LA POLITIQUE DES HÉROS
des noces; qu’il alimente la guerre; qu’il se souille de sang plébéien , et qu’il meurt , ce qui se retrouve dans le récit de la mort de X Hercule romain ou du dieu Fidius, qui succombe à la loi Petelia, dite deneam. Tite-Live nous dit, en nous racontant un fait arrivé dix ans après la promulgation de la loi Petelia, et qui donna lieu k mettre pour la première fois k exécution, cette loi : vinculdm fidei victüm est. Ce mol échappa sans doute à quelque ancien rédacteur dC annales, et il fut répété avec autant d’ignorance que de bonne foi par Tite-Live; car si la loi Petelia ouvrait aux débiteurs plébéiens les cachots privés où ils étaient retenus par les nobles, leurs créanciers, elle obligeait néan. moins ces débiteurs plébéiens k payer leurs dettes. LslIoi Petelia ne détruisit donc que le droit féodal ou du nœud d’ Hercule, né dans \es premiers asiles du monde et qui avait servi de base k la fondation de Rome par Romulus. Peut-être le rédacteur d'annales dont nous parlons écrivit-il : Vinculüm fidii, faisant allusion au dieu Fidius, qui est, selon Farron, V Hercule des Romains ; et peut-être que les Romains plus modernes, ne pouvant comprendre le sens de ces mots, lurent fidei au lieu de Fidii. Ce droit héroïque des créanciers sur les débiteurs existe chez les Américains, les Abyssiniens, les Tartares et les Moscovites. Les Hébreux en usèrent avec plus de modération, et ne prolongèrent pas l’esclavage de leurs débiteurs au delk de sept ans. Orphée enfin, qui fonda la civilisation grecque au moyen de sa lyre ou de sa corde, c’est-k-dire de sa force, emblème, ainsi que le nœud dC Hercule, de la loi Petelia, Orphée mourut déchiré par les ÆaccAanies, c’est-k-dire par les plébéiens furieux qui brisèrent sa lyre ou qui détruisirent la loi établie. Déjk du temps di Homère, les héros épousaient des femmes étrangères, et les enfans naturels succédaient k leurs pères, ce qui prouve que la liberté populaire était alors le partage des Grecs. Terminons maintenant ce long chapitre, en disant que l’époque des querelles entre les héros et les plébéiens prit le nom d’ACE héroïque ; que plusieurs de ces princes vaincus parleurs peuples se confièrent à la mer, et allèrent, suivis de leurs partisans, chercher d'autres terres où ils pussent établir leur empire. Quelques-uns d’entre eux, tels qu'Ulysse et Ménélas, fatigués de voyages aussi longs qu'infructueux, retournèrent dans leur propre pays. D’autres, plus fortunés
pu plus constans, Cécrops, Cadmus, Danaüs, Pélops, partis soit de h Phénicie J soit de Y Égypte ou de la Phrygie, de ces premiert {cerceaux de la de ces premiers théâtres des scènes
sanglantes qui attristent sa marche sans pourtant la ralentir, se fixèrent en Grèce. Didon fait sans doute partie de cette race de héros fuyant de Phénicie 1a faction qui lui est contraire : elle s’arrête k Carthage, et donne à cette ville le nom de Punica, comme qui dirait Phenica. Les héros troyens se dispersèrent de la même façon. Capys s’établit à Capoue et lui donna son nom; Énée débarque dans le Latium; Anténor s’avance jusqu’à Padoue. Ainsi finit le règne des poètes théologiens savans ou politiques
de Vâge poétique grec, Orphée, Amphion, Linus , Musée
qui entretinrent la soumission des plébéiens en leur chantant les louanges de Dieu ou de la Providence, dont ils se prétendaient les seuls interprètes. Nous voyons en effet, en l’an 300 de Rome, Appius, neyeu du décemvir, exalter la toute-puissance des dieux dont les nobles disaient connaître seuls les volontés, et obtenir ainsi que les plébéiens leur demeurent soumis. De même Amphion appelle les pierres au son de sa lyre et les envoie former d’elles-mêmes les murs de la ville de Thèbes, fondée par Cadmus trois cents ans auparavant. Celasignifie qu’il y consolide (état héroïque.
Corollaires sar les antionUës romalaes, et en particulier sur la prétendne monarchie romaine et snr la prétendue liberté populaire établie, dlt-on, par Innlns Brntns.
La ressemblance entre les faits de Vhistoire romaine et ceux de Vhistoire grecque, prouve que la première n’est qu’une mythologie perpétuelle et historique des fables si variées des Grecs. Cette ressemblance prouve en même temps, à tous ceux dont l’/atelUgence n’est pas composée seulement de mémoire et d’imo^ination, qu’à partir de Vépoque des rois jusqu’au moment où les plébéiens obtinrent le droit de contracter des mariages solennels, le peuple romain, le peuple de Mars, ne se composait que de nobles. Ce fut donc ce peuple de nobles qui obtint du roi Tullus, lors de l’accusation portée contre Horace, que les coupables condamnés par les duumvirs ou i>ar les questeurs pourraient en
COROLLAIRES
appeler ordre entier de la noblesse, c’est-à-dire au car
les /)/é6éiens d’alors n’étaient que des dépendances peuplé on de la ndblesse, de même que, d’après Grotius, \es provinces n’étaient que des dépendances Aa peuple vainqueur. 11 faili donc nous tirer, à l’aide d’une sévère critique métaphysique , de l’erreur où nous avons été plongés jusqu’ici en supposant que la foule riiéprisée journaliers et des esclaves de Rome eût aucune part à Y élection des rois. C’est par un anachronisme de trois cents ans que l’on rapporte l’intervention des plébéiens dans les affaires publiques à l’interrègne qui suivit la mort de Romulus, tandis que cetic intervention eut lieu, seulement après que lei plébéiens eurent acquis le droit de contracter des mariages solentièls. lis ne concoilmrent pas alors à l'élection des rois, mais à celle des consuls.
Lès philosophes et les philologues, ne pouvant comprendre le véritable sens du mot peuple appliqué aux de là société humaine , supposèrent qu’il avait toujours été employé dàus lè sens où il l’est aujourd’hui. De là ces deux erreurs qui nous montrent 1a ville de Rome sous un gouvernement monarchique, et le changement opéré par Junius Brutus, comme une révolution favorable à la liberté populaire. Quoique tombé dans X erreur commune en faisant succéder dans l’ordre historique les tyrannies aux monarchies, les républiques populaires aux tyrannies, et les aristocraties axix républiques populaires , Jean Bodin remarqua que les institutions apportées par la révolution de Junius Brutus convenaient plutôt à une république aristocratique qu’à une république populaire ; d’où il conclut que Rome était un état démocratique gouverné par une aristocratie. Bientôt cèpendant, se sentant incapable de soutenir une semblable hypothèse, il se voit forcé d’avouer qu’avant Brutus, Rome était un état aristocratique, et que Brutus ne fit que donner à Rome un gouvernement conforme à soii état , c’est-à-dire aristocratique.
Cettë opinion s’appuie sur Tite-Lîve, qui nous raconte comment Junius Brutus s’abstint de toucher à la constitution de l’état, et comment, par l’établissement de deux consuls annuels, il dit :
NiniL QOICQIIAM DE REGIA POTESTATE DEMINCTUM , de SOrte que IcS
consuls furent en effet considérés comme deux ro/« annuels, et
que Cicéron les appela reges annuos. Il n’y avait entre ces consuls et les rois de la république aristocratique de Sparte, d’autre différence que dans la durée de leurs fonctions, ces derniers ne quittant le pouvoir qu’avec la vie. Pendant la durée de leur chaire, les consuls romains étaient sujets à X appel, et ils devaient, après Être rentrés dans la vie privée , répondre devant des juges aux accusations portées contre eux. Les rois de Sparte aussi étaient réprimandés par les Ephores, et quelquefois même ils subissaient le jugement qui les condamnait h mort. Il est donc hors de doute que Y état romain eut une forme aristocratique, et que loin d’être, comme on l’a supposé jusqu’ici , favorable b la liberté des plébéiens, la révolution de Brutus eut pour but et pour résultat de délivrer les nobles de la tyrannie des Tarquins. Pour accomplir une si grande entreprise, il fallait d’abord une occasion propice, et la tragique aventure de Lucrèce s’étant présentée, Brutus la saisit avec empressement pour en émouvoir les plébéiens, et les exciter contre Tarquin. Il fallut, après la chute du tyran, remplir dans lesénat le vide laissé par sa cruauté. Brutus y pourvut en obtenant deux effets très-salutaires. Il rendit quelque force à tordre épuisé de la noblesse, et il satisfit les plébéiens, en allant chercher parmi eux les nouveaux sénateurs. C’est ainsi qu’il recomposa la cité en Patres et Plerem.
Si les explications que nous venons de donner à des événemens connus , si Yenchainement des causes et des effets présenté par nous ne démontrent pas suffisamment que Borne a d'abord été gouvernée par une aristocratie, et que la liberté conquise par Brutus n’a été favorable qu’b la noblesse , il faudra supposer que le peuple romain, grossier et barbare, a reçu de Dieu, préférablement au peuple grec, b ce peuple doué d’une civilisation supérieure, le privilège de connaître l’histoire de ses propres commencemens. Thucydide avoue que l’histoire grecque des temps antérieurs à la guerre du Péloponnèse, ne mérite aucune confiance , et Tite-Live en dit autant de l’histoire romaine avant la seconde guerre punique. Quoiqu’il axone ignorer complètement les trois circonstances les plus importantes de cette histoire certaine, il déclare ne pouvoir écrire avec assurance qu’b partir de cette époque. En admettant, enfin, que l’hisioife des commencemens do Rome pnis.se avoir reçu
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