UV. I. — ÉTABLISSEMENT DES PRINCIPES
que pendant ce temps les Iiommes fussent gouvernés par ce que nous avons nommé le certain de r autorité , c’csl-à-dire par le critérium même dont cette métaphysique critique fait usage; ou, mieux encore , par le sens commun du genre humain, que nous avons défini plus haut dans les Élémens , et sur lequel repose la conscience de toutes les nations. Envisagée de la sorte, cette science peut également s’appeler une philosophie de V autorité, que les moralistes théologiens considèrent comme la source de la justice extérieure. Les trois principaux chefs de la doctrine du droit naturel des gens devaient s’appuyer sur cette autorité , et non sur celle tirée des p<assages des écrivains ; car les écrivains ne pouvaient connaître l’autorité qui gouverna les nations plus de mille ans avant leur apparition. Grotius, le plus célèbre et le plus érudit des trois, combat vigoureusement les jurisconsultes romains ; mais tous ses coups frappent dans le vide , car ces jurisconsultes établirent leurs principes de justice sur Vautorité certaine du genre humain, et non sur l’autorité des docteurs.
Voilà donc les preuves philosophiques qui seront employées à la démonstration de cette science, et qui sont absolument nécessaires à tous ceux qui veulent la méditer. Les /)m<re5/>At7o/oÿiques doivent venir en dernier lieu et se réduisent aux suivantes:
\° Que les diverses mythologies, prises dans un sens naturel et n’en étant pas détournées , s’accordent avec cette science sur toutes les choses dont elle traite ; et nous verrons que ces mythologies ne sont pas autre chose que les histoires civiles des premiers peuples, lesquels se trouvèrent naturellement être partout des poètes;
2” L’explication Aes phrases //éroïgMCS d’après les conclusions de celte science; explication qui rendra avec vérité et exactitude les sentimens et les intentions ;
5° L’accord des étymologies des langues primitives, étymologies qui semblent nous raconter l’iiisloire des choses dont elles nous donnent les noms, en commençant par l'origine de ces mêmes noms, et en poursuivant les progrès naturels de leur pas.sage d’un sens à l’autre selon l’ordre des idées d’<après lequel, comme nous l’avons dit dans les aphorismes, l’iiistoire des langues doit régler sa marche ;
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DE LA MÉTHODE
4° Colle science donne le vocahnlaire mental des clioscs liiimaines et sociales , dont la substance est la même chez toutes les nations, et dont les diverses modifications sont exprimées par des langages différcns. Nous avons iwrlé de cela dans les aphorismes;
5® Elle sépare ce qui est vrai de ce qui est faux dans ce qui nous a été conservé par les traditions vulgaires pendant une longue suite de siècles ; car, ainsi que nous l’avons dit dans les aphorismes, les choses conservées par des peuples entiers et durant plusieurs siècles, doivent reposer sur un fondement de vérité ;
6® Les ruines de l’antiquité, inutiles jusqu’ici h la science parce qu’elles sont demeurées ternes, brisées, déplacées, jetteront une grande lumière lorsqu’elles seront polies , rassemblées et remises à leur place ;
7® C’est sur toutes ces choses, comme sur leurs causes , que s’appuient tous les effets qui nous sont racontés par l'histoire certaine. Toutes ces preuves philologiques serviront à nous montrer de fait les choses dont nos méditations nous ont donné Vidée au sujet de ce monde des nations; suivant en cela la méthode de la philosophie de f'emdam, qui se résume en ces mots : cogitare, videre : de telle sorte que les preuves philologiques étant précédées par les preuves philosophiques, l'autorité se trouvera confirmée par la raison, et la raison par l'atitorité.
Résumons donc ainsi tout ce que nous avons dit sur l’ÉTA- BLISSEMEN’T DES PRINCIPES de celle science. Puisque ces principes sont la Providence divine , la modération des passions par les mariages et la croyance h l'immortalité des âmes humaines attestée par la coutume des enterremens ; puisque le critérium dont elle fait usage consiste h croire que ce qui est tenu pour juste par tous les hommes ou par la plus grande partie dentre eux, doit être considéré comme la règle de la vie .sociale ; et puisque la science vulgaire de tous les législateurs, aussi bien que la science acquise de tous les philosophes les plus renommés , s’accordent avec ces, principes et avec ce critérium , c’est là que doivent être posées les bornes de. la raison humaine. S’il est quelqu’un qui prétende aller au-delà, (|u’il prenne garde de ne pas se mettre en dehors de l’humanité.