I.IV. !. — LlAULlSSiEHUNl DES 1-IUNtll-ES
Cel axiome nous explique les événemens qui se passèrent ti Rome depuis l'expulsion des Tarquins jusqu’aux guerres carthaginoises. Car, pendaiil ce temps, les nobles tdaienl constamment occupés h sauver la pairie, dont l’existence assurait à leur ordre les lionneurs ci vils, pendant que \es plébéiens s’cllbrçaicnt,en participantade grandes entreprises, de se montrer dignes de jouir de ces mêmes honneurs.
XCl. — Les rivalités îles dilTérens ordres qui tous tendent à, s’égaliser avec justice sont pour les républiques le plus ptdssant mogen d’accroissement et de grandeur.
Voilà donc une nouvelle cause de l’héroïsme romain, lequel fut aidé par trois vertus publiques : d’abord, par la grande ambition des plébéiens qui voulaient participer légalement aux droits civils des patriciens; ensuite par la force, dont les patriciens lircnl usage en tàcliant de conserver ces droits à leur ordre ; et par la science enfin, dont les jurisconsultes donnèrent des preuves en interprétant les lois et en amenant peu à poules concessions raisonnables et nécessaires. Voilà quelles sont les cotises qui rendirent la jurisprudence romaine célèbre.
Tous ces axiomes, à partir du LXXXIV®, nous montrent l’ancienne histoire romaine sous son véritable aspect. Les trois suivons sont en jpor//e destinés à obtenir le même résultat.
XCII. — Les hommes faibles demandent des lois; lespuissans ne veulent pas s’y soumettre; les ambitieux les proposent pour se faire des parli.sans ; les princes les protègent afin de mettre de niveau les puissans et les faibles.
La première et la seconde partie de cet axiome nous semblent jeter un grand jour sur les disputes héroïques des républiques aristocratiques. Nous voyons , en ellet, les nobles s’efforcer de conservera leur ordre le droit de garder et d’interpréter les lois .secrètes, afin de pouvoir les administrer arbitrairement, cl avec un pouvoir royal; car ce senties trois griefs que Pomponius le jurisconsulte nous dit avoir été exposés en ces termes jiar les plébéiens , lorsqu’ils demandèrent la loi des XII Tables : Nous ne saurions su|q)orler le jus latcns, incertum, et la rnanus régla ;'à quoi les pères répondaient: mores patries sermndus; loges ferri non oportere. Celte réponse des pères nous
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est rapporléc par Dervjs d’ IlaUcarnasse , qui paraît être ici mieux instruit des choses romaines que ne l'est Tite-IJve luiniènie, lequel prétend , au contraire : nohiles desideria piebis non aspemnri. Car Denys d’ HaUcarnasse écrit d’après l'autorité de Marcus Terentius farron, surnommé \eplus érudit des Romains. En voyant ces deux anciens auteurs si peu d'accord entre eux sur les choses qu’ils racontent, et qui avaient eu lieu dm] cents ans avant l'époque où ils vivaient , nous croyons qu’il est sage de nous défier de leurs divers récits. Farron lui-même ne semble pas ajouter foi à sou propre dire; car il nous assure dans son grand ouvrage de Rerwn divinarmn et humanarum, que tes choses divines et humaines des Romains 07it tordes pris naissance dans le Latium. De même, Cicéron ne craint pas de faire dire par Marcus Crassus, orateur, et en présence de Quint us-Macius Scxmla, surnommé le prince des jurisconsultes de son temps, que 1a science des décemvirs dépassait de beaucoup celle de Dracon et de Solon, législateurs d’.dthcnes, cl celle de Lycurgue, législateur de Sparte. Cela signifie sans doute que la loi des XII Tables ne fut apportée îi Rome ni d’Alliènes ni de Sparte.
Nous croyons que Cicéron fait intervenir dans cette première journée (). Mucius, afin de montrer ce dernier écoutant complaisamment la réfutation d’une opinion que Vorgueil des érudits toujours prêts à donner h leur savoir une origine obscure et savante , s’était plu à adopter. C’est pour prévenir les objections qui pouvaient s’élever contre un orateur parlant de l’histoire du droit romain et usurpant ainsi le privilège des jurisconsultes, qui formaient une classe tonte distincte de celle des orateurs; c’est pour prévenir les clameurs que son audace pouvait exciter, que Crassus dit ces mois : f remont omnes, dicam quod sentio. En effet, si Crassus eût exprimé une opinion erronée, ■ducius l’aurait interrompu et réfuté comme il le fil, cà ce que nous raconte Pomponius, k l’égard de Serrîus Sulpicius qui parlait sur ces matières, et auquel il répondit par ces mots: Turpe esse patricio virojus in quo versaretur ignorare. Nous trouvons dnn^Polyhe un argument plus fort que ceux puisés dans farron et dans Cicéron, pour refuser toute croyance k Tite-Live et a Deny s d’ HaUcarnasse ; car Pofyùe était plus profondément
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versé dans la politique, que ne le sont ces deux historiens, et, d’ailleurs, l’époque à laquelle il vivait était plus rapprochée de deux cents ans des décemvirs que ne l’était celle de Tile-Live et celle de Uenys d’IIalicarnassc. Polybc, dans son Iwre Fl, au n° i, et plus loin , si l’on consulte l’édition de Jacques Gronovîus, entreprend d’observer avec cidme et réflexion tes constitutions des plus célèbres républiques libres de son tenips.il remarque que la république romaine dilTère grandement de la république de Sparte, et plus grandement encore de celle d’Athènes, de laquelle cependanlles/a/Ae«rs de comparaisons entre le jus athénien et le jus romain prétendent que Home re^ut les lois qui réglèrent la liberté populaire déjà fondée |iar Brulus; il observe au contraire quelque ressemblance entre la république romaine et lacartliaginoise, et personne jusqu’ici ne s’est imaginé de dire que cette dernière ait été établie d’après les lois de la Grèce; car il y avait une loi carthaginoise qui défendait aux citoyens de connaître les lettres grecques.
Polijbe, si savant dans les constitutions des républiques, ne cherche pas à expliquer la différence qu’il indique entre la république romaine et la république athénienne , l&squelles auraient pourtant été régies par les mômes lois; tandis qu’il indique aussi la ressemblance existante entre la républiqueromaineetlacarthaginoise,qui seraient, au contraire, fondées sur des lois différentes. Pourabsoudre cet écrivain érudit du reproche de légèreté, il faut penser que de son temps la fable des lois grecques arrivées à Rome pour y servir de base au gouvernement populaire n’était pas encore inventée.
La troisième partie de cet axiome nous montre comment les hommes ambitieux secondent quelquefois , pour parvenir à la moruirchie ,\c^ vœux des plébéiens qui, ne pouvant s’élever à comprendre les unicersalités, désirent une loi pour chaque cas particulier. C’est ainsi que Sylla, chef du parti de la noblesse, après avoir vaincu chef du [Kirti des plébéiens, voulant replacer
l’état populaire sous un gouvernement aristocratique et remédier à reucombrement des lois, éUiblit les (questures perpétuelles.
La dernière partie de cet axiome nous découvre la raison cachée jusqu’ici du nombre infini de lois de droit privé que les princes romains, en commençant par .lugusfc , promiilgnè-
UES ÉLÉJiE^S.
renl ; raison qui détermina plus tard les souverains et les 2missances de l'Europe à admettre dans leurs royaumes et dans les républiques libres, le corps du droit civil romain et celui du droit-canon.
XClIl. — Aussitôt (pie dans les républiques populaires la route des honneurs a été légalement ouverte aux plébéiens vainqueurs, le pouvoir n’appartient plus, en temps de paix extérieure, aux lois; il appartient h la force et aux armes. Les nobles et les plébéiens combattent pour défendre ou pour accroître leur puissance, et ils emploient celle-ci ii promulguer des lois qui augmentent leurs richesses. Telles sont en effet, pour Rome, les lois agraires des Gracques, et telles sont les causes qui amenèrent, h cette époque, les guerres civiles à H intérieur et les guerres injustes à l'étranger.
Cet axiome nous donne, par opposition, l’explication de Vhéroüsme romain avant le temps des Gracques.
XCIV. — La liberté naturelle rend les hommes d’autant plus farouches que les biens dont elle assure la jouissance sont plus attachés aux personnes; la servitude civile devient d’autant plus pesante et plus difficile à secouer en projwrtion du peu de valeur que les maitres attribuent à leurs esclaves.
La première partie de cet axiome nous indique une nouvelle cause de l’héroïsme naturel des premiers peuples; la seconde nous donne l'origine naturelle des monarchies.
XCV. — Les hommes tAclicnt d’abord de se soustraire au commandement et ils désirent l'égalité; c’estee que font les plébéiens dans les républiques aristocratiques, lesquelles se changent enfin par là en républiques populaires. Ils s’eflbreent ensuite de s’élever au-dessus de leurs égaux, et ils souineltent ainsi les républiques populaires à la volonté de quelques hommes puissans. Rientôt ils prétendent se mettre au-dessus des lois, et ils donnent naissance à l'anarchie ou aux républiques populaires effrénées, dont la. tyrannie est la pire de toutes; car, sous un tel régime, chaquchommeaudacieux elimnioral est un odieux tyran. C’est alors que les peuples, éclairés par l’expérience, instruits par leurs propres malheurs et poussés par le désir d'y porter un remède salutaire, vont d’un commun accord se réfugier dans la