‹ La science nouvelleChapitre 40 sur 106 · V. — ].c cinquième aspect de celle science sera une histoire · texte numérisé non relu

V. — ].c cinquième aspect de celle science sera une histoire

idiale éternelle, dans laquelle les histoires de toutes les nations se dérouleront simultanément ; car partout et en quelque lieu que les hommes adoucis par la religion aient eu le bonheur de sortir de leur état sauvage, féroce cl cruel, ils ont commencé, poursuivi, et ils sont amres au même point, d’après Vordre que nous avons remarqué dans \e livre second de cet ouvrage, et que nous retrouverons dans les livres quatrième et cinquième , lorsque nous parlerons de la marche des nations et du retour des choses humaines sur la route qu’elles ont déjà parcourue.

VI. — Le sixième aspect de celte science sera un système du droit naturel des gens, et nous montrerons que Hugues Grotius, Selden et Puffendorf, ces trois chefs d’une même doctrine , eussent bien fait de commencer h entrer en matière au point où commence le sujet qu’ils se proposaient d’éclaircir. De cette manière, ils auraient suivi l’un des préceptes que nous avons donnés dans les aphorismes, et ils n’auraient pas commis la faute de faire commencer cette science après la première moitié de la période civilisée des nations, c’est-à-dire au temps où vécurent des hommes éclairés par la raison naturelle développée et intelligente; temps du milieu duquel sont sortis \e% philosophes, qui se sont élevés jusqu’à la méditation d’une idée parfaite de la justice. Grotius, poussé par un grand amour de la vérité , laisse de côté la providence divine, et prétend déterminer et régir par son système les faits qui précédèrent, chez les premiers hommes, toute connaissance de Dieu. C’est pour cela que tous les reproches qu’il adresse a.\x\ jurisconsultes romains ne peuvent les atteindre. Car ceux-ci , ayant choisi pour principe de leur droit l'existence delà providence divine, ne purent s’étendre que sur le droit naturel des gens, et non sur celui des philosophes et des théologiens moraux. Selden suppose l’existence et la connaissance de ce droit naturel des gens , sans réfléchira l'humeur inhospitalière des premiers peuples, ni à la division, faite par le peuple de Dieu, du monde des nations en Hébreux et en Gentils; il néglige aussi de remarquer que pendant leur captivité en Égypte, les Hébreux avaient perdu la connaissance de leur droit naturel , et qu’il fallait , pour la leur rendre, que Dieu rétablit de nouveau, au moyen de la loi qu’il donna à Moïse sur le

COllOLLAIllES.

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mont Sinai ; il oublie également que Dieu, dans sa loi , défend jusqu’aux /jewA'ées précepte dont aucun législateur mor-

tel ne s’est jamais mis en peine. Enfin il laisse de côté les origines brutales de toute? les nations des Gentils. Selden ayant prétendu que les Hébreux enseignèrent plus tard ce droit naturel aux Gentils, il se trouve dans l’impossibilité de fournir les preuves de son assertion, en présence de la confession magnanime de /osè/)Ae, de la grave réflexion de Lactance dont nous avons parlé plus haut, et de Vinimitié qui a toujours existé entre les Hébreux et les Gentils, inimitié qui se retrouve encore chez ce peuple dispersé parmi toutes les nations.

Puffendorf commence par discourir sur le droit naturel des gens, au moyen d’une hypothèse épicurienne d’après laquelle il jette l’horame dans la vie sans secours et sans protection de la part de Dieu. Puffendorf, dans sa dissertation spéciale, a essayé de se justifier des reproches qui lui ont été adressés à cette occasion; mais il n’en est pas moins démontré qu’il est impossible de prononcer un mot sur le droit, si l’on n’admet pas d’abord ‘cn principe l’existence de la providence divine. C’est ce que Cicéron répondit à V Epicurien Æticus, qui voulait l’entretenir des lois. Persuadés que nous sommes de cette vérité , nous commencerons k traiter du appelé par les Latins , con-

traction de l’ancien jous , en le prenant a l’époque très reculée où Vidée de /wjorïer se produisit dans l’esprit des chefs des Gentils. Les Grecs s’accordent en cela merveilleusement avec \c% Latins: car Platon observe, dans le Cratyle, que le jus fut d’abord appelé ^'îaiov, ce qui signiQc discurrens ou permanens. Celle origine philosophique est faussement expliquée par Platon, qui, séduit par la mythologie scientifique, prend /wprïer pour V éther qui pénètre et remplit tout. Mais Yorigine historique de ce mot dérive de Jupiter même, que les Grecs appelèrent aussi Aiô;, et dont les Latins firent : sub Dio, ou sub Jove, pour signifier à ciel découvert. Inélégance grecque changea plus tard ce nom en celui de SImk-k Nous commencerons donc par Irai 1er du droit qui a été d’abord divin, c’esl-k-dire qui tire son origine de la divination ou de \ol science des auspices de Jupiter. Ce furent la les choses divines au moyen desquelles les Gentils réglèrent les choses humaines: ce qui se rapporte it hi jurispni-

]li LIV. II. — DE I.\ SAGESSE fOÉriQlE.

dence. Nous parlerons cnsiiile du droit naturel, qui di^rive de Vidée de la prmndence divine, avec laquelle Vidée du droit a pris naissance. Ce droit a été d’abord déterminé cl oliservé par les plus anciens chefs des Gentils, qui furent appelés Gentes majores, et dont Jujnter fut le premier dieu.

VII. — Le septième et dernier des principaux aspects de cette science doit être la délermiiialion des princijyes de F histoire universelle , qui commence à celle première période des choses humaines des Gentils; c’esl-'a-dire a.\i premier âge du monde, ou U Vûge des dieux, qui, de l’aveu même des Lgjpliens , ont précédé ce peuple si lier de son antiquité. C’est pendant celle période que le ciel a régné sur la terre, et qu’eV a comblé les hommes de ses bienfaits , ainsi que nous l’avons montré dans les aphorismes. Uàge d’or est, pour les Grecs, l’iige où les dieu,t se mêlèrent sur la terre avec les hommes, ainsi que nous l’avons vu au sujet de Jupiter. C’est de celte manière que lespoé^e,? grecs nous ont représenté w. premier âge du monde; et, en nous racontant fidèlement îi l’aide de leurs fables le déluge xiniversel et V histoire des géans , ils nous ont donné en même temps les principes de l’histoire universelle et profane. Mais ceux qui vinrent après ces poètes se montrèrent incapables de s’identitier avec Vimagination des premiers hommes qui fondèrent les nations des Gentils ; imagination si puissante, qu’elle persuadait à ces hommes que leurs dieux se montraient à eux. Les successeurs des premiers poètes ne surent pas comprendre la signification du mot renversé ou envoyé sons terre; leur esprit, excessivement crédule, fut trompé par le sens altéré des traditions qui racontaient comment, au commencement, les géans avaient vécu cachés dans les grottes creusées sous les montagnes; ce qui donna plus tard naissance à la fable des géans plaçant les monts Olympe , Pélion et Ossa les uns sur les autres , afin de jiarvenir jusqu’au ciel cl d’en chasser les dieux. Mais ces premiers géans, bien loin de combattre les dieux, ignoraient complètement \c\xï existence, jusqu’au moment où ils furent frappés par la première foudre de Jupiter. Celte fable du combat des géans et des dieux doit être née à une époque plus rapprochée de nous, cl alors que l’esprit des Grecs s’élail élevé à comprendre la hauteur démesurée du ciel ; cur \c c\c\ n’élail pas, {X)ur les pre-

DE LA LOClüüE POÉTIQUE.

lis

miers géans, plus élevé que les cimes des 7nonts. Cette fable fut probablement inventée postérieurement à Homère, et a été introduite dans VOdtjssée par celui qui la composa. Car il sufiisail, du temps d'Homère, d’une secousse à l’Olympe pour en faire tomber les dieux, qu’il ne plaça jamais ailleurs que sur cette montagne. Tous ces motifs nous portent à croire que Vkistoire universelle et profane a mayiqué jusqu ici de principe ou de base, de même qu’elle a manque d’une chronologie raisonnée de V histoire poétique, et par conséquent de toute chance de durée.

De la logique poétique.

De même que la métaphysique contemple les choses dans toutes les modifications de leur être, la logique considère les choses dans toutes \es, modifications de leurs significations eide leurs rapports réciproques. Nous avons regardé jusqu’ici la />oésie comme une métaphysique ppétique, au moyen do laquelle les poètes théologiens ont imaginé de revêtir les corps d'attributs divins; nous la considérerons maintenant comme une logique poétique , au moyen de laquelle les poètes théologiens ont exprimé leurs pensées.

Le mol logique vient du mot xifc,; , qui signiOait d’abord fable et que les Italiens ont transporté dans leur langue par le mol /arc//a ; c’est du mot p6c;,qui signifiait aussi chez les Grecs fable , que les Latins firent mutus. En effet , dans les temps muets, c’est a-dire dans les temps où les hommes ne parlaient IKis encore , les fables furent muettes , et nous lisons dans un passage précieux de Strabon, que celle langue muette précéda ' la langue vocale ou articulée. Le mol Xny®; signifia donc d’aliord idée et parole, et nous trouvons ici l’occasion d’admirer l’ordre de la providence divine qui voulut , dans ces premiers temps religieux, contraindre les liommes à mccfiYer sur elle, plutôt qu’à parler vainement d’elle. Le premier langage des nations a donc commencé , ainsi que nous l’avons dit dans les aphorismes , par des signes, par des actes et par des objets ou des images qui avaient un rapport naturel avec les idées.

lie I.IV. II. — DE L\ SAGESSE POÉTIQEE.

c’est pourquoi le mol Xo’fo; ou verbum signiliait aussi , chez les Hébreux , fait on acte, et était quelquefois pris chez les Grecs pour chose, ainsi que le remarque Thomas Gataker dans son livre de Instrumenti stylo. Le mot [aüôoç se traduit par vera narratio, c’csl-à-dire parler vrai, langage vrai, ou langage naturel qui, selon Platon d’abord, et selon Jamblique plus lard, a clé jadis le seul employé dans le monde des Gentils. Mais Platon avance au hasard cette proposition , et il lâche en vain de la prouver dans le Cratyle; ce qui lui attira les reproches A' Aristote cl de Galien. Ce philosophe ignorait que ce premier langage des poètes théologiens ne fût ni conforme à la nature des choses, ni semblable à la langue sacrée parlée par Adam, auquel Dieu manifesta la divine onomathèse , ou l’imposition des noms aux choses , selon la nature de chacune d’elles. Ce premier langage des jpoè^es théologiens fut au contraire un langage fantastique au moyen de substances animées, et considérées pour la plupart comme divines. Ainsi ces hommes muets désignèrent d’abord avec des signes Jupiter, Cybèle ou Bérécinthie, et Neptune comme étant le ciel,]n terre et la mer, qu’ils prirent pour des divinités animées, et que, dans la simplicité de leurs sens , ils adorèrent comme des dieux. C’est au moyen de ces trois divinités qu’ils expliquaient toutes les merveilles du ciel, de la terre et de la mer. Ils rapportèrent ensuite aux autres divinités les choses qui appartenaient à chacune d’elles, comme les (leurs à Flore et les fruits à Pomone. Nous faisons aujourd’hui une opération semblable quoique opposée , lorsque nous pereonnifions les choses de l’esprit, et que nous nous représentons les passions , les vertus , les vices , les sciences et les arts, comme autant Ac personnages la plupart féminins, auxquels nous rapportons toutes les causes , toutes les propriétés cl tous les effets qui se rattachent a chacun d’eux. Nous sommes ainsi faits, que lorsque nous voulons tirer hors de notre intelligence les choses de l’esprit, il nous faut avoir recours h, l’/niagination , afin que celle - ci les explique , et que semblable k un peintre, elle les présente sous des images humaines. Les poètes théologiens dont l’intelligence était encore muette , faisaient donc un travail sublime et opposé k celui que nous faisons, lorsqu'ils donnaient aux plus vastes corps, tels que le

COROLLAIRES

ciel, la terre et la mer, des sens et des passions. Peu a peu ces puissantes imaginations s’affaiblirent , en môme temps que les abstractions se concentrèrent et s’élevèrent davantage, et ces personnifications gigantesques ne furent plus que des signes ou des symboles. La métonymie dissimula la grossièreté de ces origines humaines sous le voile de la science, et Jupiter devint si petit et si léger qu’il fut porté dans les airs par un aigle ; Neptune fendit les ondes sur un char fragile, et Cybèle s’assit sur un lion.

La mythologie , vôm\ que ce mot môme semble nous l’indiquer, fut donc sans doute 1e langage propre des fables, et puisque les fables appartenaient aux genres fantastiques, la mythologie dut en renfermer Vallégorie. En effet, ce mot allégorie signifie diversiloquium, parce qu’il exprime en quelque sorte que les différentes espèces ou les différens mdmdtis, compris dans les mômes genres et renfermant un rapport commun à Vespèce ou aux individus, doivent avoir une expression univoque ou uniforme. Le nom A' Achille, par exemple , représente la valeur commune à tous les hommes forts; celui d’Wÿsse représente la prudence commune à tous les sages : de manière que ces allégories sont à vrai dire Y étymologie des langages poétiques; langages dans lesquels les origines ou les racines étaient univoques, tandis que les racines des langages vulgaires ne sont ordinairement (\\Y analogues. Le mot étymologie signifiant veriloquium , le mot fable fut aussi pris pour vera narratio.

Corollaires sur les tropes , les monstres et les transformations

poétiques.

I. — Tous les premiers tropes sont des corollaires de cette logique poétique, et parmi les tropes, le plus lumineux, le plus nécessaire et le plus usité est sans contredit la métaphore ; figure d’autant plus excellente qu’elle dote de sens et de passions les choses inanimées. Les premiers poètes donnèrent aux corps une àme telle qu’ils pouvaient la comprendre et la connaître; car ils leur donnèrent des sens et des passions, formant ainsi Acs, fables, de sorte que chaque métaphore se trouve être

118 I.iv. H. — IlE LA SAGESSE l'OÈTHjl'E.

une petite fable. La critique nous éclaire sur le temps de la naissance des lanj^ues, en nous déinonlranl que toutes les tnétaphares, au moyen desquelles on compare les corps aux œuvres abstraites de l'esprit, et on applique à celles-ci ce qui est le propre de ccux-la, doivent avoir eu lieu pour la première fois à l’éiwque de la naissance de la philosophie. Cela nous est prouvé parce fait que tous les mots de chaque langue, qui servent au.x arts cultivés ou aux sciences acquises, ont une origine vulgaire et proitrc îi exprimer les besoins de la vie des paysans. 11 faut aussi remarquer que dans toutes les langues , la plus grande partiedesexpressionsparlesquelles on dcsignelesc/ioseA’inanimées sont empruntées aux dénominations du corps humain, de ses différentes parties, des sens et passions : ainsi chef ou tête se dit d’une sommité ou d’un commencement ^ en face et au dos se dit pour devant et derrière; toute ouverture s’appelle bouche; on dit les yeux de la vigne, les dents du râtelier ou du peigne, la barbe des racines, une langue de terre, une gorge de montagne, un bras de mer ou les eûtes de la mer : on dit aussi une poignée pour un petit nombre, les flancs pour les côtés, le cœur pour le milieu que les Latins appellent iimbilicus, le pied I>our la fin ou la base. Les fruits ont une chair; nous parlons d’une reme d’eau ou de métal; le vin n’est plus que le .sang de la vigne; la terre a des entrailles, le ciel sourires; le vent siffle et l’onde murmure. Les paysans du Latium disaient sitire agros, laborare fructus, luxuriari seye/es; et nous disons encore les amours des plantes et les pleurs des ormeaux. Chaque langue pourrait nous fournir une iulinilé de ces exemples, et cela démontre d’autant plus la vérité de cet aphorisme : que Yhomme ignorant fait de lui-même la règle de l’unwers. El en ellét, dans les expressions que nous venons de rapporter, l’homme a /ai^ de son être un monde entier. La métaphysique raisonnée enseigne ceci : /jorno intelligendo fit omnia, mais il nous semble que la métaphysique de l’imagination pourrait dire avec plus de raison : homo non intelligendo fit omnia; car Yhomme par son intelligence déploie son esprit cl comprend les choses, tandis que l’homme dont l’inlelligencc est encore fermée crée les choses à son image, et en se tranformant en elles, il devient pour ainsi dire ces choses mêmes.

COROLI.AIKES. i l'.t

II. — La logique, fillo de celle métaphysique, a fail on sorlc (|uc premiers poètes onl donné aux choses les noms exprinianl les idées les plus particulières et les plus sensibles. Voilà quelle est la source de celte métonymie, qui désigne les œuvres par les noms de leurs auteurs (car, dans ces premiers temps, les auleursétaient plus connusel plus souvent nommés que les ouvrages); de \a. métonymie, (\ü\ désigne les o6j'e/s d’après leurs /ornes ou d’après leurs qualités particulières, et qui est née de ce que les premiers hommes étaient incapables d’abstraire les objets des formes cl des qualités propres à ceux-ci ; delà troisième, enfin , qui désigne les catises pjir les effets et a donné naissance à un grand nombre de petites fables. Car les hommes se représentèrent ces caïutes comme autant de personnes revêtues de qualités qui représentent les de ces cattses,- d’où sont venues les locutions suivantes: \a. pauvreté hideuse, la vieillesse triste, \n mort péde et décharnée.

III. — hasynecdoche passa dans le langage, lorsque les liommes s’élevèrent des particularités aux généralités, et qu’ils réunirent ensemble plusieurs parties dont ils firent des objetscomplexes. Ainsi, nous trouvons souvent dans le latin vulgaire le mot caput pour Vhomme ou la personne : car, au commencement, la tête de l’homme était souvent seule visible au-dessus des broussailles dans lesquelles son corps était caché; et le nom cV homme est un mot abstrait , puisqu’il comprend dans un genre ou dans une généralité philosophique le corps et toutes ses parties , l’esprit et toutes ses facultés, l’àme et toutes ses dispositions. De même, tignum et culmen signifièrent d’abord, dans le temps où les maisons étaient couvertes de paille, petite poidre o\\ paille ; puis, lorsque les cités s’élevèrent grandes et magnifiques, ces mots demeurèrent pour signifier la matière et l’achèvement des édifices. Tectum fut pris pour la maison tout entière, parce que, dans les premiers temps , les maisons n’étaient que des abris ; puppis fut pris pour le navire, parce que c’est le point le plus élevé du navire, et par conséquent celui qu’on aperçoit le premier du rivage. De même, à l’époque du renouvellement de la l)arbarie , un navire fut appelé une voile, (Jette combinaison d’une métonymie et d’une sjjnecdoche : Tertio messis erat, dut

i;2Ü UV. II. — DE LA SAGESSE rOÉTItjCE.

prendre son origine de la nécessité d’exprimer un laps de temps; car plus de mille ans s’écoulèrent sans doute, avant que les nations trouvassent ce mot astronomique : année. Aujourd’hui encore , les paysans du territoire de Florence disent : Nom avons moissonné tant de fois, pour signifier un égal nombre d’années. Cet assemblage enfin de deux synecdoches et d'une métonymie ;

Post aliquot niea régna viilens mirabor aristas ,

nous découvre une grande pauvreté de langage, car on disait alors tant d'épis, ce qui est une particularité des moissons, pour signifier tant d'années. Lts grammairiens, révoltés par cette indigence d’expression, ont refusé de la reconnaître, et ont préféré y supposer un art caché.

IV. — L'ironie ne commença pas avant la réflexion ; car elle consiste dans une proposition fausse qui sert U exprimer que la proposition contraire est vraie. Nous voyons apparaître ce grand principe des choses humaines, qui confirme ce que nous avons dit ailleurs au sujet de Vorigine de la poésie ; c’est-a-dire que la nature des yjre»»er5 Gentils était simple et véridique comme celle des enfans, et que leurs /îrmières fables, loin de rien contenir de faux, furent sans doute telles que nous les avons définies plus haut : vera narratio.

V. — Nous croyons avoir démontré que tous les tropes, dont nous réduisons le nombre îi quatre, n’ont pas été, comme on l'a voulu jusqu’ici , de spirituelles inventions des écrivains , mais seulement des manières nécessaires de s’exprimer dont toutes les premières nations poétiques ont fait usage. Nous croyons aussi avoir suffisiimment prouvé que ces formes de langage eurent kleur origine une signification propre et naturelle, et que ce fut par un travail successif que les hommes arrivèrent à trouver les mots, au moyen desquels ils expriment aujourd’hui les formes abstraites et les genres renfermant leurs espèces , aussi bien que la réunion des parties qui forment un tout. Ces premières formes de langage ne furent plus alors que des transpositions ou des figures. Nous commencerons ici h rectifier ces(teit.r erreurs des

COROLLAIRES. i2i

grammairiens, qui prétendent que le langage des poètes est impropre et qu’il a succédé au langage des prosateurs.

VI. — Les monstres et les transformations poétiques tirent aussi leur origine, de ce que \& nature humaine est impuissante à abstraire les formes ou les qualités propres des objets. C’est pour cela que les hommes se trouvèrent forcés de supposer Yexistence de certains objets, pour en comprendre les formes abstraites ; ou de détruire certains autres objets, afin de démêler leur forme première Æavec la forme étrangère qui s’y était introduite. Les monstres poétiques sont nés de ces compositions d’idées, et c’est sur cela Antoine Fabre se fonde dans sa. Jurisprudence papinienne , lorsqu’il nous dit que dans le droit romain, les enfans nés des courtisanes étaient appelés monstres i parce qu’ils participaient de la nature de l’homme en même temps que de celle de la bête , pour être le fruit d’accouplemens incertains et passagers. Nous verrons que ces monstres condamnés par la loi des XII Tables k être noyés dans le Tibre ne sont rien autre chose que les enfans nés de femmes honnêtes, mais hors du mariage.

VIL — La distinction des idées engendra les métamorphoses. loLjurispruidence ancienne nous aconservé la locution héroïque ; Fundum fieri pour auctorem fieri.Qx,&e même que le/ond sert de support k la propriété , au terrain et k ce qui s’y trouve semé ou planté ou construit ; ainsi l’auteur soutient l’acte accompli parlui, lequel acte serait anéanti si cet appui venaitk lui manquer, de sorte que l’auteur devient stable de mobile qu’il était.

Corollairei sur le langage par caractères poétiques des premières nations.

Le langage poétique, tel que nous l’avons considéré dans cette logique poétique, se prolongea bien avant dans les temps historiques, semblable en cela k ces fleuves grands et rapides qui gardent encore, longtemps api'ès s’être jetés dans la mer, la douceur de leurs eaux, que la violence de leur cours sert k préserver de tout mélange. C’est du moins par ce moyen que Jamblique

ii-2

nous exp1iqu^coInmcnl les Éfjijptiens rapportaient à Mercure Trismegiste toutes les découvertes ntites à la vie humaine. Nous avons aussi confirmé celte assertion de Jamblique par cette sentence : Que les enfans désignent toutes les créatures humaines et toutes les choses qu’ils voient dans la suite des temps, par les noms des créatures humaines et des choses qu’ils ont vues tout d’abord, et qui ont avec ccllcs-la quelque rapport ou quelque ressemblance.

Voilii donc la grande source naturelle des caractères poétiques, au moyen desquels les premiers peuples ont d’abord pensé et parlé. Si Jamblique eût observé cette propriété des choses humaines, cl s’ilI’ciU rapprochée ensuite derusage que lui-même attribue aux anciens Égyptiens, il n’aurait certainement pas supposé que les mystères sublimes de la sagesse platonicienne eussent été renfermés dans les mystères de la sagesse vulgaire des Egyptiens.

En réfléchissant à celle nature des enfans et à celle coutume des ajiciens Égyptiens, nous nous croyons fondés à dire que le tangage poétique, au moyen des caractères poétiques, peut nous faciliter la découverte de plusieurs choses im|»ortantes de Vantiqiiité.

I. — Soton devait être un savant en science vulgaire, en même temps qu’un chef du parti plébéien, h. l’époque oix Athènes était une république aristocratique. En nous parlant de ce temps , V histoire grecque nous raconte comment Athènes fui occupée par les grands. Or, nous démontrerons, dans le cours de cet ouvrage, que la même chose arriva dans toutes tes républiques héroïques , c’csl-ii-dire que dans chacune d’elles les nobles ou les héros se regardèrent comme participant de la nature dirine , et comme ayant seuls droit à la divination ou îi la connaissance des auspices divins , privilège qu’ils conservaient îi leur ordre, ainsi que tous les droits publics et privés des cités héroïques ; tandis qu’ils n’accordaient aux plébéiens, considérés comme fai&mt partie delanoO/re animale et n’ayant ni dieux ni auspices, que l’usage ou l’exercice de la liberté naturelle. Ceci est un principe important sur lequel nous aurons souvent h nous appuyer, dans le cours de cet ouvrage. Il est probable que

(;oiiOLLAiiii:s.

Solon avertit los plébéiens et les excita u réfléchir sur euxmêmes, et à reconnaître qifélant de même nature que les nobles, ils (levaient jouir comme eux des droits civils. Peut-être même Solon n’est-il qu’une personnilication des plébéiens athéniens , considérés sous l’aspect de révoltés? Car nous n’apercevons pas chez les anciens Romains un personnage correspondant au Solo7t des Athéniens, et nous voyons cependant les romains soutenir, aussi bien que les Crées, des luttes héroïques avec les nobles. Xêancienne histoire romaine nous enseigne en cllét que les plébéiens disaient des ;o«^m7‘ezis, descendans de ces premiers péi'es dont Romulus avait formé le sénat : No.\ esse c(»;lo üe- Missos , c’est-a-dire , que \c\iv oiigine n’était pas réellement vine, mais qu’ils étaient, patriciens et plébéiens, tous égaux devatdJ upiter. Voilii quelle est \' histoire civile de ce mot : Jupiter omnibus æquus; d’où les savans concluent que tous les esprits sont égaux, et qu’ils prennent leurs dissemblances de la diflérenle organisjition des corps, ainsi que de la diversité de l’éducation civile. La juste appréciation de leur propre mérite .amena les plébéiens romainsà exiger des p.alriciens qu’ils leur accordassent la jouissance de la liberté civile, et à changer peu k peu la constitution aristocratique de la république en constitution populaire. C’est ce que nous avons présenté sous la forme d’une hypothèse,àaxis nos 7iotes sur imirctable chronologique, à l’endroit où nous avons parlé de la loi Publilia. Nous démontrerons par des raisons solides, et en nous appuyant sur des autorités graves, que la même chose s’est reproduite dans toutes les anciennes républiques, et que les plébéiens ont tous été poussés par cette l'é- Jlexion de Solon à changer les constitutions des républiques, et à les rendre populaires, d’aristocratiques quelles étaient. C est pour cela que Solon fut regardé comme l’auteur de ce mot célèbre : NOSCE TEIPSUM , mot qui fut d’une si grande utilité civile au peuple d’Athènes, que celui-ci le fit inscrire dans toits les Heur: publics de la ville. Les savans considérèrent ce mot comme un grand avertissement (et il l’est bien en effet) de s’occuper des choses morales et métaphysiques , et Solon fut k leurs yeux un sage en science acquise, et le prince des sept sages de la Grèce. Tous les ordres cl toutes les lois qui constituèrent dans Athènes une république démocratique, tirèrent leur origine de

l:2i LIV. II. — DE I.A SAGESSE POÉTIQLE.

celle pensée donl Solon fut rf-pulé l’auleur , el l’usage adoplé par les premiers peuples de penser cl de parler au moyen de symboles poétiques , fui cause que les Athéniens rapporlèrcnl lous ces ordres el toiilcs ces lois à Solon, demf'me que les Égyptiens avaient rapporté k Mercure Trismégisle toutes les découvertes utiles k la vie humaine et civile.

II. — C’est sans doute ainsi , que les Romains allribuèrcnl k Romulus toutes les lois gui définissaient les ordres;

III. — Qu’ils attribuèrent k Numa la plus grande jiaiiie des choses concernant la religion, ainsi que les cérémonies divines sur lesquelles la roma/we se trouva plus tard fondée;

IV. — Qu’ils attribuèrent k Tullus llostilius toutes les lois el toutes \es dispositions concernant la discipline militaire ;

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