succès, et obtint du pape Clément XI l’épithète d' Histoire Immortelle. Elle fut, en outre, payée à Vico mille ducats, qui composèrent la dot d’une de ses filles.

J’ai remarqué plus haut combien le hasard semblait favoriser le génie de Vico, ou pour mieux dire, comment Vico savait tirer des circonstances les plus insi^iifiantes des sujets de réflexion. Ce fut dans le but de bien connaître le droit de guerre dont Caraffa avait si étrangement abusé, que Vico lut le De Jure belli et pacis de Grotius. J’ai trouvé mon quatrième maître, s’écrie Vico en parlant de Grotius ; car si Platon a ajouté sou savoir acquis à la sagesse vul-

l.MIlOliLCTItIN.

gaire d’Iloinèro, si Tacite a répandu les lumières de sa métapliysique* de sa morale et de sa iiolitique sur le récit de faits historiques; si Bacon a non -seulement aperçü tous les défauts de la science ancienne^ mais indiqué aussi le moyen d’en {iréserver la science moderne; Grotius fait Servir la philosophie et la théologie h rétablissement d'un droit universel, dont il confirme l’existence au moyen de preuves tirées des langues hébraïqucj grëcque et latine, c’est-à-dire des trois langues qui ont été formées sous l’influence d’une civilisation. Certain libraire de Naples se proposant de publier une nouvelle édition de Grotius, chargea Vico d’ajouter à ses ouvrages des notes justificatives* Vico .accepta là proposition avec empressement, et entreprit de défendre Grotius contré les attaques intéressées de Gronovius, partisan exclusif des gouverneniens absolus. Cette défense de Grotius eût pu faire oublier le panégyrique de Caraflà; Mais la réflexion n’apporta pas à Vico de généreux conseils; Déjà il avait couvert de notes uli volume et demi de Grotius, lors(|u’it s’avisa qu’un auteur catholique, fct bon catholi([ue, ne devait pas jUstifid^ l’œuvre ^’un hérétique. 11 effaça ses notes et rompit le traité fait aitc le libraire.

Le moment était venu pour Vico d’appliijhiîr à l’histoire et à la jurisprudence, les idées (ju’il méditait depuis longues années. 11 sentait le besoin d’un système qüi fit concorder la philosophie platonicienne soumise à la religion clu’éiieime, avec une philologie fondée sur la connaissance des langues et sur celle de l’histoire, connaissances dont l’une ne peut subsister sans l’autre. Vico se flattait d’accOixler par ce système le savoir des érudits et l’expérience des hommes pratiques. 11 aperçut tout à coup, clairement , nous'dit-ll, ce qu’il n’avait qu’entrevu jusque -là, et ce qu’il n’avait , exprimé qu’ imparfaitement dans son traité De Ho»tii temporis siudiorum raiiom. Impatient de déposer le ftmieau do ses pensées nouvelles, il prononça à la séance d’oUvcrtuivî

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