‹ La science nouvelleChapitre 42 sur 106 · DERNIERS COROLLAIRES · texte numérisé non relu

DERNIERS COROLLAIRES

fables et des médailles qui étaient en usage li l’époque de la formation des nations ; ils devaient enün découvrir et constater les mœurs et les coutumes des nations , au moyen d’une critique métaphysique des auteurs de ces nations mêmes. Cette critique métaphysique devait ioavnœ k\a. critique philologique les lumières nécessaires à la découverte des premiers écrivains; dont l’origine remonte, avons-nous dit, k un millier d’années après la formation des sociétés. .

Derniers Corollaires

Sur la logique des sages {sapienli).

I. — Les principes que nous avons établis jusqu’ici au sujet de la logique poétique et de V origine des langues, peuvent servir à expliquer pourquoi les premiers auteurs de ces langages qui donnèrent aux choses des nomspro/jrcs et naturels, ont toujours été considérés comme des sages. C’est pour cela que les Grecs et Latins employaient indifféremment les mots nomen et natura.

II. — Les premiers auteurs de l'humanité se sont appliqués à Vobservation des choses sensibles, et ils ont formé les genres poétiques, en rassemblant les qualités propres et les rapports concrets des espèces ou des individus.

III. — Le premier âge du monde a donc été occupé par le développement de la première opération de l’esprit humain.

IV. — A mesure que les esprits observaient imposition et les qualités, des choses qu’ils se proposaient de connaître, ils perdaient quelque peu de leur grossièreté première.

V. — Providence fit usage de son éternelle sagesse, lorsqu’elle éveilla dans l’esprit humain l'observation d’abord, et la critique ensuite; car il faut connaître les choses avant de les juger. L'observation rend l'esprit subtil et pénétrant ; la critique le rend exact : or, c’était de subtilité et de pénétration bien plus que d’exactitude, que les hommes avaient besoin, k l’époque où il s’agissait de trouver les choses nécessaires k la vie humaine. Aussi est-il positivement certain que, non-seulc-

ment les choses nécessaires à la vie humaine, mais celles encore qui ne sont f\\x'utües, agréables, comme les superflvités du luxe, étaient connues en Grèce avant la naissance de la philosophie. Les enfans excellent dans le talent de Yimitation; et la poésie n’est qu’une imitation, de même que les arts ne sont que des imitations de la nature ou une sorte de poésie en action. Ainsi, les premiers peuples que nous considérons comme les enfans du genre humain, fondèrent d'abord le monde des arts, c’est-à-dire qu’ils introduisirent les arts dansle monde. Les philosophes , à leur tour, 'ces vieillards des nations, fondèrent le monde des sciences, c’est-à-dire qu’ils essayèrent de former la société d’après les lumières de la science. C’est ainsi que la civilisation se trouva complète.

VL — V histoire de la philosophie vient confirmer d’une manière admirable cette histoire des idées humaines ; car nous voyons les hommes accepter en premier lieu la loi philosophique del’aÙToi//ta ou de l’évidence des sens. Épicure en a fait la base de sa philosophie, parce que, en sa qualité de philosophe sensualiste, il devait se contenter d’exposer les choses selon l’évidence des sens. En parlant de Vorigine de la poésie , nous avons vu combien, chez les premières nations poétiques, les sens étaient robustes et vivaces. Ésope, caractère poétique des philosophes moralistes vulgaires, succéda à Épicure et précéda les sept sages de la Grèce. 11 appuyait ses raisonnemens sur des comparaisons qu’il tirait de sujets supposés, ainsi que cela se pratiquait alors, c’est-à-dire pendant Y âge poétique. Nous avons vu l’effet produit sur le peuple romain par l’apologue de Ménénius Agrippa; et aujourd’hui encore, il est plus facile d’agir sur le peuple au moyen d’une parabole, que par le meilleur des raisonnemens abstraits. Socrate, venu après Ésope, introduisit la dialectique, qui procède à la connaissance d’une chose douteuse par Yinduction tirée d’autres choses certaines, ayant avec la première quelque rapport ou quelque ressemblance. L’induction avait déjà produit Hippocraie, ce prince des médecins par la grandeur du mérite autant que par l’antiquité ; cet Hippocrate, dont on disait ;

Nec fallit quemquam, nec falsus ab ullo est.

Nous voyons dans le Timée de Platon que, grâce à la méthode

UERNIEBS COROLLAIRES.

*le la synthèse, l’école italique de Pythagore avait porté fort loin la science des mathématiques. Hü temps de Socrate et de Platon, resplendissait de tous les arts qui ornent Y esprit humain : elle excellait dans la /wes/e, dans Y éloquence, dans Y histoire, danslamtMîÇîie, dans Xennétallurgie, la. peinture, la. sculjhture eiY architecture. Ce fut ensuite le tour d’.^m^o^ek inventer le syllogisme, méthode qui explique l’universel par le particulier, plutôt qu’elle ne rassemble les particularités pour en former des généralités; ce fut le tour de Zénon, auteur du sortie, de celte méthode qui correspond h, celle de nos philosophes modernes, et qui tend îiaugmenter la subtilité de l’esprit humain, sans ajouter h sa jiénélralion. Ces deux philosophes n’ont apporté aucun bienfait réel au genre humain, et c’est avec raison que dans sonNomm Organum,le grawA philosophe politique Bacon de Cerulam rendit hommage k la méthode de Yinduction. Les Anglais l’ont ensuite appliquée ala' philosophie expérimentale.

VU. — Vhistoire des idées humaines, a.lr\s,\ conçue, renverse les systèmes de ces admirateurs passionnés de la science antique, qui ont prétendu voir dans les législateurs des Athéniens , des Spartiates et des Romains, c’est^-dire dans Thésée, dans Lycurgue et dans Bomulus, les auteurs de certaines lois générales ou de certains principes universels de droit ; tandis que ces législateurs n’ont fait qu’adresser k leurs sujets des ordres particuliers, qui ne devinrent véritablement des lois que peu k peu, et par l’application qui en fut faite k tous ceux dont la situation était semblable k celle de ces premiers sujets. Il est donc bien certain que ces premiers peuples étaient incapables de concevoir des idées générales. Ces lois, d’ailleurs, n’étaient rendues qu’après que les événemens qui les réclamaient étaient accomplis. Ainsi, la loi de Tullus Ilostilius conlre Horace n’est pas autre chose que la peine décrétée contre ce grand criminel par les dmmvirs, «[ui furent expressément créés k celle occasion par le roi. Tite-Live l’appelle lex horrendi carminis, de sorte que nous pouvons la ranger parmi les lois draconiennes que l’Histoire Sainte nomme leges sanguinis. L’explication que Tite-Live nous donne de celte époque de l’hisloire romaine nous semble absurde et ridicule. Cet historien suppose que le roi aurait reculé devant la promulgation de celle loi cruelle et défavorable au jieuplc, tandis qu’il dictait aux duum-

virs les termes mêmes de la condamnation d’Horace, et qu’il les privait de la faculté de l’absoudre, dans le cas où ils le jugeraient innocent. Le récit deTite-Live est incompréhensible, parce que lui-même n’a pas compris que les anciens rois n’avaient dans ces sénats héroiques ou aristocratiques d’autre pouvoir que celui de nommer les duumvirs, qui jugeaient, en qualité de commissaires, les accusations publiques; il n’a pas compris que c’était aux nobles dont se composait exclusivement le peuple des cités héroïques, que les condamnés en appelaient. Nous placerons la loi de Tullus parmi celles dites exempla ou punitions exemplaires, enseignant ainsi quels ont été les premiers exemples dont la raison humaine a fait usage. Aristote faisait peut-être allusion k celte vérité, lorsqu’il disait que les républiques héroïques n’avaient pas de lois pour punir les crimes privés. Les exemples raisonnés, dont se servent la logique et la rhétorique, auraient succédé k ces premiers exemples réels. Plus tard , lorsque, s’élevant aux idées générales, les hommes reconnurent que Yuniversalité était une qualité essentielle et nécessaire de la loi, ils établirent cette maxime de jurisprudence : Legibus ncm exemplis est judicandum.

De la Morale poétique,

Bt par conséquent de l'Origine des vertus vulgaires enseignées par la Religion , moyennant les mariages.

La métaphysique des philosophes accomplit sa première tâche, au moyen de Vidée de Dieu, éclairant l’esprit humain et y introduisant la logique, qui, k l’aide des raisonnemens formés avec clarté, et d’une exacte classification d’idées, descendit de l’esprit dans le cœur de l’homme et y établit la morale. La métaphysique des poètes géans eut en eux des effets semblables; car tandis que, poussés par Yathéisme, ils ne craignaient pas de combattre le ciel, Jupiter foudroyant les renversa tout-k-coup , et frappant non-seulement leurs corps, mais leurs esprits, il leur apprit k redouter sa puissance. 11 est vrai que cet effroi ne les rendit pas capables de raisonner, mais il produisit sur leurs sens une impression vraie dans la forme, quoique fausse dans le fond,

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DE LA MORALE POÉTIQUE

qui , mellant en jeu une logique conforme à de telles natures, donna naissance à la morale poétique, et rendit ces hommes /Jîewx et timorés. Nous retrouvons ici la confirmation de cette loi éternelle qui condamme Vorgueil k tomber dans Vathéisme, et qui ne permet k l’homme de faire un bon usage de la connaissance de Dieu, qu’a la condition de s’abaisser et de s'humilier. Les athées sont donc des géans en esprit qui peuvent s’écrier avec Horace :

Cœlum ipsum petimus stultitia.

Platon semble considérer le Polyphénie d’Homère comme un de ces géans rendus pieux par l’effroi; et en réfléchissant k ce que Polyphème lui-même raconte d’un augure auprès duquel il avait long-temps vécu, et qui lui avait annoncé tous les mauvais traitemens qu’Ulysse devait lui faire subir, nous nous sentons portés k embrasser l’opinion de Platon. Comment expliquer, sans cela, qu’un augure eût trouvé créance auprès d’un athéel La morale poétique aurait donc été, selon nous, déterminée par la piété, qui avait reçu de la Providence la mission de fonder les nations. Il n’en est aucune , en effet , chez qui la piété n’ait pas été la mère de toutes les vertus morales, économiques et civiles; car la religion seu\c est capable de nous faire agir vertueusement; tandis que la philosophie n’enseigne qu’k raisonner exactement. La jtneïé est une modification du sentiment religieux, qui n’a été d’abord que la crainte de la Divinité. Le nom même de religion vient de religando : mot qui se rapporte aux chaînes avec lesquelles Prométhée et les Titans étaient attachés sur les rochers, pendant qu’un aigle (emblème de l’épouvantable religion des auspices de Jupiter ) venait leur dévorer le cœur et les entrailles. Vusage d’insinuer la piété dans le cœur des enfans en leur inspirant la crainte de la Divinité, existe encore chez toutes les nations. Ijiivertumorale coxamença, comme il lui convenait de commencer , par un effort ; car les géans ne se renfermèrent pas aisément dans les cavernes des montagnes, et ils n’imposèrent pas sans peine un/reizikla brutalité des désirs, qui les poussaient k errer comme des bétes féroces dans la grande forêt de la terre. Mais en demeurant cachés et stationnaires dans ces cavernes , ils ne lardèrent pas à

échanger leurs mœurs contre des mœurs nouvelles, et ils devinrent bientôt les fondateurs des nations et les seigneurs des républiques. C’est à la tradition vulgaire que nous sommes redevables de la connaissance du séjour des dieux sur la terre ; car c’est une tradition vulgaire qui nous apprend (jue le genre humain reconnaissant décerna à Jupiter le titre de Stator. Les vertus de l’âme ne se développèrent p<is non plus sans effort chczles géans; et ce futre^roi/)ro/o«rfque le ciel leur inspirait, qui, les empêchant de se livrer ouvertement à leur lubricité effrénée, porta chacun d’eux h entraîner une femme dans sa grotte, et îi l’y tenir enfermée pour en faire la compagne de toute sa vie, joignant ainsi \n pudeur à l’amour. pudeur qui est, au dire de Socrate, la couleur de la vertu , parut alors pour la première fois. La religion et la pudeur, voilà les deux liens qui forment les nations et qui les attachent les unes aux autres; Vaudace et l’im^iéie , voilà les causes éternelles de leur mine.

Les mariages ainsi faits peuvent être déliais : des unions de la chair accomplies pudiquement et dans la crain te de la Divinité. Nous avons démontré qu’ils forment le sujet du second principe de cette science, et qu’ils découlent du premier de ce.s principes mêmes, c’est-à-dire de la providence divine. L’on célébrait ces mariages moyennant trois actes solennels .- le premier de ces actes consisUiit à observer les ampices âe Jupiter ; coutume d’où les Romains ont tiré celle définition du mariage : omnis vitx consortium, ainsi que le nom de consortes qu’ils donnaient aux époux. Le droit des Grecs décida que la femme adopterait la religion du mari, et il ne fil en cela que régulariser ce qui était déjà établi i>ar l’usage; car les hommes s’étaient empressés de communiquer à leurs femmes le motif de leur retraite et de leur séjour dans les grottes, c’est-à-dire leur première Mouton de la Divinité. Voilii de quelle manière \' esprit humain conçut, moyennant l’idée de Dieu, les principes de la métaphysique vulgaire.

Ce fut à partir de ce premier degré de civilisation, que l’usage de louer les dieux, c’est-à-dire , selon l’aucien droit romain , de les invoquer et de les appeler par leurs noms, fut introduit. C’est de là qu’est venue cette locution : laudare auctores, on appeler les dieux auteurs de tout ce qui est fait pour les hom-

np, LA MODALE POÉTIQUE.

mes. Telles devaient Ctrc les louanges que les hommes osaient rendre aux dieux.

La manière dont les premiers mariages furent contractés, explique pourquoi c’est toujours \di femme qui entre dans la famille et dans la maison de l’homme qu’elle épouse; et pourquoi les Romains considéraient les femmes comme les ülles de leurs maris et les sœurs de leurs fils. L’exemple des Romains nous prouve que les premiers hommes se conlcnlèrent d’une .seule femme. Les anciens Germains qui, de même que les Romains, conservaient les antiques coutumes de leurs ancêtres, ne prenaient non plus qu’une seule femme, ce qui nous porte à croire que \Si polygamie était fort éloignée des mœurs de tous les anciens peuples. Les liens du mariage n’étaient dissous que par la mort, ce qui ressort de la délinition romaine à\x mariage : individua vitx consuetudo ; et le divorce est une institution comparativement récente.

Les fables grecques attribuent aux foudres de Jupiter d’étranges résultats. Hercule, ce caractère poétique des fondateurs des nations, ne serait pas né d’ Alcmène sans un coup de foudre de Jupiter. Racchus, ce grand héros de la Grèce , fils de Jupiter et de Sémélé, doit la vie h la môme cause. C’est pour cela que les héros prétendirent être les fils de Jupiter; prétention fondée d’ailleurs sur une vérité des sens, et sur la croyance que les dieux étaient les auteurs de toutes les choses.

Nous lisons, en effet, dans Yhistoire romaine, qu’îi l’occasion des querelles héroïques entre les patriciens et les plébéiens de Rome, ceux-lh disaient que: auspicia esse sua; et ceux-ci répondaient que les pères dont Romiilus avait composé le sénat, et dont les patriciens descendaient : non esse cœlo demissos, réponse absurde , si elle voulait dire que les, patriciens n’étaient pas des héros. Lorsque l’on v.oulul exprimer que les noces, c’està-dire le droit de contracter des mariages solennels et d'interroger pour cela les auspices de Jupiter, n’appartenait qu’aux héros, on représenta l'amour noble ou È/so>ç (d’où vient le nom de héros) ailé et les yerix bandés, c’est-à-dire libre et pudique. L'hymen cul aussi des ailes, et on lui donna pour mère Uranie, dite o'jpavii ou cœlum, ou contemplatrice du ciel, pour indiquer qu'il ne fallait pas contracter de mariages sans consulter les

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auspices. Uranie, Gainée des neuf sœurs, désignée pa.r Homère, comme la science du bien et du ma/^portait aussi’des ailes, parce qu’elle appartenait aux héros. Nous avons vu plus haut, en expliquant ces mots :

Ab Jove principium Musæ

qu’elle était, ainsi que ses sœurs, considérée comme fille de Jupiter , parce que les arts, dont la société humaine s’entoure , viennent de la religion. Apollon, dieu protecteur des arts, était en môme temps le dieu de la divination. La seconde cérémonie solennelle que l’on observa dans les mariages, consistait h voiler les femmes, en souvenir de l’heureuse lionte qui occasionna les premières unions pudiques. Cette coutume, établie chez toutes les nations, a fait dire aux Latins : nuptiæ à nubendo, ce qui signifie couvrir; et à l’époque du renouvellement de la barbarie, l’on disait partout : une vierge en cheveux ou tète nue, par opposition aux femmes, qui étaient voilées. La troisième de ces cérémonies était comme une représentation de la violence employée par les géans, lorsqu’ils entraînèrent les premières femmes dans leurs grottes. En effet, après que le mot manucaptæ eut servi b désigner les /iremièresÉc/res occupées et possédées par les géans, il fut transporté à la désignation des femmes épousées solennellement.

Persuadés que les mariages solennels étaient le second résultat de Vidée de Dieu, les poètes théologiens firent de JuNON, /emwie etsœwr de Jupiter, le second caractère ouïe second personnage divin, c’est-k-dire qu’ils en firent la seconde divinité des gentes majores. Cette double qualité attribuée à Junon, de femme et de sœur de Jupiter, nous porte k croire j que les premiers mariages solennels o\x justes , ainsi nommés parce qu’ils étaient nés sous la protection des auspices de Jupiter, avaient lieu entre frère et sœur.

L’on appela Junon reine des dieux et des hommes, parce que les royaumes furent comme la conséquence des mariages so- ‘ lennels, dont Junon était la divinité tutélaire. Aussi les statues et les médaülesXck représentent-elles réfiie, pour indiquer en elle

DE LA MORALE POÉTIQUE. 171

l’emblème de la pudeur. La Vénus héroïque ou Pronuba , seconde patrone des mariages solennels, couvre ses nudités; et les poètes efféminés n’ont pas rougi de défigurer cette belle et pudique image, en la colorant du fard de la luxure. La sévère signification des auspices était déjà fort corrompue k cetle époque, puisque l’on osait supposer que Jupiter s’abaissait- k partager la couche des filles de la terre, et que Vénus ne dédaignait pas de se livrer k de simples mortels. C’est ainsi (\\i'Enée, fils A'Anchise, venu au monde sous les auspices de Vénus, passa pour le fils de cette déesse.

Les cygnes, dont le chant est dit cancre ou deviner, les compagnons de Vénus et A' Apollon, prêtent leur forme k Jupiter, séducteur de Léda : ce qui signifie seulement que, mariée selon les auspices de Jupiter, Léda accoucha de Castor, de Pollux et à' Hélène. Junon est appelée Jugalis, parce qu’elle impose un joug en protégeant le mariage ; d’où sont venus les mots conjugium et conjuges. Elle s’appelle aussi Lucine, parce qu’elle donne le jour aux enfans, en présidant k leur naissance. Ce jour auquel ils ouvTent leurs yeux n’est pourtant pas la lumière naturelle, commune aux esclaves aussi bien qu’aux maîtres ; c’est la lumière civile qui vaut aux nobles leur titre A'illustres. Junon osijalouse, mais c’est de cette jalousie politique, qui porta, pendant trois cent neuf ans, les patriciens romains k priver les plébéiens du droit de contracter des mariages solennels. Les Grecs nommèrent Junon Hpa, d’où est venu probablement le nom de héros, parce que ces derniers naissaient des mariages solennels, àoai Junon était la divinité tutélaire. Le mot Épwç signifie en effet amour noble ou hyménée. Les Aéros furent appelés ainsi, parce qu’ils étaient les seigneurs des familles, par opposition aux serviteurs, qui eu étaient les e.sclaves. Les Latins nommèrent heri les héros; d’où vint le mot hereditas qui signifiait dans les commencemens de la langue latine, famille, mais qui devint plus tard l’expression d’un pouvoir despotique. I.A loi des XII Tables reconnaît, en effet , aux pères de famille le pouvoir souverain, ou le droit de disposer par testament de leur avoir : uti paterfahi-

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