‹ La science nouvelleChapitre 46 sur 106 · ORIGINE DES COMICES ROMAINS · texte numérisé non relu

ORIGINE DES COMICES ROMAINS

sance, si ce dernier venait U en être dépossédé. Nous découvrons ici, dans les nobles, les premiers aKcfores^wm du droit romain; et l’organisation des clientèles fondées par Romuliis nous prouve que ces nobles n’enseignèrent aux plébéiens d’autres lois que celles dont nous venons de parler. Et quelles lois pouvaient-ils connaître, ces hommes privés des droits de citoyens? Tel était le sort des plébéiens romains, pendant les trois cent neuf années qui suivirent la fondation de Rome, et cent ans après la promulgation de la loi des XII Tables. Le domaine quiritaire devint le domaine civil privé , auquel on ajouta le droit de revendication pour le distinguer du domaine bonitaire qui n’est fondé que sur la possession. La même succession d’événemens reparaît à l’époque de la barbarie renouvelée. Ainsi les provinces qui composent aujourd’hui le royaume de France, étaient autant de principautés dont les maîtres demeuraient soumis au roi commun. Ces petits éfa/s, auxquels le roi n’imposait aucune charge, passèrent peu à peu dans les mains de celui-ci par l’effet des successions, de V extinction des familles, des révoltes et des confiscations qui en étaient le résultat. Comme il n’est pas dans l’ordre des choses , pourtant , qu’un roi soit le propriétaire de tous les biens de son royaume, il arriva que le roi de France, tout en s’emparant des principautés de ses sujets, en faisait don à quelques-uns de ses vassaux, ou en composait le douaire de ses parentes, se contentant de les imposer. De cette manière le domaine EX JURE OPTIHO , et le domaine privé stget aux charges publiques, se mêlèrent dans les royaumes héréditaires, comme si le ou patrimoine des princes romains avait été confondu avec le trésor public. Cette confusion a rendu nos recherches, sur le cens et sur le trésor public de l’état romain , d’une difficulté extrême.

De l’Origine des comlres romains.

Les deux espèces d’assemblées héroïques qu’//o»ière appelle j;ov),r! et àyooà correspondent, selon nous, aux assemblées par curies et aux assemblées par tribus des Romains. Les premières, les plus anciennes qui aient été tenues sous les rois, reçurent

le nom de curiatæ, de quir, lance, dont le dériv é oblique, quiris, est demeuré dans la langue, comme nous l’avons dit à propos des origines de la langue latine. C’est ainsi que la main, dont le sens, chez toutes les nations, fut celui de puissance, a été cer« tainemcnt employé d’abord par les Grecs, dans le même sens que curia l’a été plus lard par les Latins. prêtres, armés de lances, portaient le nom de curètes , et tous \es, peuples héroïques étaient, comme nous l’avons dit plusieurs fois, composés de prêtres qui seuls avaient le droit déporter des armes. Les Grecs, avons-nous dit encore , trouvèrent des curètes dans la Saturnie ou ancienne Italie , en Crète et dans VAsie. Le mol wpia. signiflail probablement, en commençant, Ixseigneurie ou la souveraineté, et ce nom est resté depuis aux républiques aristocratiques. L’autorité, et plus particulièrement X autorité du domaine (droit de propriété) , prit son nom (xOfoç) des sénats héroïques, d’où sont venues les désignations de xvptoç et de xupta., pour seigneur, etc. Les Grecs tirèrent le nom de curètes de comme les Romains celui de quirite de quir ; et ce nom devint le titre d’honneur du peuple romain assemblé solennellement, car nous avons déjà, vu que les anciens peuples barbares se rendaient armés à leurs assemblées. Ce titre pompeux de quirite devait appartenir d’abord exclusivement aux nobles, qui seuls avaient le droit de porter des armes, et il passa au peuple romain tout entier, lorsque Rome fut devenue une république populaire ou démocratique. Les assemblées du peuple avaient pris au commencement le nom de Comitia tributa, de tribus, la tribu, et la réunion des plébéiem rassemblés pour entendre les décrets du sénat régnant, fut appelée 2n'ùu, de même que la/anit7fe avait été ainsi nommée à cause des farnuli qui la composaient. Mais ces décrets ou ces lois ayant presque toujours pour but de contraindre les plébéiens au paiement de t impôt, le nom de l’assemblée passa peu à peu à l’impôt même qui fut appelé tributum. Le peuple romain n’était encore partagé qu’en deux classes: celle des pè- KES ou des sénateurs , et celle des ptéDéiENS ou des hommes ignobles. Aus.si n’y avait-il que deux sortes d’assemblées : celle des ctiries composée des pères, ou mbles, ou sénateurs; et celle de la tribu composée des plébéiens ou hommes ignobles. Mais lorsque Fabius Maximus eut partagé les citoyens en séna-

Digitizod by Googk

COnOLLAinE.

leurs , chevaliers et plébéiens , les nobles cessèrent de former un corps, et ils se répartirent dans ces trois classes, d’après Vétat de leur fortune. Les anciennes dénominations se trouvèrent par là déplacées, he patricien, le sénateur ei le chevalier n’appartinrent plus nécessairement à la même classe. Le p/e'6éicra ne fut plus considéré comme un homme ignoble ; il était propriétaire cC un petit patrimoine , et il descendait souvent d’une famille patricienne. Le sénateur, au contraire, était quelquefois un homme ig'woô/e jouissant d’wne fortune considérable. Dès lors, ou appela comitia centuriata {'assemblée du peuple romain tout entier, où l’on faisait les lois consulaires ; et comitia tributa, l’assemblée où les plébéiens seuls décrétaient les lois tribunitiennes ou les plébiscites. C’est ainsi que Cicéron appellep/eùinota les lois qui étaient communiquées aux plébéiens. La loi de Junius Brutus était de ce nombre. Baldus s’étonne de ce que le mot plebiscitum s’écrit par un seul s, parce qu’il le croit formé deplebs et de sciscor, tandis qu’il l’est en effet àeplebs et de scio.

Il y avait, en outre des deux assemblées que nous venons d’attribuer à Fabius-Maximus , la réunion des chefs des curies. Celte troisième assemblée prit le nom de comitia curvata. Ce nom, d’après lequel il est évident que les affaires sacrées étaient seules confiées à celle assemblée, montre qu’à l’époque des anciens rois bien des choses profanes étaient considérées comme sacrées, et que le titre de curètes, c’csl-à-dirc de prêtres ou d’hommes armés , appartenait h tous les héros qui intervenaient à l’assemblée. C’est à cause du caractère sacré attribué chez les Romains à \a. puissance paternelle et à tout ce qui s’y rapporte, que les curks conservèrent l’usage de célébrer les adrogations.

Corollaire.

La Provideoce dÎTina est l’ordonnatrice des répuliUques et du droit naturel des gtnt.

Nous avons vu que les premiers gourernemens furent théocratiques, et les seconds humains ou héroïques. Les traces de Vâge des dieux se prolongent dans Y Age héroïque qui lui suc-

céda, de même que la douceur des eaux d’un grand fleuve se conserve longtemps après que le fleuve et la mer se sont confondus. Portés k se représenter les dieux selon leur propre image, les hommes vi rent Jupiter dans les/jères régnons sur les familles , et Minerve dans ces mêmes pères rassemblés pour former les premièrescités. Avecles ambassadeurs envoyés aux serviteurs réroftéSy ils formèrentH/ercwre ; avec les corsaires, le dieu Neptune.

Admirons maintenant la sage conduite de la divine Providence qui amena adroitement les hommes à craindre la Divinité et k se soumettre à la religion, base fondamentale de toutes les républiques, source unique de toute civilisation. La première idée que les hommes con(;urent de la Divinité les arrêta dans leurs courses incertaines, et les/a;a dans \e% premières terres habitables, événement qui doit être considéré comme Yorigine de tous les domaines territoriaux. Les plus robustes parmi les géans s’arrêtèrent nécessairement dans les lieux élevés, riches en sources d’eaux vives, et réunissant les trois conditions nécessaires k l’établissement des villes : la facilité de s’y fortifier, la salubrité de l’air, et Yahondance des eaux. Employant toujours la religion comme un instrument , la Providence disposa les hommes k s’unir aux femmes par les liens du mariage, source de tous les droits. Les familles d’où les républiques sont sorties se formèrent alors. A peine les asiles furent-ils ouverts, que l'on vit paraître les clientèles; de sorte que les matériaux étant prêts, ils ne tardèrent pas k être employés par la première loi agraire qui fonda les cités sur deux classes d’habitans, savoir : la classe des nobles qui exerçait le commandement, et celle des plébéiens réduite k l’obéissance. Ce sont ces plébéiens soumis que Télémaque appelle, dans Homère, peuple soumis, pour les distinguer du peuple régnant qui était uniquement composé de héros. La Providence voulut que les premières républiques fussent soumises k un régime aristocratique, parce que cette forme de gouvernement a pour but la conservation des choses dans l’état où elles se trouvent, et que cette espèce éî'immobilité pouvait seule faire perdre aux hommes Yhabitude de la vie brutalement déréglée qu’ils avaient menée jusque-lk. Cette forme aristocratique surmonta aussi ladisposition naturelle de ces premiers hommes k ne .s’intéresser qu’k ce qui les concernait parliculièrcmenl,-

COROLLAIRE

en les rassemblant sous un gouvernement qui donnait k la république ]& forme d'une famille et qui rendait le bien-être de chacun dépendant du bien-être de tous. C’est de celle disposition à ne prendre intérêt qu'aux choses personnelles que Polyphénie s’accuse à Ulysse ; et c’est dans ce même Polyphénie que Platon crut reconnaître le représentant des pères de famille vivant dans Yétat dit de nature. Admirons encore, et ne nous lassons jamais d’admirer la simplicité des moyens employés par la Providence et la grandeur des effets obtenus par ces moyens. Quatre élémens concourent à la civilisation du monde : la religion, les mariages, les asiles et la première loi agraire. Est-il possible de trouver à des choses si nombreuses et si variées des commencemens plus simples et plus conformes à la naturel Ni la nécessité de Zénon ni le hasard d’Épicure n’ont pu troubler le développement de ces causes, ni empêcher les matériaux d’être prêts et les semences mûries, au moment où les républiques devenaient, en s’ établissant, cajiables d’en faire usage. La religion, les langues, les terres, les mariages, les noms de famille, et par conséquent le pouvoir exercé par quelques hommes, les lois : voilà ce que nous considérons comme les matériaux de la civilisation préparés par la Providence. Tout cela donna naissiince à autant de droits dont les pères de famille firent usage, lorsque , maîtres absolus chez eux , ils ne reconnurent à leur pouvoir d’autres bornes que celles posées par Dieu, de qui ils croyaient le tenir. S’unissant entre eux, ils formèrent une pttissaTtee souveraine, nous dirions presque un être collectif et civil, composé di esprit et de corps. Nous appellerons esprit ce qui en faisait les fonctions, c’est-à-dire une assemblée de sages, telle que la rudesse des temps la comportait ; assemblée si nécessaire à la formation des Étals qu’une république abandonnée à sa propre direction fut toujours considérée comme un corps sans âme. Les hommes employés aux métiers et aux arts de la paix et de la guerre représentent pour nous le corps de cet être collectif que nous nommons république. Dans tout ce qui est composé d’un esprit et d’un corps, les fonctions de l’un sont distinctes quoique dépendantes de l’autre, elle premier commande au second. La Providence fit éclore le droit naturel des gentes majores, en même temps qu’elle achevait de

préparer la matière sur laquelle ce droit devait s’exercer, c’est-àdire les religions, les langues, les terres, les mariages, les armes, les gouvememens et les lois. Plus tard, lorsqu’elle jugea le moment opportun pour créer les républiques et leur donner une forme aristocratique, elle transporta k la cité le droit qui avait appartenu jusque-là à chaque joére de famille. Ce droit qui prit alors le nom de droit des gentesminores, fut la cause de la forme très sévèrement aristocratique des républiques héroïques , parce qu’il eu fut la règle. Il forma la puissance souveraine et civile des Etats; et cela est si vrai, qu’aujourd’hui encore un peuple qui serait privé de ce droit, ainsi que de la matière sur laquelle il s’exerce, ne saurait prétendre au titre de nation, et subirait nécessairement \cjoug d’un autre peuple. N’oublions pas que les héros des anciennes villes prenaient le nom de dieux, et nous trouverons l’explication de la phrase : Jura a Dus posita, qui servait k désigner les obligations imposées par le droit naturel des gens. Lorsque dans la suite, le droit naturel du genre humain dont Ulpien parle si souvent, succéda k ce premier droit, et donna aux philosophes et aux moralistes théologiens l’idée du droit naturel de la raison éternelle , cette phrase : Jura a Dus POSITA, signifia le droit naturel des gens réglé par le vrai Dieu.

La Politique des Héros.

Tous les historiens placent au commencement de Page HÉROÏQUE les premiers actes de piraterie de Minos, et Yexpédition de Jason dans le Pont; ils arrivent ensuite à la guerre de Troie, et ils terminent cette époque par les courses vagabondes des héros et par le long voyage d’Ulysse. C’est d après ces données, confirmées à nos yeux par une preuve philosophique et par plusieurs passages A' Homère, que nous croyons pouvoir placer k celte époque la première apparition de Neptune, dernière des divinités majeures. Cette raison philosophique veut que Yart de la navigation ne soit découvert que fort tard par les nations ; car il faut, pour y parvenir, un esprit aussi délié qu’exercé. Le nom de son inventeur. Dédale , devint en effet l’expression de Yadresse même, et Lucrèce, vou-

■■Üigirizeïl'ytloOgte

Page 1