LIV. I. — ÉTABLISSEMEST I)ES PRINCIPES
nations les plus sauvages et les plus cruelles, il n’est aucun acte humain qui soit célébré avec plus de pompe et de solennité que les cérémonies religieuses, les mariages et les enterremens. Nous avons dit, dans nos aphorismes , que des idées uniformes nées cliez des peuples qui ne se connaissent point entre eux , doivent nécessairement avoir un principe commun de vérité. Quelque cliose donc a sans doute enseigné à toutes les nations ces trois commencemens âc Vlnmianité, et toutes doivent observer religieusement ces coutumes, alin que le monde ne devienne I>as de nouveau féroce et sauvage. Voilà pourquoi nous nous sommes arretés à considérer ces trois coutumes étemelles et universelles, et pourquoi nous en avons fait les trois premiers principes de cette science.
Les voyageurs modernes essaient de nier le premier de ces faits en racontant que les peuples du Brésil, les Cafres, d’autres nations du nouveau monde, et les habitans des Antilles, vivent en société sans aucune connaissance de Dieu. Voilà peutêtre ce qui porta /JayZe à affirmer, dans ses Pensées sur les Comètes, que les peuples peuvent vivre avec justice sans la lumière de Dieu. Po/yôen’apas osé dire une pareille chose, et plusieurs s’accordent à déclarer avec lui que s’il y avait sur cette terre des philosophes qui , soumis à la raison plutôt qu’à la loi, fussent capables de vivre avec justice, le monde pourrait se passer de religions. Tous les récits dont nous venons de parler ne sont que des ruses de voyageurs qui veulent obtenir le débit de leurs livres en les remplissant de contes monstrueux.
André Rüdiger fut sévèrement blâmé par les censeurs de l’Université de Genève, de celle république libre et populaire dans laquelle les opinions ont le droit de se produire, pour avoir dit, dans son livre delà Physique qu’il décore orgueilleusement du litre de divine, et à propos de cet ouvrage môme, qu’il était le seul milieu possible entre l’athéisme et la superstition. Les censeurs genevois lui ont reproché de parler avec trop d’assurance; ce qui nous semble signilier qu’il parlait avec trop d’audace.
Toutes les nations croient donc à une divinité providentielle ; mais on n’a pu retrouver que quatre religions primitives dans toute la série des siècles passés, et dans toute l’élen-