ARRIVÉE D’ÉNÉE EN ITALIE
mendier des maîtres k. l’étranger, soit k obéir k un esclave. Nous ne lisons pas non plus sans peine, clans ces mêmes historiens, qu’après avoir fondé un puissant empire dans le Latium, après l’avoir défendu contre la grandeur toscane , les Romains auraient parcouru comme des barbares sans droit, Y Italie, la Grande Grèce et la Grèce proprement dite, pour y chercher des /ois. Cette supposition , aussi injuste qu’ahsiirde , était pourtant nécessaire aux historiens dont nous parlons pour donner à leur fable de la loi des XII Tables, apportée d'Athènes k Rome, un aspect de vérité.
COROLLAIRE
De l’arrivée d’Énée en Italie.
Tout ce que nousavons dit jusqu’ici scTsirah expliquer lusupposition de [ arrivée d’Lnée en Itatie, et de la fondation d'Jlbe, berceau des Romains. Cela servira k expliquer comment cette ville de la Grèce asiatùpie, située sur les rivages latins, demeura inconnue aux /toniains jusqu’il l’époque de la prise et de la destruction d'Ostie , ville maritime, par le roi Ancus Marcus; comment les Romains admirent alors dans l’asile fondé par Roniulus, et aux mêmes conditions imposées jadis aux émigrans cultivateurs de l’ Arcadie tatine, les, émigrans maritimes delà Phrygie. .Mais si l’on refuse d’admettre notre hypothèse, comment rattacher à Énée l’origine de Rome? Comment cxpli(iuer la grande puissance de cet Écandre, qui accueillait Hercule dans le Latium cinq cents ans avant la fondation de TJowiePComment supposer qu’L'née ait fondé la maison royale d'Albe , dont la ■* puissance s’accrut pendant quatorze régnes, et s’étendit enfln sur tout le 7.a//uni.'' Pourquoi les .dreadiens et les Phrygiens se seraient-ils retirés après avoir si long-temps erré dansra.vi7e de Romulus?YX pour parler des Arcadiens, qu’est-ee donc qui aurait poussé ce peuple pasteur, étranger au commerce, k l’industrie et k tons les mobiles humains, ce peuple habitant l’intérieur des terres, k s’aventurer sur la mer et k pénétrer jusqu’au centre du Latium? Comment sou émigration , contemporaine de celle des
Phrygiens, aurait-elle eu lieu deux cents ans avant que le nom de Pythagore ei'it pu se faire jour de Crotone h Home, quatre cents OHs avant (pie les Romains fussent connus des Parent ins?
Quelque éloignées de la vérité que ces traditions vttlgaires nous paraissent , elles durent cependant s'y rattacher de fort prés au commencement, puisqu’elles ont été conservées par une nation tout entière. Que conclure après tout? Qu’une ville grecque a été construite sur le bord de la mer Thyrrénienne; qu’elle a été détruite par les Romains avant la promulgation de la loi des XII Tables, et que ses liabitans ont été reçus parmi les associés héroïques des Romains; que les Grecs de cette ville inconnue donnèrent le nom à'Ârcadiens aux vagabonds errans dans les forêts, et celui de Plmjgiens aux hommes errans sur les mers, et cela en souvenir des véritables Arcadiens et des véritables Phrygiens. C’est ainsi que les Romains donnaient aux vaincus le même nom (ju’aux hommes reçus dans l’asile de Romulus, parce qu’ils étaient en effet soumis aux mêmes conditions, sans qu’ils eussent toutefois part au soulagement apporté au sort des plébéiens romains, par la loi agraire de Servius Tullius. Disons encore que l’empressement des Gi ecs à célébrer la renommée de la guerre de Troie, cl les voyages de leurs héros, et plus particulièrement d'Énée,' dans cette Italie où déjà ils avaient cru reconnaître leur Hercule, leur Èvandre et leurs Curètes, que cet emiircssemenl fut cause que les traditions s'altérèrent, cl que l’on finit par attribuer à Énée la fondation de Rome. Bochart affirme cependant que jamais ce héros ne mil le pied en Italie. Strabon nie qu’il soit sorti de Troie, cl Homère raconte comment il y perdit la vie. L’orgueil des Grecs, qui ne cessèrent jamais de chanter leur guerre de Troie; l'orgueil des Romains qui aimaient à se donner une origine illustre et étrangère, concoururent à faire A'Enée le fondateur de Rome. Cette fable ne fut certainement admise qu’à l’époque de la guerre avec Pyrrhus, et lorsque les Romains commençaient à goûter les récits et les mœurs des Grecs.
De la dénouilnallon et de la description des villes héroïques.
Il nous faut discourir maintenant sur ces deux branches delà géographie, qui sont la nomenclature et la chronologie, et qui
DÉ.NOMIXJVTION DES VILLES HÉROÏQLES.
rentrent dans l’ensemble de la scAence poétique . Nous avons déjà remarqué que la Providence prit soin que les premières villes fussent bâties dans des lieux naturellement forts , c’est-à-dirc élevés et d’un abord difücile. Les aneiens Latins nommèrent ces lieux naturellement forts, d’un mot sacré, aras et arces, et dans le temps qui précéda le moyen âge, on appela les châteaux ou les manoirs des seigneurs, rocche de rocce, ou rochers à pic. Le nom de ara s’étendit sans doute au district de chaque cité héroïque,lequel district fut appelé ager par rapport aux frontières, et territorium par rapport à la juridiction exercée sur les citoyens. Nous rapporterons à ce sujet un passage de la description laissée par Tacite, de l’ara ou de V autel principal d’ Hercule, passage qui nous prête un merveilleux appui : Igitura foro Boario, ubi æneum bovis simulacrum adspicimus, quia id genus animalium auaïro subditur, sulcus designandi oppidi captas, ut magnam Herculis abam complecteretur, ara iiercllis erat. Citohsencore Salluste, lorsqu’il raconte comment la célèbre Jra, ou le célèbre autel des frères Philènes, servit de limite entre Vempire carthaginois et Yempire Cyrénaïque. Vancieïtne géographie nous montre un très grand nombre de pareils autels. Cellarius, par exemple, dans sa géographie ancienne, nous dit que le nom de toutes les villes de laSyrie était précédé du mot ara, d'où la Syrie même prit le nom A'.lramea, etc. r/f ésée établit la ville A’.-ithènes, dans la Grèce, sur le fameux aidel des malheureux, car tels étaient réputés les hommes impies et sans lois qui, fatigués des querelles suscitées parmi eux par \n communauté des femmes, se réfugiaient, /a/6/es et dépourvus de tout, sous la protection des hommes pieux et forts investis du pouvoir par la civilisation. Les Grecs disaient àpà pour vœux (votum), parce que c’était sur ces premiers autels (aræ) des Gentils que l’on immolai t ii / 'esta les premières victimes, appelées par les Latins Saturni hostiæ ou Diris devôti, et par les Grecs àva9r/j.aTa, nom donné aux hommes violens qui poursuivaient les hommes faibles, et les contraignaient de chercher un appui auprès des jrieu-r et des forts. Les Latins, et Salluste entre autres, disent supplicium pour la peine et le sacrifice, et le mot àpà des Grecs> qui correspond au votum des Latins , sert aussi à désigner le
noxa, ou le corps qui a commis le délit ou le dommage. Le même
mot signifie Dirx ou les Furies, parce que les premières victimes humaines étaient d’abord consacrées aux Furies, et sacrifiées ensuite sur les premiers autels des Gentils; de sorte que le moi hara, qui signifie aujourd’hui troupeau, devait être employé par les anciens Latins pour désigner les victimes. Le mot aruspex, ou interprète des entrailles des victimes immolées sur les autels, a certainement la même origine.
Ce que nous avons dit de Vautel principal d’ Hercule nous porte h croire que Romulus fonda Rome dans Yasile qu’il avait ouvert dans le/uciu, sur un autel semblable à celui dont Thésée s’était servi lors de lafondation d’Athènes; car les Latins ne donnaient pas à un bois l’épithète de lucus ou sacré, s’il ne s’y trouvait un autel (ara) élevé k quelque divinité. En nous disant que les asiles étaient vêtus urbes condentium consilium , Tite-Live nous explique pourquoi dans l’ancienne géographie on trouve un si grand nombre de villes qui portent le nom d’ara. Cicéron montre sa profonde connaissance de l’antiquité , lorsqu’il nous dit que le sénat était appelé ara sociorum parce que les provinces apportaient au sénat les plaintes des syndics contre les gouverneurs, et qu’il rattache ainsi Y origine du sénat aux premières associations du monde. Nous avons déjà dit que les villes héroïques de Y.lsie, de la Grèce et de Y Italie portaient le nom de aræ; Salluste a célébré l’ara ou Yautel des frères Philènes, en Af rique ; dans la Transylvanie , on nomme are des Cicoli les villes habitées par la très ancienne nation des Huns, nation composée de nobles paysans et de pasteurs, qui forment avec les Saxons et les Hongrois la population de ces provinces. Tacite nous parle de l’aro des Ubii, située dans la Germanie. Plusieurs villes d’Espagne portent encore 1e nom de ara, mais dans la langue syriaque le mol ari signifie lion, et nous avons montré, en parlant plus haut des douze divinités majeures, que les Grecs nommèrent Mars, Âpr,;, parce que ce dieu défendait les are ou les autels. Les Latins tirèrent de ce mol, dont le son et la. signification se retrouvent avec uniformité chez tant de peuples divers , et à des époques si éloignées, le mol aratrum. Cet aratrum, iiiii traçait une courbe appelée urbs, donna ensuite aux Lutins les mots arjel arceo, et aux écrivains De limitibus agrorinii, la loculion de ager urrifinius. Les mois a/ wia el arcus on\
DÉ.NOMINAÏION DES VILLES HÉROÏttüES. 593
la même origine, puisqu’il est naturel de faire consister la force k repousser l’injure.
IjO. science poétique nous semble mériter ces deux éloges souverains : 1° d’avoir fondé le genre humain chez les Gentils ; 2® d’avoir démontré la vérité enfermée dans cette tradition vulgaire, qaeXes anciens sages éVdienl kla fois philosophes, légis lateurs, capitaines, historiens, orateurs et poètes; tradition qui excita une admiration excessive pour la science des anciens, et le regret de ne pouvoir l’égaler. Les sages, tels que nous les avons connus jusqu’ici, n’étaient pourtant que la personnification opérée par les nations mêmes des principes de la science acquise dans les temps anciens. Ce livre sert k démontrer que les poètes théologiens ont été le sens dë l'humanité éclairée, tandis que lesphüosophes en ont été V intelligence.