I.A rOLITIQlE DÈS HÉROS
lant employer l’épithète à*îngénieux, sc sert de cos mots : Dædala telliis. Homère nous raconte, dans son Odyssée, (\}x'Ulysse abordant sur une terre quelconque, montait sur une hauteur pour voir si la fumée, s’élevant du fond des vallées, ne lui indiquerait pas le séjour des hommes. Platon nous parle souvent de Yhorreur profonde que lamer a longtemps inspirée aux nations; et Thucydide nous dit que les Grecs n’ont eu que fort tard le courage d’habiter sur les côtes, intimidés qu'ils étaient par les corsaires. Le trident, placé dans la main de Neptune qui s’en sert pour faire trembler la terre , était sans doute un grand CROC employé pour saisir les navires; car la dent est une image du croc, et le trois est le signe du superlatif. Le tremblement causé h la terre par le trident , représente la terreur que la vue de la mer et des corsaires aventurés sur elle inspirait aux hommes pacifiques. Déjà pourtant , dès les temps i'IIomére, on ne voyait dans Neptune, faisant trembler la terre, qu’une image des tremblemens de terre, causés, disait-on, par la mer ; et c’est pourquoi Platon plaça son abîme des eaux dans les entrailles de la terre. Le taureau qui ravit Europe , le Minotaure qui surprend les jeunes garçons et les jeunes filles sur les côtes de VAttique, ne sont que des navires. C’est de la que les voiles ont pris, comme nous le voyons dans l 'irgile, le nom de cornes des navires. Andromède est enchaînée à un rocher pour y être dévorée par un monstre, et elle demeure pétrifiée d’horreur, événement qui fournit aux Latins la phrase : Terrore defixus. Persée, monté sur un cheval allé, vient la délivrer. Ce cheval ailé n’est encore qu’un léger nat'ire, et c’est pour cela que les voiles s’appellent aussi ailes des navires. Firgile nous raconte en effet que Dédale, inventeur des navires, essaya de voler au moyen d’une machine qu’il appelle alarum remigium. Thésée, ÎTl'xcAe Dédale, est assurément le type des jeunes garçons athéniens condamnés par Minos h servir Aepûture à son taureau, c’est-à-dire à être embarqués sur ces navires. Ariane ou Vart de la navigation, lui enseigne à sortir du labyrinthe de Dédale, c’est-à-dire de la mer Égée toute parsemée d’iles. Après avoir appris des Crétois l’art de la navigation , Thésée aiwndonne Ariane et ramène avec lui Phèdre, sœur d’Ariane , emblème d’un art semblable. De retour à Athènes, il tue le Mi~
notaure, et en rendant ses concitoyens puissans sur mer, il les délivre du joug imposé par Minos.
Plutarque nous raconte, à propos de Thésée, que les héros se faisaient honneur d’avoir mérité le titre de larrons ou de voleurs; et à l’époque du renouvellement de la barbarie, le nom de corsaire était donné aux seigneurs. Solon semble avoir permis par ses lois des associations ayant le brigandage pour but. Platon et Aristote eux-mêmes placent le vol à main armée sur la même ligne que la chasse; et les anciens Germains s’accordaient en cela avec ces grands philosophes, puisque nous voyons dans César qu’ils considéraient le vol comme un exercice vertueux, et comme un préservatif contre le dangereux vice de toisiveté, vice trop naturel b ces hommes auxquels les arts étaient inconnus. Polybe nous dit que les Romains accordèrent la paix aux Carthaginois, à condition que ceux-ci ne dépasseraient jamais en se livrant, soit au commerce, soit au brigandage, le cap de Pélore, en Sicile. Ces peuples étaient appelés barbares par les Grecs. Mais ce qui doit nous étonner bien davantage, c’est de voir la protection accordée jwir les Grecs eux-mêmes à cette coutume barbare , former le sujet d’un grand nombre de leurs comédies les plus fines et les plus spirituelles. Cette condescendance ne les empêchait pas de se considérer comme la nation la plus civilisée du monde , tandis que nous donnons b certaine côte d'Afrique le nom de Barbarie, seulement peut-être b cause de ses habitans qui pratiquent de pareils actes b notre égard.
L’origine de cet ancien droit de guerre se retrouve dans la nature inhospitalière des peuples héroïques, aux yeux desquels les étrangers éia\ea.iÔL'irréconciliables ennemis, et qui faisaient dépendre leur gloire et leur sécurité de leur isolement. Tacite nous dit la même chose des Suèves, les plus célèbres des peuples germaniques, et il ajoute qu’ils regardaient chaque étranger comme un brigand. Thucydide nous raconte que l’usage de demander aux voyageurs que l’on rencontrait, soit sur mer, soit sur terre, s’ils étaient des brigands, c’est-b-dire des étrangers, subsistait encore de son temps. Trop portés à la civilisation pour suivre longtemps de semblables coutumes, les Grecs ne se contentèrent pas de les abandonner , ils donnèrent aux «a//onf, qui les conservèrent, le nom de barbares. Ils appelèrent en effet
D'C'î'Z'Si C'jo,'^Ie