‹ La science nouvelleChapitre 5 sur 106 · LIE · texte numérisé non relu

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Ainsi lorsquMl dit que le vrai est naturel, nécessaire, général, et le certain convenu, arbitraire et particulier, il semble confondre le vrai relatif avec le vrai absolu, et le certain avec cette partie du vrai qui peut être saisie par nous. Souvent il arrive à Vico d’employer un mot tantôt dans une signification particulière et nouvelle , tantôt dans la signification commune , sans prévenir le lecteur de ces changemens. C’est là une des causes de sa mallieureuse obscurité.

Quant à notre notion de l’existence de Dieu, Vico aurait pu expliquer pourquoi nous sommes incapables de nous en rendre compte scientifiquement, sans en imputer la faute à l’insufiisance de notre nature. Connaître, c’est décomposer, ditr-il, l’objet de nos recherches ; en eijitraire les causes de manière à pouvoir en tirer de nouveau les mêmes effets, ce qui équivaut, selon Vico, à la création de l’objet. Or, si nous * ne pouvons décomposer Dieu, ni en extraire ses causes , la faute n’en est pas à notre intelligence. Car, comment'décomposer ce qui est un, comment extraire les causes de la cause première et universelle? C’est la nature de Dieu qui s’oppose à la mise à exécution du procédé recommandé par Vico, comme pouvant seul conduire à la connaissance scientifique d’un objet. Notre esprit se trouve vis-à-vis de Dieu dans une position tout à fait exceptionnelle , et dès lors cette circonstance extraordinaire peut mériter qu’on admette pour elle une nouvelle manière de connaître ; mais cette nouvelle manière de connaître, à laquelle de nos facultés s’adressera-t-elle? Ce ne sera pas à l’intelligence, puisqu’il s’agit de connaître sans comprendre ; ni à la raison, puisqu’il n’y a pas ici de causes à découvrir. Ce sera plutôt à la volonté par l’intermédiaire de la conscience. Or, sil’«Htorité de Vico et la conscience ne sont qu’une seule et même chose, nous pouvons conclure d’après les prémisses de Vico, que l’existence de Dieu est un fait enseigné par l’autorité ou dont nous avons conscience, et accepté par la volonté.

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IXTRODUCTION.

Cequi n 'est pas douteux, c’est que Vico proclame Dieu comme la source inépuisable de toute vérité et que rien n’est vrai , selon lui , que par une certaine conformité avec la vérité éternelle. C’est précisément parce quelle ne peut être démontrée , ([ue cette vérité supérieure à notre nature a droit à nos adorations.

Pourquoi Dieu connaît-il les choses ? C’est parce qu’il les fmt. 11 les fait , il les renferme éminemment, comme disent les scolastiques ; il en est tout l’être ; il est lui-même toutes les choses. Cette conclusion ne résulte pas nécessairement de la doctrine de Vico sur la création des choses. Nous faisons ce que nous connaissons , et pourtant nous ne sommes pas les choses que nous avons faites. Mais notre action sur les choses ne consiste jamais qu’à dissoudre les élémens qui les composent et à les rassembler de nouveau. Cette action ne s’exerce pas sur les essences ou substances premières qui s’y opposent par leur simplicité. Le procédé pour connaître ces substances, ne peut donc être un procédé de décomposition. Pour l’homme ce procédé est celui de la conscience, pour Dieu c’est celui de la consubstantialité. Mais ces deux procédés n’en forment en réalité qu’un seul ; car en disant que Dieu est l^substancedu monde, on dit que le monde a<tlla substance de Dieu. 11 n’y aqu’une seule substance, quise 'connaît elle-même dans l’honune, dans l’univers et dans Dieu.

Cette substance subit des modifications successives. Elle se condense pour ainsi dire, et elle prend corps lentement. La matière est un mode de la substance divine ; mais pour descendre à cet état si différent du sien propre, Dieu est passé par un état intermédiaire. Cet état, qui est en môme temps un agent, c’est la matière première encore incorporelle , c’est une vertu d’extension et de mouvement en état d'effort égale dans des étendues et des mouvemens inégaux et diflërens à rinlini. C’est la forme avide de matière, et donnant à la matière qu’elle attire une existence déterrahiée.

VICO ET SES OEUVRES

C’est le point métaphysique faisant effort, s’étendant, se dilatant, et se transformant par cet effort en corps mobiles et multiples. Voilà donc le point tel que Vico l’entend et tel qu’il l’attribue à Zenon 1«ï Stoïcien. J’ai déjà eu occasion de remarquer que Zénon le Stoïcien, postérieur à Aristote, n’a jamais traité des points, et qu’il enseignait seulement d’après Aristote la divisibilité à l’inlini des corps , mais non point leui’ division actuelle. C’est Zénon d’Elée qui considère les corps comme des agrégations d’un nombre iulini d’atomes ou de points. Mais aucun pbilosopbc de l’antiquité n’a , que je sache, défini les coi’ps : un point métaphysique étendu. Cette définition appartient, je crois, à Vico exclusivement.

Voilà donc la constitution .de la nature. Une seule substance en trois modes divers. La Divinité proprement dite, qui est une, simple , immobile , obtenant les plus grands résultats sans travail. L’intermédiaire, ou la substance divine en action, apportant la vie à la substance divine inerte ou à la matière. Les deux extrémités opposées de cette substance universelle sont iininobiles par elles-mêmes. La plus élevée de ces extrémités, la subsiancc divine proprement dite, n’exerce pas sa faculté de se mouvoir; la dernière ou la matière, attend que cette faculté lui soit conununiquée par la source de toute chose, et cette communication a lieu par l’intermédiaire incorporel mais actif. On dirait que la matière est la Divinité privée de ses facultés, et que l’agent intermédiaire est la Divinité mise en action afin de rapporter à.la matière ses facultés perdues, et de la réintégi’er par là dans son premier état. Vico dit assez clairement qu’il n’y a qu’un seul point métaphysique, et j)ar conséquent un seul effort qui serait comme l’àme du monde, et qui est effectivement un mode de la substance divine. Bientôt pourtant il s’aperçoit que le panthéisme s’enqjare de lui, et il recule effrayé. 11 cherche un appui dans la doctrine d’ un philosophe dont les intentions chrétiennes ne pouvaient être suspectées par l’Église. Malebranchc lui ajjpa-

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