‹ La science nouvelleChapitre 53 sur 106 · LIV. n. — »E LA SAGESSE l‘ÜÊilULE · texte numérisé non relu

LIV. n. — »E LA SAGESSE l‘ÜÊilULE

pour atteindre le ciel et en chasser les dieux, est sans doute postérieure à Homère^ qui répète souvent dans Viliade que les dieux liabilaicnl Y Olympe, cl ({u'Wi périraient sous ses ruines si cette montagne s’écroulait. La fable de Pélion et d’Ossa est il la vérité rapportée dans YOdyssée, mais elle y a été sans doute ajoutée plus lard ; car dans ce même poème Ulysse s’entretient avec les héros qui se trouvent dans Yenfer, comme s’ils n’élaienl que dans un fossé, et il est à présumer qu’//o«iè?’e se faisait du ciel une idée conforme à celle qu’il se faisait de Yenfer. Les Arabes ont établi leur, //coron sur de semblables principes de cosmographie.

Les dieux du ciel, en commençant jinr Jupiter, régnèrent d’abord sur la terre et vécurent avec les héros, selon l’ordre de la théogonie naturelle. Aslrée, runc de ces divinités, rendait la justice sur la terre, couronnée d'épis cl une balance r ta main, parce que la première contestation, et par conséquent \c premier jugement, eut lieu à l’occasion de la première loi agraire. Les hommes comprirent d’abord le poids, puis la mesure, et enfin \cnornbre, qui servit à fixer le droit ; et c’est pourquoi Fythagore, qui ne connaissait rien de plus abstrait que les corps, plaça l’essence del'àme humaine dans les nombres. C’était le ciel de ces divinités antiques, que les héros parcouraient à cheval, comme Bellérophon sur Pégase ; ce fut aussi sur la vaste superficie de ce ciel que /«non traça la foie lactée. Elle ne la traça pourtant pas avec son propre lait, puisqu'elle était stérile; mais bien plutôt avec celui des mères de famille nourrissant leurs enfans légitimes, nés dans le mariage dont Junon était la protectrice. Les dieux de ce ciel sont traînés sur des chars en or poétique, ou sur des chars de froment qui fournirent le nom de Yàge d’or. Les ailes dont on y fait usage ne sont pas destinées à fendre l’air. Aussi en voyons-nous aux tempes de Yhyménée ou de l'awjowr héroïque, à’.istrée, des Muses, du cheval Pégase, de Saturne et de la Renommée ; aux talons et au caducée de Mercure, qui apporta la première loi agraire aux plébéiens révoltés. Nous voyons enfin des ailes au dragon et à la Gorgone, quoique ni l’un ni l’autre ne soient destinés ii voler, et qu’ils ne puissent être considérés comme des emblèmes du génie. Ces ailes représentent donc les droits héroïques,M'\\ étaient tous fondés

DE LA COSMOGKAPHIE l'OÉI'lüLE.

sur les auspices. Promélhie di'robc le feu sacré enfermé dans le cie/;feu que le.s//cm a!Iuraaienl,sans doule, avec des pierres à feu el avec des ronces séchées au soleil hnilanl de l'clé. lieinarquons, en effet, que \e flambeau de Vhyminée n’est aiilrc chose qu’une branche û'épines. f 'ulcain est jeté en bas du ciel par un coup de pied de Jupiter. PhuHon est précipité du même ciel parles chevaux du Soleil. La;jo»»«e de discorde tombe sur 1a terre. Enfin les ancili on les boucliers des Romains ont été fabriqués dans le ciel.

La première des divinilés infernales inventée par \es, poètes théologiens, figurait l’e«« qui frai>pa d’abord leur imagination, c’est-à-dire l’eau des sources perpétuelles ou inépuisables; ils nommèrent cette source Shjx, et ils en firent le fleuve au nom duquel les dieux s’engageaient par serment. Ce fut peut-être d’après cette tradition que Platon supposa Vahime des eaux au centre de la terre. Cependant, lorsque Homère raconte les querelles des dieux, il fait direà/V«fo;i que Neptune ])Ourrail bien ouvrir la terre en la secouant trop fort, et découvrir aux hommes et aux dieux les mystères de l'enfer. Or, d’apri’s l’hypotlièse qui place l’ablme des eaux au centre de la terre, Neptune, loin de mettre par ses secousses l’enfer à découvert, l’aurait submergé. L’allégorie de Platon ne convient donc pas à cette fable. U’après ce que nous avons déjà dit, {'ancien enfer ne devait pas être placé plus profondément dans la terre que ne l'étaient les s’OMrees et les fontaines, el l’opinion générale veut que Diane, telle que {'histoire poétique nous la représente sous la triple forme de la Diane céleste, de {s. Diane terrestre chassant avec Ai)ollon,son frère, cl de la Diane infernale ou Proserpine, soit la divinité de CCS anciennes fontaines. L’idée de {'enfer se joignit à l’idée du tombeau, el le nom du premier fui souvent employé pour désigner le second, ainsi que cela se voit dans les livres saints. Ulysse, avons-nous dit, parle aux héros descendus aux enfers comme à des hommes couchés dans un fossé. V Élysée, placé dans les enfers, était la demeure des dieux mânes el des âmes bienheureuses jouissant d' une paix éternelle. Cérès ou Proserpine, symbole de la graine du froment, est amenée par Pluton dans cet enfer dont parle Ulysse, et elle y demeure captive pendant .six mois; f irgile, eontinuanl la métaphore poétique du

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froment désigné par l’cj’, envoie Énée aux enfers un rameau (l’or à la main. Les poêles placèrent Yenfer dans les vallées, par opposition au ciel qu’ils supposaient occuper la cime des montagnes ; et c’est dans ces vallées que les hommes livrés à l’infàme communauté des femmes, et privés de toute connaissance de Dieu, vécurent longtemps. Érèbe, le fils du Chaos, ou de la confusion des semences humaines, est le dieu de cet enfer; il est le père de la nuit civile, ou de la nuit (du défaut) des noms; de même que le ciel est 1a source de la lumière civile qui l’éclaire, et qui donne aux héros leur nom de inclijti. Le fleuve Léthé coule dans Yenfer, parce que les obscurs habilans des vallées ne laissaient d’eux aucun souvenir, tandis que la gloire ne cessait de proclamer dans le ciel le nom des héros. Nous avons vu Mercure, tirant les âmes de l’enfer au moyen de sa verge ou de la loi agraire; c’est là Yhistoire civile que firgile nous a transmise dans ces mots :

...... Hac animas ille avocat Orco :

et c’est ce qui prouve combien cette loi agraire aida les hommes k sortir de l’état de barbarie, dans lequel ils avaient vécu jusquelà. Ce fut pour imiter Mercure, que les magiciens prétendirent ressusciter les morts au moyen d’une verge, et ce fut en commémoration de cette fable, que les Préteurs conservèrent l’usage de frapper avec une verge l’épaule des esclaves qu’ils rendaient k la liberté. Peut-être les magiciens sorciers empruntèrent-ils la verge dont les magiciens savons de Perse se servaient pour interpréter les auspices : toujours est-il que la verge ou baguette magique a été considérée par plusieurs nations comme une divinité qui accomplissait des miracles. C’est du moins l’avis de Trogne Pompée, d’après son ahrévialeur Justin. Cet enfer est gardé jiar le chien Cerbère, symbole de l’impudeur avec laquelle les hommes et les femmes se livraient k leurs désirs, sans rechercher les endroits solitaires. Cerbère a trois gueules, c’esl-k-dire une gueule avec le superlatif /rois, parce qu’il dévore tout. Lorsqu’il parait sur la terre, le soleil recule aussitôt; ce qui signifie que son apparition replonge dans la nuit civile les héros, qui jouissaient, sur les montagnes, de la lumière civile. Le fleuve Tartare roule

DE LA COSMOGRAPHIE POÉTIftCE.

au fond de cet enfer. Ixion y fait tourner Sa roue, Sisyphe y pousse son rocher ; Tantale y languit de faim et de soif. Les damnés plongé dans le Phlégéthon cl V.ichéron sont tourmentés par une soif ardente, et sont privés de tout contentement, signification contenue dans le nom même de ces deux fleuves. Les mythologues ont placé ii tort Titye et Prométhée dans Venfer. C’est aux rochers du ciel qu’ils étaient enchaînés, pendant que les aigles dévoraient leurs entrailles; ce qui signifie qu’ils gémissaient sous le poids de la superstition des auspices. Les philosophes ont présenté leurs idées de morale et de métaphysique sous le voile de ces fables. C’est dans celles-ci que Platon crut lire les trois peines que les dieux seuls peuvent infliger aux mortels : Voubli, Vinfamie, et le remords dont les consciences coupables sont constamment troublées. Après avoir accompagné les hommes sur laroie purgative des passions ou de V enfer des poètes théologiens, ces peines leur ouvrent la voie unitive , qui conduit l’intelligence humaine k travers la contemplation des choses divines, Élysée des poè/es/Aéo/oj/iens, jusqu’à l’union avecDieu (1).

Tous les fondateurs des nations païennes descendirent aux enfers; non pas selon les idées morales et métaphysiques des poètes théologiens, mais dans un but politique cl comme il convenait a\x\ fondateurs de ces nations. Orphée, le fondateur de la nation grecque, y descend pour en tirer son Eurydice; mais ayant désobéi et s’étant arrêté pour regarder en arrière, il perd son épouse, c’est-à-dire qu’il retombe dans l’infàme communauté des femmes. Hercule, revendiqué pour fondateur par chaque nation, y descend aussi, afin d’en arracher Thésée, le fondateur d’Athènes qui, k son tour, s’y était rendu pour délivrer Proserpine ou Gérés, c’est-k-dire pour en rapporter le blé semé. Mais aucun auteur n’a raconté la descente des héros aux enfers aussi bien que J 'îrgile, lorsque, dans les six premiers livres de son Enéide, il chante \e héros politique, et dans les six derniers, le héros guerrier. Hirgile raconte comment Énée suivit les conseils et les leçons de la sibylle de Cumes ; de cette sibylle réclamée par toutes les nations, si bien que l’on peut compter jusqu’à douze sibylles, emblèmes probables de la science de la divination, ou de la sagesse vulgaire des Gentils. Animé d’une piété sangui-

( I ) Voir les noies.

naire, telle que la pratiquaient les héros récemment sortis de la barltarie, Enée sacrifie Misène, son associé, avec le dédain que les héros professaient pour leurs premiers compagnons ou serviteurs. 11 se rend dans Yantique forêt qui couvrait encore la terre à cette époque ; û jette un gâteau soporifique à ce même Cerbère, autrefois endormi par la lyre d’Orphée. Cette lyre et le nœud dont Hercule enveloppa Antée représentent la loi agraire, destinée à assouvir la faim de liberté qui tenait les trois gueules de Cerbère ouvertes.

Énée descend dans cet, enfer si peu profond, il se trouve en présence de Platon, le ravisseur de Proserpine ou de Cérès, déesse du froment, et il \\i\ présente le rameau d'or. Nous avons dit que le grand poète Virgile représente les épis par les pommes d’or, et la moisson par le rameau d’or. Un nouveau rameau succède au premier, parce que la seconde moisson suit naturellement la première et ne peut la précéder. Lorsque les dieux le permettent, dit le poète, le rameau se détache facilement sous la main qui veut le cueillir ; lorsque les dieux s'y opposent au contraire, aucune force humaine ne saurait l'arracher du tronc. effet, la récolte du blé dépend évidemment delà faveur des dieux. Après avoir traversé l’enfer, Énée arrive dans HÉ~ lysée, ce qui signifle qu’en s’établissant sur les terres cultivées, les héros méritaient de recevoir la sépulture et de jouir de la paix éternelle. Il y rencontre ses pères et sa postérité, parce que la religion de ces tombeaux que les poètes confondirent avec \' enfer, fut comme la source des généalogies qui donnèrent naissance ii ïhistoire.

Le nom de terre fut employé par les poètes théologiens, pour exprimer la garde des /rowfières.LesLatinsse montrèrent fidèles il leur origine héroïque, en composant le mot territorium; mol qui signifie le district dans lequel on exerce le commandement, et qui ne dérive pas, comme l’ont faussement supposé les grammairiens latins, de l’action des licteurs faisant reculer la foule avec leurs faisceaux (o terrendo) ; car à l’époque de la formation du mot territorium, la foule n’était pas grande U Home. C’est pour cette raison que Rome employa deux cent cinquante ans, nous dit U arron, à conquérir vingt peuples divers, et qu’elle n’étendit pas, pendant tout ce temps, au delà de vingt milles les bornes de

DE I.A rosMOnnAPniF poiîtiove. 27."

son empire. Ce nom île territorium vient tle ee que les limites des champs cultivés, où s’élev^^enl par la stiilc les gouvememens civils, étaient gardées par resta, au moyen des religions sanglantes. Or, la resta des Latins est, avons-nous dit, la Cybèle ou Bérécijnthie , que les Grecs nous représentent couronnée de tours ou de lieux forts. Cette couronne devint , en premier lieu, Vorbis terrarum ou le monde des nations. Plus tard, les cosmographes l’agrandirent encore, en y faisant entrer Vorbh mundanus, ou le monde de la nature.

Ce monde poétique se trouva partagé en trois royaumes ou régions : le monde de Jupiter placé dans le ciel ; le monde de Saturne, sur la terre, et le monde de Platon, dans Venfer. Platon protégeait les richesses héroïques, ou l’ancien or, c'est-àdire le blé, car les champs cultivés forment la véritable richesse des peuples.

C’est ainsi que les Physiciens convertirent en élémens naturels les quatre élémens civils dont se composait le monde des poètes théologiens. Ces élémens sont: Jupiter, ou l’air; rulcain, ou le feu; Cybèle, ou la terre; et Diane infernale, ou Veau, car Neptune ne fut connu que plus lard par \es poètes. Les nations ayant lardé à s’approcher de la mer, chaque nappe d’eau dont les rivages se perdaient dans f éloignement, fut appelée Océan, et chaque partie de terre qui s’y trouvait plongée fut appelée î/e. //omdre parle en effet de l’ile A'Eolie, entourée par l’Océan, et ce fut sans doute de cet Océan que partit le 3é/)/<yr, ou vent occidental, qui féconda lesjumens de Rhésus. Ce fut aussi sur les bords de cet Océan que naquirent les chevaux d’Achille. Plus lard , les géographes considérèrent la terre comme une grande île entourée d’eau, et ils nommèrent celte eau l’Océan.

Chaque pente était appelée mundus, d’où viennent ces locutions, in mundo est,in proclive est, pour exprimer une chose d’un accomplissement facile. Tout ce qui orne et embellit une femme, s’appela mundus muliebris. Lorsque l’on cul enfin compris que le ciel et la terre étaient de forme sphérique, que chaque point de leur circonférence est situé sur une pente, que l’Océan les entourait et qu’ils étaient ornés d’un nombre infini de formes sensibles, diverses et variées, cet univers devint le mundus dont la belle nature se plut à se parer.

De rAstronomle poétiqae.

Du lomps A'IIomère, ce système du monde était encore en honneur. Nous lisons en effet dans Viliade, que les dieux habitaient VOlympe, et qu’ils passaient quelquefois de YOlympe à l'Atlas. Les plus hautes montagnes étaient considérées, sans doute , comme les colonnes du ciel. C’est ainsi (\\i'Abila et Calpé, montagnes voisines du détroit de Gibraltar, furent appelées les colonnes tV Hercule, comme si Atlas fatigué leur eût confié sa charge.

Démonstration astronomique pbysIco-plilloiOKlqae de l'uniformité des principes chez tontes les nations des Gentils.

La force indéfinie de [esprit humain se développant de plus en plus , et la nécessité de connaître les auspices obligeant les hommes à considérer sans cesse le ciel et ses merveilles, il en résulta que le ciel, et avec le ciel les dietix et les héros s'élevèrent progressivement dans la pensée des hommes. Maintenant , si nous tenons à découvrir les commencemens de [astronomie poétique , ne perdons pas de vue les trois notions philologiques suivantes : l'astronomie prit naissance chez les Chaldéens; les Phéniciens reçurent des Chaldéens et porlèrenl aux Égyptiens le cadran et la science de [élévation du pôle; les Phéniciens communiquèrent aux 6/’ec.9 l’opinion établie chez les Chaldéens sur les rapports des dieux et des étoiles. Ces trois notions philologiques prouvent la vérité de ces deux axiomes philosophiques, dont fun appartient à l’ordre civil et l’autre à Y otAtc physique. Le premier de ces axiomes est, que les nations n'admettent les divinités étrangères qu’après avoir perdu tout sentiment religieux, ce qui n'arrive que dans la dernière période de leur décadence. Le second de ces axiomes est, qu’une fausse perception de l’organe visuel fait paraître les étoiles errantes plus grandes que les étoiles fixes.

Après avoir posé ces principes, disons que chez toutes les nations païennes de [ Orient et de [Égypte, de la Grèce, et même du Latium, [astronomie eut des commencemens vulgaires tl uniformes. Les r//e«x furent placés dans les planètes, et les hé-

UNIFOnUITÉ DES PRINCIPES, 277

ros dans les constellations , à cause de la supériorité apparenle des étoiles errantes sur les fixes. Celte opinion, répandue par les Phéniciens, trouva l’esprit des Grecs , celui des Latins et celui Aes Égyptiens disposés à la recevoir. Les héros, les hiéroglyphes contenant l’histoire de leurs droits et de leurs entreprises, et bon nombre de dieux majeurs furent distribués dans le ciel, d’où ils vinrent en aide k l'astronomie en lui fournissant des noms pour les astres, les constellations et les planètes. V astronomie vulgaire traça dans le ciel H histoire des dieux et des héros; elle attacha k chaque constellation le souvenir d’un héros , et k chaque ^/anè^e le nom d’une divinité. La disposition k conserver le souvenir des hommes qui ont rendu des services k l'humanité, soit par \ héroïsme de leur caractère, soit par lAprofondeur et par l'heureuse application de leur science , est aussi ancienne que le monde, Diane, la déesse de cette pudeur qui ne craint pas l’union légitime des sexes; Diane, qui passe toute la nuit auprès de son amant endormi , peut -elle être mieux représentée que par la lune, douce lumière de la nuit? N’est-ce pas k bon droit que l’on a donné à la plus riante et à la plus lumineuse des étoiles errantes le nom de Vénus, déesse de la beauté civile? Mercure, ce héraut divin tout resplendissant de lumière civile, et si richement paré d’ailes, qui sont l’hiéroglyphe de la noblesse, Mercure, le bienfaiteur des plébéiens révoltés auxquels il apporte la loi agraire, pouvait-il être mieux placé que dans une étoile errante, souvent cachée par les rayons du soleil dans lesquels elle se plonge? Apollon, le dieu de la lumière civile, est représenté par le soleil, source de la lumière naturelle; Mars, le dieu des combats , par une étoile d'un rouge de sang. Jupiter, père des dieux et des hommes, est supérieur k toutes les autres planètes, mais il est inférieur k 5a/Mi'7ie, son père. Saturne, qui est aussi le père du temps, accomplit sa révolution annuelle plus lentement que les autres planètes; de sorte que les ailes de Saturne ne sauraient signifier la vélocité du temps, et ne sont k vrai dire que des titres de noblesse. Saturne porte sa faux dans le ciel, non pas pour y trancher le fil de la vie humaine, mais pour y couper la moisson qui servait aux héros k désigner le cours des années. Enfin, les planètes achèvent leur marche moulées sur des cAar.v dorés, en commémoration de l’or poétique ou

{iafromevt, qui ronslilim la noblesse des liérns. 11 est hors de doute que Yinjluence attribuée aux planètes et aux étoiles errantes sur les corps sublunaires, ii’ci'it pour origine le pouvoir exercé sur la terre par les dieux et par les héros, plutôt que certaines causes et certains effets naturels.

De la Cbronolosle poétique.

poètes théologiens établirent leur chronologie d’après les enseignemens de leur astronomie. Le dieu nommé Saturne de Satis, par les Latins, et Xpdvo; par les Grecs , montre que les premières nations , toutes composées de paysans cultivateurs, ont commencé à compter les années par les récoltes du blé^ .seule culture qui exige le travail de tout un an. Ces nations encore muettes désignèrent chaque année par un épi, ce qui est l’elTet de la pauvreté du langage, comme il résulte de ces mots de yirgile:

Post aliquot mea régna videns mirabor aristas,

au lieu de post aliquot annos, et ailleurs encore :

Teitia messis erat

Les paysans de la Toscane disent encore , nous avons récolté trois fois, au lieu de dire il y a trois ans; et les Romains appelèrent anvona l’administration chargée d’assurer l’abondance du blé.

Hercule fut considéré comme le fondateur de Folympiade, époque célèbre chez les Grecs, parce qu’en mettant le feu aux forêts il en rendit le terrain propre k recevoir les semences, et qu’il donna par là aux hommes l’occasion de distinguer et de compter les années par les moissons. \.esjeux institués pour célébrer les travaux d’ilercule commençaientsansdoute par les jeux néméens, ou par la représentation de la victoire remportée sur ce lion terrible qui vomissait le feu, et qui était, selon nous, la grande forêt même de la terre. Les difficultés des premiers défriebemens firent qu’on les compara h un lion, dont la force

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