‹ La science nouvelleChapitre 54 sur 106 · DE LA CHRONOLOGIE POÉTIÜÜE · texte numérisé non relu

DE LA CHRONOLOGIE POÉTIÜÜE

était si grande qu’un dieu seul pouvait le dompter. Aussi voyonsnous les astronomes assigner au Lion du Zodiaque une place à côté éHAstrée couronnée &'épis. Voilà pourquoi l’on voyait souvent dans les cirques, les simulacres du lion et du soleil, et pourquoi le souvent marqué par un tas de pierres, était surmonté d’un œuf. Le las de pierres représentait un tas de blé, et l’ujuf, le lucus ou l’ceiV des géans. Les astronomes se figurèrent que cet œuf devait signifier \a. figure elliptique tracée par le soleil sur Yécliptique. Quoique fausse, cette explication eût mieux convenu k Vœuf de Cueph que l’explication donnée par Manéthon, lorsqu’il essaie de le présenter comme l’emblème de la génération de F univers.

Nous croyons pouvoir mesurer et suivre la marche du temps au moyen de la théogonie naturelle. La religion a été selon nous le premier instrument de la civilisation humaine, et ce furent les premières nécessités de la vie qui donnèrent naissance à I’age des dieux, âge dont la durée a été de neuf cents ans environ, à partir du moment où parurent les /«joiYcr, c’est-à-dire du moment où éclata le premier coup de foudre après le déluge universel. Prenons douze divinités majeures pour douze époques, qui nous aideront à connaître la durée de l’àge poétique. Deucalion, par exemple, qui suivit immédiatement le déluge et les géans, Deucalion fondateur, ainsi que Pyrriia, des familles au moyen du mariage, Deucalion surgit sans doute dans l’imagination des Grecs, en même temps que Junon pulrone des mariages solennels. Ilellen, premier auteur de la langue grecque, et ses trois fils, auxquels il distribua les dialectes de cette langue, vécurent, selon nous, au temps A’ Apollon, dieu du cliant et inventeur présumé de la poésie. Hercule, le vainqueur de l’hydre ou du lion deNémée, c’est-à-dire le défricheur delà terre, dont il tira les pommes d’or ou le blé ( explication bien plus digne , soit dit en passant, de la gravité historique, que les commentaires donnés jusqu'ici sur ces pommes d’or, qu’on a voulu nous faire prendre pour des oranges de Portugal), Hercule, disons-nous, accomplit ses grands travaux pendant V époque de Saturne , dieu des semences. Perses, qui cloue la télé de Méduse sur le bouclier de Minerve, s'est donc rendu célèbre pendant Vépoque consacrée à celle déesse , époque postérieure à l’élablisscmenl du pouvoir

civil. Orphée enfin ne parut qu’après Vépoque de Mercure , puisqu’il recomposa par le charme de ses chants , les nations grecques héroïques. Ce fut lui qui nomma en effet les temps héroïques, car les contestations héroïques eurent lieu pendant sa vie. Orphée est le contemporain de Musée, de Limis et de cet Amphion qui fit mouvoir les pierres (dites lapis, par les Latins, d’où est venu l’usage du mot lapis pour stupide), et qui en construisit les murs de Thèbes que Cadmus avait fondée <rors cents ans auparavant. C’est ainsi que, trois cents ans après la fondation de Rome, Appius, neveu du décemvir, rappela à l’ordre et à la soumission les plébéiens romains: qui agitabaîit connc- BiA MORE FERARUM, ct les menaça de la colère des dieux, qui ne consentaient ii avoir de rapports qu’avec la noblesse, au moyen des auspices possédés par elle seule.

11 faut aussi se garder de ces quatre variétés d'anachronismes, comprises dans le genre ou dans la catégorie des temps anticipés ou retardés. La première de ces variétés ou espèces présente comme vides de faits, des temps qui en sont au contraire remplis ;\.e\ est V âge des dieux, dans lequel toutes les choses humaines et civiles eurent, avons-nous dit, leurs commencemens, cl que Varron l’érudit classa néanmoins parmi les temps obscurs. \A.\.seconde variété d’anachronismes /jrésenie à l’encontre, comme remplies de faits, des époques qui en sont comparativement vides; tel est Y âge des héros, dont la durée ne dépasse pas deux cents ans, et que l’on a surchargé de tous les événemens accomplis dans Vâge des dieux. La troisième espèce d’anachronismes rassemble dans un court rZe'/ai des faits dont le développement exigerait une longue période ; tel est le /jassar;/c franchi par la Grèce de l’état le plus complet de barbarie, à la splendeur de la guerre troxjenne, et cela pendant la vie d’un seul homme, dOrphée. La quatrième subdivise et sépare les temps qui devraient être réunis; c’est elle qui détermine l’ai'rivée des colonies grecques en Italie et en .Sicile, trois cents ans après les voyages des héros errans, tandis que ce furent ces héros qui les conduisirent et les établirent.

CXy^OS CMIlO.NOLUGlÜLt*

Canon cnronologlquc

Pour Axer les principes de l'histoire unieerselle qui serviront a faire connaître les temps antérieurs à la monarchie de Ninus« C'est par cette monarchie que l'hUtuire universelle commence.

Après avoir appris la théogonie naturelle, qui nous a à sou leur enseigné la chronologie poétique raisonnée ; après nous être mis en garde contre les quatre espèces d'anachronismes que nous avons signalées, nous allons essayer d’asseoir principes qui servent de base à l’histoire universelle depuis la monarchie de Ninus. Nous commencerons par établir le grand canon chronologique suivant. Après que le genre humain, quittant la Mésopotamie, se fut dispersé dans la grande forêt delà terre, la race de Sem, perdue dans VAsie orientale, 'lécni cent ans dans l’t^o^ de barbarie, et les races de Cham et de Japhet, qui occupaient les autres parliesdu monde, prolongèrent pendant deux cents ans la même malheureuse existence. A partir de cette époque jusqu’il la formation des nations, par la religion de Jupiter, neuf cents ans s’écoulèrent, dont sc compose I’age des dieux. Ce ne fut qu’k la fm de ces neuf siècles , que les hommes, enfermés jusque-là dans Yintérieur des terres, où ils se procuraient plus facilement les choses nécessaires à la vie, descendirent sur les bords de la mer. C’est pour cela que Neptune fut chez les Grecs le dernier des douze dieux majeurs, et que neuf cents ans s’écoulèrent chez les Latins, entre Yàge d’or du Latium, ou le règne de Saturne, et la prise A'Ostîe , ville maritime , par Anevs-Martius. Les deux siècles qui composent chez les Grecs I’agi; iiéroioue, suivent immédiatement cette première époque. Ils commencent avec les pirateries du roi Minas, et ils se terminent par l’expédition navale de /«son dans le Pont, par la guerre de Troie, les voyages des héros, et par le retour é'ülysse dans l’île A’ Ithaque. Les, Phéniciens habitèrent en premier lieu l’intérieur des ferres; ils se portèrent ensuite aux bords de la mer; et ils passèrent enfin dans une ile, où ils fondèrent, mille ans au plus tût après le déluge, Tyr, leur c^apilale. La nation phénicienne haliilnit cette île, et l’avait rendue célèbre par sa narigation et |iar ses colonie^ rép, indues dans la Méditerranée, dès nranl l’Age héroique des

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