LA POLITIQUE DES HÉROS
papèotpi»; la Troglodytique,où l’on massat rail letivoyageurs assez malencontreux pour pénétrer. Aujourd’hui encore, les nations les plus civilisées exigent des étrangers qu’ils leur demandent la permission d’entrer chez elles. Les Grecs considéraient les Romains comme des barbares h cause de la manière rigoureuse dont ils traitaient les étrangers; et cela parait avec évidence dans les deux passages suivons de la loi des XII Tables : Adver-
SDS UOSTEM ÆTERNA AUCTORITAS ESTO et : SI STATUS DIES SIT cuM HOSTE VENiTO. Le mot hostis est pris ici pour adversaire, et Cicéron, qui nous rapporte le second de ces passages, observe que le mot hostis signifiait d’abord peregrinus, nous confirmant ainsi dans la pensée que les Romains tenaient tout étranger pour un irréconciliable ennemi, avec lequel il n’y avait point de trêve. Il faut remarquer enfin, dans les deux passages cités, que le mot hostis se rapporte aux plus anciens hôtes du monde, c’est-k-dire myi étrangers reçus dans les asiles lors de la formation des cités héroïques, étrangers qui devinrent les plébéiens de ces mêmes cités. Le passage rapporté par Cicéron signifie donc que le noble et \e plébéien devaient se rencontrer à jour fixe, pour se disputer la propriété d’un bien-fonds. Nous sommes fondés k penser que Yautorité étemelle dont il est question dans la même loi a été exercée contre les plébéiens. Le droit héroïque des Romains ne permettait k aucun plébéien d’acquérir par usucapion une propriété foncière, ce qui explique pourquoi la loi des XII Tables ne reconnaissait lias là une possession. Plus tard, lorsque le droit héroïque fit place au droit humain, le préteur prenait soin des affaires concernant la nue possession, parce qu'il était impossible de rien trouver dans la loi des XII Tables qui les réglât, les autorisât ou semblât aucunement les admettre , si ce n'est comme précaires et dépendantes de la volonté des nobles. Nous avons dit ailleurs, d’après Aristote, que les premières républiques ne prohibaient ni ne punissaient les injures ou les offenses privées, ce qui contraignait les citoyens k se mettre sous la protection de \cm?, propres armes. C’est en souvenir de cet emploi reW rfe /a force, qu’avait lieu, dans les solennités de la revendication , cette fiction ([\Y Aulu-Gelle appelle de la paille. Voilà l’origine de l’interdit : unde vi, arbitrairement donné par le préteur, et des actions : de
Ll-V. H. — DE LA SAGESSE POÉTIQUE.
vl bonorum raptorum, et quod metns causæ , dont le but était de suppléer au silence gardé par la loi des XII Tables au sujet de toute querelle privée. Tous les peuples considéraient les étrangers comme des ennemis. C’est pourquoi tes nations se crurent autorisées a se faire la guerre entre elles et a se harceler par des brigandages et des pirateries. Le fnot jrd>i«/xoc, guerre, est dérivé de nôhi, cité, parce que les cités curent la guerre pour principe et pour base. Les Romains étendirent \ears conquétei et fondèrent leur empire, a l’aide de ces quatre lois dont ils avaient déjà constaté l’utilité sur \e% plébéiens de Rome. Ils établirent les clientèles de Romulus dans les nouvelles provinces féroces ou barbares, et ils y envoyèrent des colons romains qu’ils chargèrent de réduire les anciens propriétaires des champs a l’état de journaliers. Ils promulguèrent la loi agraire de Serviut Tullius dans les provinces dociles, dont les habitans obtinrent le domaine bonitaire des champs. Ils pratiquèrent en Italie la loi agraire des XII Tables, qui admettait le domaine quiritaire des biens-fonds dits soli italici; ils octroyèrent enfin aux plébéiens des municipes ou villes qui avaient bien mérité de leurs maîtres, le droit de contracter les noces et d’aspirer au consulat.
Vinimîtié, qui ne cessa de diviser entre elles les plus ancienne^ villes, les dispensa de se déclarer mutuellement la guerre, et leur fit considérer toute violence comme parfaitement légitime. Plus tard , lorsque les nations eurent renoncé a ces mœurs barbares, la guerre sans déclaration préalable fut regardée comme un ôn'ÿûwrfagre, et disparut du droit naturel des gens. Ce fut dans une de ces guerres non déclarées, entre Rome et Albe, qu’//oracc égorgea sa propre sœur pour la punir d’a voir la mort de son ravisseur, qui n’était pas son époux. Et comment Taurail-il été, puisque Romulus lui-môme ne put obtenir une épouse de la ville A' Albe, malgré les services qu’il lui avait rendus en la délivrant du tyran Amxdius et en lui rendant Numitor, son roi légitime, malgré sa descendance des rois mêmes de celte ville? Le sort de Rome et d’Albe est att.aché au sort des Iloraces et des Curiaces ; le sort de la Grèce et de Troie au sort de Péris et de Ménélas. Le retour de la barbarie ramène l’usage des combats singuliers. Albe ne serait-elle pas la ville de Troie des l/Uiits,
LA.' fOMTlQUE DES QÉROS. 245
comme la scpwr des Horaces , V Hélène des Romains? Gérard-Jean Vossi^s, dans sa Rhétorique, raconte l’Iiistoirc identique de ces deux femmes. Le siège de Troie a duré dix ans, de même que le siège de Fêtes, et ces dix ans sont évidemment un nombre fini, servant à indiquer le temps indéterminé qui s’écoula pendant les g%erres naturelles entre les nations. Nous avons déjà dit que la science des nombres appartient à un ordre d’idées trop abstraites, pour en faire remonter l’origine à une époque très reculée : Yidée de U infini ne peut trouver place que dans Yintelligence des philosophes. Aussi trouvons-nous chez les Latins le mot sexcenta, et chez les Italiens le mot cento d’abord, et cento mille ensuite, pour rendre l’idée d’un nombre indéterminé. Peutêtre est-ce pour la même raison que le nombre des dieux majeurs fut fixé à douze, avant que les Grecs et Varron en eussent compté jusqu’à trente mille. Hercule n’accomplit que douze travaux; les Latins divisèrent en douze parties la circonférence de la terre , tandis qu’elle peut être subdivisée à l’infini ; et ils donnèrent à l’énorme recueil de leurs lois gravées sur des tables le nom de loi des XII Tables.
Mais pour revenir au sujet dont nous nous sommes un instant écartés, nous ferons observer que les Grecs, vainqueurs de Troie, avaient échangé leur ancien nom de Pélasges contre celui d’Xchéens, et que ce nom, insensiblement adopté par tous les Grecs, leur demeura, au dire de Pline, jusqu’au temps de Lucius Mummius, où ils prirent le nom d’Hellènes. Ce nom d'Achéens donna lieu à une erreur grave , en paraissant désigner tous les Grecs comme ayant pris part à la guerre de Troie ; tandis qu’au contraire , les Achéens qui y figurèrent ne composaient , à cette époque, qu’une petite partie des populations grecques auxquelles ce nom d’ Achéens ne fut appliqué que plus tard. C’est ainsi que les Germains, vainqueurs et successeurs des Gaulois, nous dit Tacite, donnèrent le nom de Germanie à la vaste partie de l’Europe qu’ils occupèrent. Gardons-nous de croire aussi que les peuples contractassent entre eux des alliances , à une époque où ils ne prenaient aucune part aux querelles de leurs chefs, ainsi que cela se voit dans la guerre de Troie. La barbarie et l’isolement marchent ensemble. Aussi voyons-nous Y Espagne, cette nationmère, au dire de Cicéron, de tant de peuples/orte et belliqueux , co.ntre
i4i Liv. II. •— DE L\ SAGESSE POÉTIUDE.
laquelle ce César, qui remporta partout de si grandes victoires, eut àcombattre pour son propre salut ; cette nation qui fit chanceler la fortune de cet Annibal dont l’armée était pourtant assez puissante pour que de ses débris elle menarAt Rome elle-même ; qui arrêta, sons Nitmance , la marche victorieuse des armées romaines conduites par Scîpion l’Africain, c’est-à-dire par la force et parla vertu même, aussi la voyons-nous ne jamais parvenir à rassembler ses populations pour asseoir sur le Tage l’empire de ï univers. Lucius Florus observe tristement que l’Espagne n’a connu la force de son ensemble qu’ après avoir été vaincue dans toutes ses parties, et Tacite, dans sa biographie d'Agricola, fait, en parlant des Anglais, alors féroces, cette réflexion : Dum singuli pugnant, universi vincuntur.
Préoccupés qu’ils étaient des exploits nautiques des anciens Grecs, les historiens ont négligé de nous informer de l’état de leurs forces sur terre, de leur politique et de leur forme de gouvernement. Thucydide nous avertit cependant que les villes héroïques grecques n’étaient pas entourées de murailles; et nous savons, d’autre part, que Sparte et Numance (la Sparte espagnole) n’en eurent jamais. I^a nature orgueilleuse et violente des héros les portait à se chasser mutuellement des postes élevés où ils étaient parvenus. C’est ainsi que nous voyons Amulius chassé éüAlbe par RomtUus, et remplacé par Numitorcpxe lui-même avait renversé jadis du trône. Puisque la durée de la fortune des anciens rois, a\nû que celle des maisons royales du moyen âge, est si incertaine et si variable, il serait absurde de prétendre établir mie chronologie d’après la succession des maisons royales de [époque héroïque de la Grèce, ou d’après les quatorze rois des Latins. Lorsque le sage Tadte dit en commençant ses Annales : Urbem Romam principio reges habuere, il choisit, en effet, la plus faible de toutes les locutions employées par Xe&jurisconstdtes pour exprimer la possession. Tenere cipossidere expriment plus, en effet, que habere.
Vhistoire poétique nous présente les événemens de ccs premiers règnes sous le voile d’un certain nombre de fables, qui toutes montrent des hommes vaincus par un dieu dans Vart du chant. Ce mot de chant, qui vient de canere, signifie dire [avenir, de sorte que ces rivalités de chanteurs représentent les dis-
Diqi'!. ■ ’ • ■■'(yle