PREUVES PHILOSOPUIQI'ES , ETC
rent un personnage imaginaire pour en faire le héros de leurs tragédies. De nos jours encore, le public ne permcllrail pas à railleur d’un drame en musique de choisir son sujet ailleurs que dans Yhhtuire, et s'il ne se montre pas si exigeant [lour la cowédie, c’est que les sujets de celle dernière étant privés, il peut les croire vrais, lors même qu’ils sont inconnus. 8" Les caractères poétiqttes, tels ([ue nous venons de les tracer, découvrent les significations historiques enfermées dans les allégories poétiques des premiers temps de la Grèce. 9° Ces histoires se gravèrent d’elles-mêmes dans le souvenir de tous les peuples , dont la mémoire, comme celle des enfans (puisqu’ils élaient les enfans des nations) , jouissait d’un merveilleux développement. La Procidence montrait en cela , comme en toutes choses , sa sollicitude bienfaisante, puisque l'écriture cnc/graire n’ayant été inventée, au dire de Josèphe contre Jpion, que quelque temps après Homère , les événemens du monde seraient tombés dans l’oubli s’ils n’avaient été fortement gravés dans la mémoire des hommes. Ainsi, disons-nous : lu Providence voulut que les hommes dont le corps opprimait l'intelligence eussent des «erw CÆçuis pour saisir les qualités particulières de chaque objet; une imagination énergique pour se les approprier et les agrandir; un esprit délié pour les rapporter à leur genre fantastique ; une mémoire vigoureuse pour les retenir; /atH//és qui apiKirtiennent, il est vrai, h l'intelligence, mais qui ont leurs racines dans le corps dont elles tirent leur force. C’est pour cela que la mémoire ne dilfère point de la fantaisie ou de l'imagination, si bien que Térence a dit d’une chose qu’elle était mémorable pour dire qu’elle pouvait être retracée par l'imagination; que eomminisci a été vulgairement pris dans le sens de feindre, qui est un acte de l’imaginaliou, et que commentum signiûa une chose inventée. L'imagination o\\ lu fantaisie ont été aussi confondues avec l’es/jrtY, comme nous le voyons par l’auteur contemporain de Cola Rienzi, qui en écrivit la vie, et qui représente son héros comme un homme fantastique, voulant dire un homme d’ esprit. La mémoire peut donc être considérée sous trois dilVérens aspects; comme mémoire proprement dite, lorsqu’elle se souvient des choses-, comme fantaisie ou imagination, lorsqu’elle les altère et les dénature; comme esprit.
Ô08 LIV. 111. — DE LA DliCOUVERTE DU VÉRITABLE HOMÈRE.
lorsqu’elle les arrange et les coordonne. Voilii pourquoi les poètes t/iéoloç/iens lirent de la Mémoire la mère des Muses. lO» Les poêles furent les premiers historiens des nations; vérité dont Castelvetro ne sut pas faire usage pour découvrir la véritable origine dé la poésie, tandis que lui-même , aussi bien que tous les auteurs qui se sont occupés de ces matières, à commencer jKir Aristote et par Platon, auraient pu facilement en tirer la conséquence que toutes les histoires des Gentils ont eu des commencemens fabuleux. H" La raison poétique s’oppose à ce qu’un homme soit en môme temps grand poète et grand métaphysicien; car la métaphysique rend Y intelligence indépendante des sens , tandis que la faculté poétique [y plonge ; par l’une, l’homme s’élève k la connaissance desrèÿ/es générales; par l’autre, il se renferme dans Yobsercation des qualités particulières. Vindustrie ou Y élude peuvent, à défaut de la nature, créer toutes les facultés, la îa.cw\{è poétique exceptée. Vart poétique et Yart critique servent à rendre l’esprit cultivé, mais non k Y agrandir, parce que la délicatesse est une vertu en miniature, et la grandeur dédaigne naturellement tout ce qui e,s\. petit; semblable k un torrent impétueux, elle entraîne, sans le vouloir, dans son cours, les eaux troublées, \es pierres et les troncs d’arbres qu’elle trouve sur sa roule ; ce qui explique les taches qui ternissent la gloire d'Homère. Ces taches n’empôclient pas qu’//omère ne soit le père et \e prmee de tous poètes les plus sublimes. 14° Aristote dit des mensonges d’ Homère, qu’ils sonUncomparables, et Horace dit la même chose de ses caractères. IS» Homère est réellement sublime dans les sentences poétiques qui doivent être, avons-nous dit dans les corollaires de la nature héroïque, au livre deuxième, des jacTisées dictées par une passion vraie, on présentée comme vraie par une imagination ardente. 0.0% pensées, produites par une passion vraie, ne peuvent être comprises que par la personne même qui les conçut, ce qui nous a fait dire que les maximes de morale sont du ressort des philosophes, parce qu’elles sont d’une application générale, et que les réflexions sur les passio7is ne sont le fait que àe poètes froids et faux. 16“ Les images poétiques tirées do sujets sauvages et farouches sont inimitables dans Homère. 17" L'aU'ocité des batailles et des morts homé-
l'RElVES PllILOSOPIIIÜfES, ETC.
riques forme le côté merveilleux de l’Iliade. 18“ Ces sentences, ces imaçies el ces descriptions ne peuvent pas émaner d'un esprit philosophique, calme, reposé et dotix. 19“ Les mœurs des héros d’Homère sont le jiropre A'enfans à l’esprit léger, ôefem- ?«e.sk l’imagination ardente, ôc jeunes gens aux passions violentes, et elles ne peuvent avoir été ni conçues, ni représentées par un philosophe. 20° Le défaut de propriété dans Yexpression qui se trouve dans la langue grecque, est l’eil'et de la difficulté avec laquelle elle a été composée. 21“ Quand môme ces expressions renfermeraient des mystères cachés et sublimes de la sagesse acquise, ce que nous avons contesté dans notre sagesse poétique, toujours est-il qu’elles n’ont pu sortir d’un esprit droit, ordonné et grave, d’un esprit philosophique enlin. 22° Le langage héroïque emploiedes similitudes, des images et des comparaisons, parce que sa pauvreté ne lui offre pas d’expressions suffisantes pour désigner proprement les genres et les espèces des choses. Celle pauvreté, en tant que naturelle, était commune à tous les peuples. 23° Ce fut par une nécessité semblable, ainsi que nous l’avons dit dans le livre deuxième, que les premiers peuples parlèrent en vers héroïques, la Providence permettant que la mesure et le rythme facilitassent aux hommes le travail de la mémoire, seule conservatrice alors du souvenir des événemens. 24" Ces fables, ces sentences, ces mœurs, ces langages, ces vers, reçurent l’épithète A'héroiques , comme nous l’avons démontré dans la science poétique. 2o° Toutes ces choses, propres à des peuples entiers , furent, par conséquent , cojHjnî/nes h chaque individu composant ces peuples. 26° La connaissance de la nature, source de toutes ces choses, nous porte à affirmer qu’//omère, le plus grand des poètes, n’a jamais été un philosophe. 27° Nous avons vu, au sujet &e\dL science poétique , que \es philosophes y enwi postérieurement à Homère appliquèrent aux fables de ce poète, des interprétations scientifiques ignorées de son temps. 28° De môme que la science n’appartient qu’à quelques hommes singuliers, la convenance des caractères héroïques (qui renferment toute l’mence des fables héroïques) ne peut être l’ouvrage d’hommes versés à la fois dans la philosophie, dans Yart poétique el dans Yart critique. Contentons-nous donc, pour Homère, des éloges que lui décernent et Aristote et Horace.
510 LIY. III. — ])E LA UÉCOL'VËBTE DU VÉRITABLE HOMÈRE.
Preavn phllologlqueB pour servir R la décoBverte du véritable
Homère.
Après avoir fait servir notre critique métaphysique k la discussion des nombreuses preuves philosophiques qui nous autorisent k placer Homère parmi les auteurs des nations païennes, et k le considérer, d'après le Juif Josèphe, comme le plus ancien auteur profane, il nous reste à examiner les preuves philologiques suivantes k l'appui de notre opinion. 1® Toutes les anciennes histoires profanes onl des commencemens fabuleux. 2” Tous les peuples barbares, tels que les anciens Germains et les .tméricains, qui demeurèrent sans communication avec les nations étrangères, ont conservé les/iij<ofrcA de leurs premiers temps en vers. 3® Les poètes furent les premiers historiens de Rome. 4® Les poètes latins écrivirent Vhistoire du retour de la barbarie. liP Manéthon, grand pontife égy ptien, transforma l’ancienne histoire d'Égypte, écriteen caractères hiéroglyphiques, en une sublime théologie naturelle. 6® Nous avons démontré, dans notre Science poétique, que les philosophes grecs onl fait le même usage des fables renfermant l’ancienne histoire de la Grèce. 7® Nous avons dû remonter, dans notre Science poétique, la pente descendue par Manéthon, et cela pour rendre aux fables leur signification historique, qu’une signification mystique avait remplacée. Il suffira d’observer la/aci/iie' avec laquelle nous avons accompli cette tâche, pour demeurer convaincu de la convenance de ces allégories historiques. 8® Strabon affirme qu'avant Hérodote et Hécatée de Milet toute l'histoire des peuples grecs était écrite par des poètes. 9® Nous avons démontré dans notre livre deuxième, que les premiers écrivains des nations modernes aussi bien que des anciennes ont été des poètes. 10® Nous lisons deux fois dans l'Odyssée que quelqu’un, voulant /aire compliment k un personnage de la manière dont il venait de raconter une histoire, lui dit que son récit était digne d'un musicien ou d’un chanteur. Ces musiciens ou ces cliantcurs étaient sans doute les rapsodes ou lionunes vulgaires qui savaient par cœur les poèmes homériques. 11® Homère n’écrivit aucun de ses poèmes , ce qui est hardiment soutenu par
PRFiiVES riiii.ni ociQrr.s , etc.
le Juif Josèphe conlrc ylpim le grammairien. 12" Les rapsodes s’en allaient aux marchés et aux fêles des villes de la Grèce, chantant les poèmes d' Homère. 13" Le nom de rapsode est composé de deux mots qui signifient ceux qui recueillent les chants. On prétend aussi que ôpnpof, qui signifie garant, est dérivé, dit-on, de ôfxoü, simul,el desiptiv, connectere, parce que le garant est celui qui lie le créancier au débiteur; mais cette étymologie est aussi forcée, que l’autre, représentant Homère comme liant ensemble ou composant des fables, est naturelle. 1 i" Les Pisûtratides, tyrans d’Athènes, ordonnèrent que Xespoèmes d’Homère seraient rassemblés et partagés en deux poèmes, sous les titres à’Iliade et d'Odyssée. En comparant les dlfférens styles de ces deux poèmes, il est facile de sc figurer quel devait être le désordre des fables homériques, avant rachèvement de cette classification. 13° Cicéron, dans son livre deNatüra Deoruii, et £’/ien, répété par5cAq//(?r,disentque ces mêmes Pisistratides ordonnèrent aux rapsodes de chanter ces poèmes aux Panathénées. 16° Les Pisistratides furent chassés d’y^f A peu d’années avant la chute des Tarquins; et Homère ayant vécu, comme nous l’avons prouvé, du temps de Numa,\ci ra/isorfes continuèrent, sans doute, longtemps encore à réciter TJar cœur ses poèmes. Cette tradition contredit celle d'Aristarq^ie, suivant laquelle les poèmes d’Homère furent revus, corrigés et mis en ordre par ordre des Pisistratides , ce travail ne pouvant avoir lieu sans le secours de Vécriture vulgaire, et la mémoire des rapsodes devenant superflue après la découverte des lettres. 17° Hésiode, qui laissa des écrits, puisqu'il ne parait pas que les rapsodes aient jamais eu mission de conserver ses œuvres, doit être placé après la chute des Pisistratides , et non pas, comme on l’a fait souvent, treiite ans avant Homère. A moins cependant que l’on ne veuille considérer les poètes ajeliques comme de véritables rapsodes, qui auraient conservé le souvenir de Y histoire fabuleuse des . Grecs, depuis leurs premiers dieux jusqu’au retour d'Ulysse dans ses états d'Ithaqxæ. Le nom de •/û/.aoî indique que ces poèmes étaient chantés par des idiots récitant des fables aux gens du peuple rassemblés en cercle autour d’eux, les jours de fêtes. Ce cercle est peut-être celui (\\\' Horace désigne dans son Art poé-
j12 LIV, III. — DF, LA DÉCOITVEHTE DU VÉlUTAItLE IIOUÈRE.
tique, par les mois de vilem palulumque orhem. Aussi Dacier se déclara-l-il peu salisfaildesfo?/i«ie«/Ér/ei<rs,qui IraduiseiilleîuVewi patulumque orbem à' Horace par de lonys épisodes. Un épisode, en elFel, peut être /ongisansèlre vil. L’épisode de Renaud et d’Arraide, AmsXe jardin enchanté, par exemple, et le discours que le vieux pasteur adresse à Uerminie, sont des épisodes nullement vils, quoique longs: car le premier est orné de mille grâces, 1e second rempli de délicatesse ;k\. ni l'un ni l’autre ne manquent de noblesse. Après avoir donné a.nx poètes tragiques le conseil de prendre leurs sujets dans les poèmes d’Homère, Horace répond d’avance ii l'objection qu’il prévoit et qui consiste en ceci : que si tous les écrivains étaient obligés d’emprunter ii Homère ses fables et ses caractères, il ne pourrait plus y avoir Aovéritables poètes. Les fables épiques d’Homère, répond Horace, deviendront vos propres fables tragiques, pourvu que vous évitiez soigneusement ces trois écarts : d’y faire des paraphrases inutiles, d’en être les traducteurs fidèles, ou les imitateurs ser~ viles; mais en suivant et en conservant les mœurs qu’//o?«ère attribue îi ses héros, vous pourrez en tirer des sentimens, des discours et des actes nouveaux, quoique conformes U ces mœurs. De celte manière, tout en adoptant les fables d’Homère et en y puisant vos sujets, rien ne vous empêchera d’être vousmêmes des poètes indépendans. Dans ce passage, Horace appelle/jocfcs cgcliques \e?> poètes vulgaires qui chantent sur les marchés. Ces poètes sont souvent désignés sous le nom de ■/.•jvlioi et r/zùzztot , et leurs recueils sous ceux de zô-Ao; ènr/.à;, ■/. j/Xiv. ’i-Ti, mi/iyu sy/. jAt/.ov, et quebpicfois simplement x'j-Ao;, comme l'observe Gérard Langhenius, dans sa préface nLongin. Il est probable, d’après celte liypollièse , qu’//csioc?e , auteur de toutes les fables des dieux, vécut avant Homère. 18" La même supposition peut être admise à l’égard iV Hippocrate , dont on a couservé de grands ourrages en prose , qui ne pouvaient être retenus pur cœur comme les vers, et qu’il faut placer pour cela vers la même époque qw’ Hérodote. 19" I ossius a opposé, avec trop de précipitation, au/i//y'/o.t phe, Iroh prétendues inscriptions héroïques : rime d'Jmphitrijon , l’autre d'Hippocoon, et la troisième de Laomédon. 20" Homère ne fait jamais mention des lettres grecques vulgaires, et il dit que répîlrc adressée par
DiaitizeûCy- .)Oak
PREUVES PHIEOLOGIQUES, ETC.
PrcetuskEuryaleix('\(i écrite en (ri]ii.if.-:a..^\o/lristnrciue corrigea tes poèmes d’Homère , qui contiennent aujourd’liui encore un grand nombre de dialectes variés et de locutions impropres. 22° On ne connaît pas la patrie d'Homère. 23° Presque tous les peuples de la Grèce voulaient qu'il fût né parmi eux. 24° Nous avons montré combien il est vraisemblable que V Homère, auteur de V Odyssée naquit dans la partie occidentale du midi de la Grèce, et que 17/o»tère, auteur de Y Iliade, est né dans la partie orientale et septentrionale de cette même contrée. 23° On ignore l’époque de sa vie. 26° Les opinions k cet égard sont si diverses, que les uns la placent k l’époque de la guerre de Troie, et les autres quatre cent soixante ans plus tard, au temps de Numa. 27° Denys Longin , ne pouvant se dissimuler la différence de style des deux poèmes <f Homère, dit que ce poète composa Y Iliade dans sa jeunesse et YOdyssée dans un âge très avancé. N’est-il pas merveilleux que l’on connaisse ainsi les circonstances de la vie d’un homme dont on ignore la ^a^rie et Yépoque? 28° Nous refusons d’aqouter foi k Hérodote, lorsqu’il nous raconte avec de si minutieux détails la vie d'Homère; ainsi qu’a Plutarque, qui pourtant eu SJi qualité de philosophe, est plus sobre de détails <\\Y Hérodote. 29° Peut-être Longin imagina-l-il qu’//omère avait composé Y Iliade dans sa jeunesse et YOdyssée dans un âge mûr, parce que le premier de ces poèmes peint la colère A'.Tchille et le second la ruse éYl lysse. 30" La tradition qui nous représente Homère comme privé de la inie, nous rend raison de son nom qui signifie aveugle on langue ionienne. 31° Homère raconte que les poètes qui chantent au.r banquets des seigneurs .sont aveugles; aussi nous montre-t-il un aveugle chantant k la table d' Âlcinoüs et un autre aveugle égayant le souper des amans de Pénélope. 52° Les avc^igles sont considérés comme jouissant d’une mémoire prodigieuse. ôâ^Oii croit généralement qu’Homèro était pauvre, et qu’il parcourait les marchés de la Grèce en chantant ses propres poèmes.
~AK Mv. ni. — np. i.a DivCorvr.RTP du véritam.p iinvitRE
Découverte du véritable Homère.
Nous n’avions pas réfléchi a toutes ces choses avant de publier notre première édition de la science nouvelle; et plusieurs personnes sages et éclairées doutèrent, en la lisant, de Vexistence (TlJomère. Nous-mêmes, appelés dès lors îi méditer plus sérieusement sur ce sujet, nous nous sentons aujourd’hui invinciblement portés h croire qu’il en est à’ Homère comme de la guerre de Troie, qui donne, il est vrai, SiVhistoire une précieuse époque, mais qui n’a pourtant jamais eu lieu. Si nous ne possédions pas A' Homère plus de vestiges que de la guerre de Troie , nous affirmerions volontiers qu’//om^rc n’a été qu’un jsoéêe imaginaire. Mais tes poèmes qui nous sont restés attestent qu’il y a quelque chose de vrai dans le personnage du poète. Bornons-nous donc à voir dans //omére un caractère héroïque, ou un type des Grecs qui parcouraient le pays en chantant leurs propres aventures.
Toutes les eboses qui s’accordaient mal avec Homère, tel qu’on
l’a considéré Jusqu’Ici , sont en parfaite conformité avec Homère, tel que nous venons de le découvrir.
Nous nous croj’ons autorisés à expliquer de la manière suivante tontes les difflcultésreXaAXyesh Homère. 1" Les villes delà Grèce SC disputèrent l’honneur de lui avoir rforawé «aman ce, parce que \es peuples de ces villes étaient bien réellement eux-mêmes des Homéres. 2“ Les opinions varient relativement a Yépoque k laquelle il vécut, parce qu’il ne vécut que dans la pensée et dans la parole àci Grecs, à partir de \a guerre de Troie jusqu’au temps de iXuma, c’est-k-dire pendant l’espace de quatre cent soixante années. 5“ La cécité, d" \à pauvreté d'Homère, se rapportent au misérable état des ro/worfes. Ceux-ci étaientaucwÿ/es, ou,ce qui signifie la même chose, ils étaient des Homères ; ils excellaient par la mémoire; et leur pauvreté les contraignait k gagner leur vie en chantant des poèmes dont ils pouvaient se dire les auteurs, puisqu’ils faisaient partie du peuple qui en fournissait le sujet par V accomplissement des actions célébrées dans ces poèmes. b<> //ojnère composa r///orfe dans sa jeunesse, c’est-k-dire dans le jeune âge de la Grèce, lorsque celle-ci élait dominée par des
1>ÉC01'VERTE OU VÉRITABLE HOMERE. 3i5
jxusions ardentes , telles que Y orgueil, la colère, la vengeance, passions qui ne sup])orlent pas la dissimulation, qui se plaisent à la générosité et qui sont parfaitement représentées par Achille, le héros de la force. 11 composa YOdyssée dans sa vieillesse ou bien dans la vieillesse de la Grèce, lorsque, refroidie par la réflexion, mère de Y habileté, elle fut en état d’admirer Ulysse, le héros de la sagesse. Dans lu jeunesse d'Homère, les Grecs se livraient avec emportement aux mouvemens de la cruauté, de la grossièreté, de\& férocité et de la fierté; dans sa vieillesse, au contraire , ces mêmes peuples goûtaient le luxe d'Alcimüs, les délices de Calypso, les plaisirs de Circé, les chants des Sy rênes, les amusernens des prétendants, et s'efforcaient de vaincre la chasteté des sages Pénélopes.bes, mœurs û dilférentes ne semblent pas pouvoir se rencontrer dans le même peuple et o laméme époque; aussi, ne sachant comment résoudre cette difficulté, Platon supposa queces coutumes barbares et dégoûtantes étaient lefruit de Yimagination d’Homère; mais il ne songeait pas qu’il faisait , ainsi d'Homère un législateur absurde et w/imora/,’puisque tout en condamnant ces xisages, \\ ne laissait pas de les enseigner, h\tant ainsi la marche des Grecs vers la corruption, résultat dernier de toute civilisation païenne. G° Il est ainsi démontré que Y Homère auteur de l’//tade, précéda de beaucoup Y Homère auteur de Y Odyssée. 7° il est démontré aussi que le premier naquit dans la partie orientale et septentrionale de la Grèce, où était placée la ville de Troie, dont il chanta la guerre, et le second dans la ]>arlie occidentale du midi de la Grèce, oùije royaume d'Uly.sse était situé. 8" Homère, ainsi perdu dans la foule des peuples grecs, esi naturellement justifié de toutes les accusations que lui ont values:9<>la6osscsse de .scs sentences,!!)® lagrossièreté des mœurs de ses héros. II® le choix de ses images, 12® ses idiotismes, 13® la licence de son mètre, \ i® la variété de ses dialectes, la® sa manière de confondre les dieux avec les hommes et les hommes avec les dieux. Denys Longinae peut expliquer \es fables d'Homère qu’au moyen d'allégories philosophiques , parce qu’il ne peut supposer que dans leur signification directe elles aient contHlmé k la civilisation de ta Grèce. Tous ces défauts, et le dernier surtout qui se développa lentement, apjmrtiennent aux peuples grecs eux-mêmes ; car les Grecs se
51 ü LIV. III. — DK LA DÉCOUVERTE DU VÉRITABLE HOUÈRE.
reprcsentcrent d’abord leurs dieux chastes, forts, pieux, justes el magnamines ; puis le temps ayant amené la confusion dans les fables el la corruption dans les mœurs, les hommes préférèrent adorer des dieux aussi pervertis qu’eux-mêmes, plutôt que d’avoir ii les craindre. 10“ Homère mérite les éloges el Yépithète A' incomparable (pY .'iristote el Horace lui décernèrent à l’envi, ainsi que tous les maîtres de Y art poétique. Horaxe se reproche de ne ps& être poète, cl d’être mauvais observateur des colores operum , c’est-à-dire de ce (pY Aristote appelle le mensonge poétique. Plaute, en effet, se sert delà locution obtinere colorem, pour signifier un mensonge qui a Yapparence de la vérité, ou une fable bien faite. 17» Homère a été en effet incomparable dans ses images effrayantes, 18“ dans ses descriptions de batailles sanglantes et de carnages, 19“ dans ses sentences empreintes dépassions sublimes , 20“ dans son élocution éclatante d'évidence et de vérité. Toutes ces qualités appartiennent proprement à l'âge héroïque des Grecs, dans lequel Homère fut un poète incomparable par la raison même qui l’empêcha d’être un philosophe. 21“ Ni \a. philosophie , ni Y art poétique , ni l’a;7. critique qui survinrent ne purent créer un poète d’un mérite égal h celui â'Homère. Celui-ci s’est mis en jK)ssession de ces trois grands éloges; d’avoir été : 22“ l’ordonnateur de la civilisation grecque; 23" le père de tous les autres poètes; 21" et la. source de toutes les diverses philosophies des Grecs. V Homère connu jusqu’ici n’avait droit à aucun de ces éloges, 1" parce qu’il n’élail venu que dix-huit cents ans après que Deucalion el Pyrrha avaient fondé par le mariage la civilisation grecque ; parce qu’il était postérieur aux poètes théologiens Orphée, Amphion, Musée, 14nus, et à d’autres poètes héroïques parmi lesquels les chronologistes placent Hésiode ; Cicéron, dans son llrutus, et Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, citent Philamon, Témiridas, Démodocus, Êpimènide, Aristée, etc., tous poètes héroïques‘AaléxlcaKlx Homère; 3“ loin de tirer leurs systèmes des fables homériques , les philosophes s’efforcèrent de les y faire entrer. Dans ces fables, la. science poétique donna auxp/ii/osopAes l’occasion de méditer sur leurs découvertes, et les moyens de les rendre accessibles au vulgaire.