I.IV. t. — ^TAIlI.ISSEJIF.NT DES PRIXCII'ES
peuple de Dieu y persévéra , clics seraient demeurées comme lui dans Wisie , dans celle vaste partie du monde que les hommes, alors ai peu nombreux, nepouvaicnl remplir, cl qu’ils n’avaient par conséquent aucun motif d’abandonner. Nous avons vu qu’il n’est pas dans la nature des hommes de quitter sans de bonnes raisons leur pays natal.
CI. — Les Phéniciens furent les premiers navigateurs du monde ancien.
CII. — Les contrées barbares sont impénétrables tant qu’on ne force pas leur entrée par les guerres, ou qu’elles ne s’ouvrent pas spontanément aux étrangers par le commerce. C’est ainsi que Psammétique OMyrilV Egypte aux Grecs Ioniens et Carient qui furent sans doute , après les Phéniciens , les plus célèbres commerçans maritimes; car les Ioniens fondèrent, au moyen de leurs grandes richesses , le temple de Junon Samienne, et les Cariens élevèrent le mausolée d’ Arthémise, deux monumens qui prirent place parmi les sept merveilles du monde. Le plus gramd renom de commerçons maritimes parait cependant appartenir aux lihodiens , lesquels élevèrent dans leur port ce grand colosse du Soleil, qui fut aussi compté parmi les merveilles du 7nonde. C’est aussi le commerce qui a ouvert dernièrement la Chine aux Européens.
Ces trois aphorismes nous donnent un principe étymologique des mots d’origine étrangère différent de celui que nous avons assigné aux mots d’origine indigène; ils peuvent nous donner aussi Y histoire de nations succédant à d'autres nations sur des terres étrangères au moyen des colonies. C’est ainsi que Naples fut appelée d’abord Sirena d’un mot syriaque ; ce qui nous porte il croire (pie les Syriens ou Phéniciens furent les premiers qui y eiivoyèr(!ut des colonies commerçantes. Elle se nomma ensuite Parli énope d’un mol héroïque grec , et elle prit enfin le nom grec vulgaire de Naples. Cela nous prouve que les Grecs vinrent après tes Phéniciens |)our y ouvrir des sociétés de commerce; ce (\n\ donna lieu U la formation d’une langue mêlée dei/rec viàe phénicien. Il y cul également sur lescôlesde'/’rtren/c une colonie syrienne appelée Siri : les liabilans de celle colonie prirent bienlûl le nom i]cSiriles; les Grecs lesappelèrent enfin Poliens ;
DKS Kl.ÉMKNS.
Pt la déesse f;ui y avait un temple fut nommée par eux Minerve Poliade. On assure que remporeur Tibère connaissait cette langue mélée de grec cl àc phénicien, beaucoup mieux qu’il ne connaissait la langue grecque pure.
Cet aphorisme imprime en même temps un caractère scientifique k l’argumentation par laquelle Giambullari s’efforce de prouver que la langue toscane dérive du syriaque. Pour expliquer cette origine, il faut remonter jusqu’aux plus anciens Phéniciens qui furent les premiers navigateurs de l’ancien monde, ainsi que nous l’avons démontré par l’un de nos précédens aphorismes; car dans les temps qui suivirent, le renom de grands navigateurs appartient d’abord aux Grecs Cariens , aux Ioniens, et plus tard aux Rhodiens.
cm. — Nous demondcwM qu’on nous permette une hypothèse dont nous avons besoin pour l’établissement de notre système. Nous supposons qu’une colonie grecque ait été amenée sur les rivages du Latium; que, vaincue et détruite par les Romains, le souvenir de son existence se soit perdu dans les ténèbres de l’antiquité.
Si cela ne nous était pas accordé, nous ne saurions comment expliquer la réunion dans le Latium de tant de personnages dont nous parle Vhistoire romaine, tels {{véHercule, Évandre, des Arcadiens , des Phrygiens , le Grec Servius Tullius , Tarquvn l’Ancien, fils de Corinthe, et enfin£raee, deDémarate, fondateur du peuple romain. Tacite observe que les lettres romaines avaient une grande ressemblance avec les anciennes lettres grecques ; et Tite-Live pense qu’au temps de Servius Tullius les Romains ne pouvaient pas même connaître le nom célèbre de Pythagore,(\\i\ professait dans la fameuse école de Crotone; les Romains et les Grecs d Italie ne commencèrent k se connaître entre eux qu’k l’occasion de la guerre de Tarente, qui amena plus tard celle de Pyrrhus avec les Grecs d’outre-mer.
CIV. — Voici un mot de Dion Cassius qui mérite d’être pris en considération : la coutume est semblable à un roi; la loi est semblable à un tyran ; ceci doit s’entendre de la enutume raisonnable, et de la loi qui n’est pas l’expression du droit naturel.
Les conséquences de celte sentence nous aideront à résoudre
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74 UV. I. — ÉTADI.ISSEMENT DES PRINCIPES.
cette grande question, s Uy a un droit naturel, ou si ce droit rieociste que dans l’opinion des hommes; ce qui revient ii la proposition contenue dans le corollaire du axiome, c’està-dire si la nature humaine est sociable, ou si elle ne l’est pas. Car le droit naturel des gens a été ordonné par la coutume, que Dion compare à un roi auquel on obéit avec plaisir ; et il n’a pas été ordonné par la loi, que Dion compare à un tyran auquel on n’obéit que parce qu’on y est forcé. Le droit des gens est né en même temps que les moeurs et les coidumes humaines , lesquelles tirent toutes leur origine de la nature commune DES NATIONS, Origine que cette science nouvelle se propose de faire connaître. La société humaine garde encore ce droit; car il n’y a rien de plus naturel, parce qu’il n’y a rien de plus agréable, que de consacrer et de maintenir les mœurs et les coutumes naturelles. Or, nous pouvons conclure de toutes ces réflexions que la nature humaine dont ces mœurs et ces coutumes sont sorties, est sociable. Cet axiome, ainsi que le VllI™* avec son corollaire, nous montre que Vhomnie n’est pas injuste par sa nature absolue, mais qu’il ne l’est que par sa nature affaiblie et déchue. Nous voyons découler de cette vérité le premier principe de la religion chrétienne , c’est-à-dire Adam complet et tel que Dieu l’a créé selon la perfection idéale. Le principe catholique de la grâce vient ensuite , laquelle grâce opère dans l’homme qui souffre de Xsl privation, et non pas de \& négation des bonnes œuvres; de sorte qu’il n’a qu’une puissance inefficoLce de les accomplir, jusqu’au moment où la grâce efficace vient à son aide. Cette doctrine admet nécessairement le libre arbitre, (loe Dieu seconde naturellement, au moyen de sa providence, ainsi que nous l’avons dit daus le 2“* corollaire du Vlll"'® axiome.
La religion chrétienne s’accorde en cela avec toutes les autres religions, et c’est sur de tels principes que Grotius, Selden et Pufjendorf devaient fonder leurs systèmes, en convenant avec les jurisconsulles romains, de cette vérité : que le droit naturel des gens a été ordonné joor la Providence.
CV. — Le droit naturel des gens est né en même temps que les mœurs et les coutumes des nations, lesquelles sont conformes entre elles dans un même sens commun et humain ; et cela
DES ÉLÉMENS. 7b
sans aucune réflexion , et sans prendre exemple les unes des autres.
Celle proposition, réunie au passage de Dion que nous avons rapporté, nous montre la Providence comme \ ordonnatrice du droit naturel des gens. Aussi est-elle la reine des affaires humaines.
Celle proposition définit en même temps la dilTérence qui existe entre le droit naturel des Hébreux , le droit naturel des Gentils et le droit naturel des philosophes ; car les Gentils formèrent ce droit k l’aide des secours ordinaires de la Providence ; tandis que les Hébreux reçurent les secours extraordinaires du vrai Dieu ; et c’est pour cela que le monde des nations sc trouva partagé entre les Hébreux et les Gentils. Ces philosophes, qui ne parurent que deux mille ans environ après la fondalion du droit des gens ou du droit des Gentils, parvinrent, à l’aide de la raison, k un droit plus parfait que ne l’étail celui ampicl les 6'enftV.'! avaient été conduits par leurs mæurs et leurs coutumes. Les trois systèmes de Grotius, de Selden et de Puffendorf doivent nécessairement tomber, parce que leurs auteurs n’ont pas observé ces trois différences.
CVI. — Les doctrines doivent commencer en même temps que les matières ou les s?yef5dont elles traitent.
Cet aphorisme , appliqué ici d’une manière spéciale au droit naturel des gens , le sera, dans la suite de col ouvrage, k tous les sigets que nous aurons k traiter. Il devrait donc être placé i>armi \es aphorismes généraux, et cependant nous l’avons rapporté ici ; car le sujet auquel nous l’appliquons montre mieux encore que tout autre combien il est vrai , et combien il importe d'eu faire usage.
CVII. — Les commencomens des nations précèdent les commencemens des cités. Ces nations ou gents étaient appelées par les Latins Gentes ynajores, c’esl-k-dire familles anciennes et nobles, telles que celles des jaern dont Rornulus forma le sénat, et la cité romaine avec le sénat. Les Latins appelaient au contraire Gentes minores les nouvelles familles nobles fondées après la formation des cités. C’est avec ces dernières que Junius Brutus, après avoir chassé les rois , remplit le sénat, épuisé alors par la mort des sénateurs que Tarquin le Superbe avait fait périr.