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LIV. I. — ÉTABLISSEMENT DES PIUNCIPES

folle curiosité pourrait seule nous faire chercher d’autres causes et d’autres commencemens. Ceci est le propre des véritables principes. Par ces preiives logiques, nous expliquerons la manière dont chacune de ces choses divines et humaines est née, ce qui s’appelle la na^wre des choses; nous montrerons enfin le caractère étemel d’opportunité que ces choses conservent; car elles ne pouvaient naître ni d’autres causes, ni en d’autres temps, ni en d’autres lieux, ni autrement enfin que Dieu ne les a fait naître. C’est ce que nous avons déjà dit plus haut, dans les aphorismes.

Pour retrouver et connaître la nature des choses humaines, cette science procède par une analyse sévère de la pensée humaine sur les nécessités humaines et sur l’utilité de la vie sociale , tes deux sources inépuisables du droit naturel des gens , ainsi que nous l’avons indiqué dans les aphorismes.

En la considérant sous cet aspect, cette science peut donc être appelée Y histoire des idées humaines, histoire d’après laquelle la métaphysique de l’esprit humain doit procéder. Cette science nous paraît être la reine des sciences; car, comme nous l’avons dit dans les sentences, les sciences devant commencer là où la matière et le sujet dont elles traitent commencent, celle-ci commencera en clTel avec les premières pensées des premiers hommes, et non pas avec les premières réflexions des philosophes sur les idées humaines.

Pour déterminer les temps et les lieux où se passèrent les événemens qui composent cette histoire, c’est-à-dire pour déterminer l’époque et la patrie des pensées humaines, et pour appuyer cette liistoire de preuves chronologiques, géographiques , et nous dirions même métaphysiques, nous ferons usage d’un art critique et métaphysique, vao^ eimdiïïi lequel nous irons à la recherche des auteurs des nations. Les écrivains des nations , dont la critique philologique s’est occupée jusqu’ici , ne vinrent que mille ans plus tard. Le critérium qui sert à cette science est celui que nous avons indiqué dans les aphorismes , et qui a été donné à toutes les nations par providence divine; c’est le sens commun du genre humain qui est déterminé par la convenance et la nécessité des choses humaines; convenance et nécessité qui forment toute la beauté de ce monde civil. A l’appui de cette science, on trouvera donc cette sorte de preuves, c’est-à-dire que

DE LA MÉTHODE

les lois de la providence divine une fois établies, la marche des nations ne pouvait être différente de ce qu’elle a été en réalité, quand même (ce qui est désormais reconnu pour fau.x), des mondes infinis naîtraient encore de Yétemité. C’est ce que nous nous proposons do démontrer par cette science , qui sera en même temps une histoire idéale et éternelle dans laquelle toutes les nations marcheront d’un pas égal dès leur naissance, pendant leurs progrès , leur décadence et leur fin. Nous osons même affirmer davantage; car ce monde des nations été fait par

les hommes ( ce qui est le premier principe que nous avons établi avec certitude), l’homme peut en retrouver les modifications dans son propre esprit; de telle sorte que celui qui médite sur cette science , peut , au moyen de cette formule, devait, doit et DEVRA, se raconter désormais ii lui-même, et sans notre concours, cette histoire idéale et étemelle. 11 n’y aura pas d’erreurs dans riiisloire si celui qui fait les choses est aussi celui qui les raconte. Cette science procède donc comme la géométrie , car elle crée d’elle-mêmc le monde des grandeurs, en le construisant avec ses propres élémens ; mais cette science est d’autant plus certaine que ne l’est la géométrie, que les lois par lesquelles les afiaires des hommes sont réglées ont plus de réalité que ne peuvent en avoir des points, des lignes, des superficies et des figures. Voilà aussi pourquoi nous t'avons dit, ô lecteur, que ces preuves étaient d’un genre divin et qu'elles devaient te faire éprouver un divin plaisir; car il n’y eut jusqu’ici que Dieu seul pour qui connaître et faire ne fût qu’une même chose. Nous avons démontré, à l’occasion de nos définitions du vrai et du certain, que les hommes vécurent longtemps incapables de connaître la vérité et la raison qui sont les sources de la justice intérieure, satisfaction des intelligences. Les Hébreux, éclairés par le vrai Dieu, avertis par sa loi divine de ne pas nourrir des pensées injustes , pratiquèrent cette justice intérieure. Aucun législateur mortel ne s’embarrassa d’un pareil précepte; mais les Hébreux croyaient à un Dieu pur esprit, qui pénétrait dans le cœur des hommes, tandis que les Gentils croyaient à plusieurs dieux formés de corps et àlesprit, et auxquels le cœur des hommes restait fermé. Les philosophes qui traitèrent de cette justice intérieure, ne vinrent que deux mille ans après Xol fondation des nations. Dieu permit

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