HISTOIRE DES POÈTES DRAMATIOOES ET LYRIQUES
LM poèmes d’Homère sont deux grands trésors du droit naturel des gens en Grèce.
Noire découverte donne à Homère un mérite de plus : 25" celui d’avoir été le premier historien des Gentils que nous connaissions. 26° Ses poèmes devront dorénavant être considérés coinine deux trésors contenant les coutumes de V ancienne Grèce. U est arrivé des jooèmcs d’Homère la même chose que de la loi des XII Tables. L’opinion que ces Tables étaient un recueil de lois donné par Solon aux Athéniens et apporté plus tard èîAthènes h Rome, nous a tenus jusqu’ici dans \'ignorance del’/iwtoire du droit naturel des gents héroïques du Latium. L’habitude de considérer les poèmes homériques comme l’ouvrage d’un seul homme, poète éminent, nous a empêchés de connaître Y histoire du droit naturel des gens de la Grèce.
Histoire raisonnée dM poètM dramatiques et lyrlqaM.
Nous avons démontré que Vâge poétique se divise en trois parties, dont la troisième est occupée Homère ; la première étant celle des poètes théologiens ou des héros qui chantèrent des événemens vrais et sérieux; la seconde celle des poètes héroïques qui transformèrent ces récits en fables en les altérant et en les corrompant ; la troisiîme enfin , celle éé Homère qui les reçut telles qu’on les lui avait transmises, c’esl-k-dire altérés et corrompus. Notre critique métaphysique sur Yhistoire de Yantiquité la plus reculée, ou, pour mieux nous faire entendre, Yexplication dos idées qui se développèrent parmi les nations les plus anciennes, peut nous aider k discerner Yhistoire des poètes dramatiques de celle des poètes lyriques; histoire sur laf|uello les philologues n’ont pas répandu assez de lumières. Ils racontent, par exemple, que Amphion de Méthymne, poète très ancien des temps héroïques parmi les poètes lyriques, inventa le Dithyrambe et les Choeurs; qu’il introduisit les Satyres chantant des vers, cl que le dithyrambe était un chœur qui chantait les louanges de Bacchus en exécutant certaines évoltdions. Ils comptent aussi plusieurs poètes tragiques du premier ordre
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dans le temps de la poésie lyrique; et Dwgène Laërce afftrrae que la première tragédie consistait seulemeat dans un chœur. Quelques-uns font éé Eschyle le premier poèfc tragique, et Pausanias raconte que ce poète reçut de Pacchus l’ordre d’eVn're des tragédies. Horace dit, au contraire, dans son Ârt poétique, ([UC The.spis introduisit l’usage de déclamer des satires sur des cUariols dans le temps des vendanges, que Sophocle, nommé par Palémon X'Homère des poètes tragiques, succéda à Thespis, À (\\it Euripide , appelé par Aristote rpteyixû^oeroi, porta à sa perfection la tragédie. Ces mêmes philologues aflirmenl qu’.'/m/o/j/ta«e vécut aussi dans ce temps, et qu’il fut l’inventeur de la comédie ancienne, qui prépara la voie à la comédie nouvelle, dans laquelle Ménandre se rendit célèbre. Les uns placent /f/jopocra^e dans le temps desjooètesfra^iÿuesjlesautres au temps des jooèfes lyriques, tandis qu’il est hors de doute que Sophocle et Euripide vécurent avant la promulgation de la M des XII Tables, et que les poètes lyriques ne vinrent que plus tard. 11 est donc diflicile d’accorder aux chvonologistes q\x'JIippocrate fut contemporain des sept sages de la Grèce.
Nous serons donc forcés de reconnaître qu’il y eut detix sortes de poètes tragiques, de même qu’il y eut deux sortes de poètes lyriques. Les plus anciens de ceux-ci furent sans doute les auteurs des hymnes à la louange des dieux, tels que les hymnes en vers héroïques attribués à Homère; puis les poètes lyriques chantèrent comme Achille les louanges des héros morts. Chez les Latins aussi, les premiers poètes furent les auteurs des vers salions {saliari), hymnes chantés par les prêtres dans les fêtes des dieux. Ces vers étaient appelés salii, peut-être parce qu’on les chantait en sautant, comme l’on sautait en chantant \es premiers chœurs des Grecs. Us ont quelque rapport avec les vers héroïques, et ils forment pour nous les plus anciens débris de la langue latine. 11 est conforme à Vordre gardé par les peuples dans leur développement que les premières louanges célébrées par eux aient eu les dieux pour objet; aussi, h Mépoqwe du retour de la barbarie, les prêtres, qui seuls étaient lettrés, ne composaient que des hymnes sacrés. Plus lard, c’esl-k-dire dans les temps héroïques, les peuples durent n’admirer et ne célébrer par leurs chants que les exploits des héros, tels Achille. . Im-
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phion de Méthtjmne, Vinventeur du dithyrambe, de celte première éftattcAe delà tragédie écrite en vers héroiques,q\x\ furent la première espèce de vers clianlés par les Grecs, appartint donc ii cette classe de poètes lyriques. Ce dithyrambe (TAmphion aura été la première satire, à propos de laquelle Horace commence à parler de la tragédie. Les seconds poètes lyriques, dont Pimlare est le prince, furent surnommés Méliques, et ils employèrent ces vers que les Italiens nomment encore airs de musique. Ces vers succédèrent, selon toute ap|>arence, aux iambiques, comme ceux-ci avaient succédé aux héroïques. Pindare vécut dans |les beaux jours de la Grèce , lorsque les poètes lyriques chantaient anxieux o/ÿwijD/ç'aes. Horace vécut du temps d'Auguste, c'est-à-dire dans le temps de la splendeur romaine; et la poésie mélique a été adoptée |iar {'Italie dans ses jours de mollesse et d’affaiblissement.
Les poètes tragiques et les poètes comiques suivirent la marche que nous allons tracer. Thespis d’une part et Amphion de l’autre inventèrent en même temps la sa/ire ou la tragédie ancienne, qui était jouée dans le temps des vendanges par des satyres, c’est-à-dire par des hommes grossièrement déguisés, au moyen de peaux de chèvres dont ils se couvraient les jambes et les cuisses, de jus de raisin, dont ils se teignaient la figure et la. poitrine, et de cornes dont ils ornaient leur tête. Peut-être est-ce là ce qui valut aux vendangeurs la vieille épithète de cornus, et ce qui fit penser que Bacchus avait ordonné à Euripide de composer des tragédies. Rien de. tout cela ne doit nous étonner , si nous réfléchissons qu’à la même époque les héros considéraient lesplébéiem comme composés d’une nature double, moitié /towiffies et moitié boucs. Peut-être le mot fragrérfte vient -il du don que l’on faisait d’un chevreau, rpàyot , aux acteurs les plus distingués, et la tragédie elle-même tiret-elle son nom de ces premiers chœurs de satyres. La satire a conservé son caractère mordant et insultant , parce que les paysans, ainsi déguisés, et montés sur des chars , avaient la faculté de parler librement à leurs mailres, comme le font encore aujourd'hui nos vendangeurs. Les érudits ont imaginé le dieu Pan (‘omme le représentant de l'univers, et cela parce que le mol rw signifie tout; ils ftnl aussitôt décrété que les. parties^
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basses et couvertes de poils de son corps, signifiaient la terre ; que sa poitrine et sa figure, fortement colorées, représentaient le feu, et que les cornes dont sa tôte est ornée, étaient l’image du soleil et de la lune. Mais les Romains nous ont conservé la véritable historique de la fable de Pan, dans le mot
même de so/ym qui désigne, au dire de /’esÏMS, un mets composé de plusieurs espèces de choses; d’où l’on a dit : lex per satyram, une loi contenant différents chefs. Nous sommes obligés de nous en rapporter pour \n satire à la définit ion que
nous en donne Horace , puisque nous n’en avons aucune des Grecs ni des Latins. La satire donc, telle qu’^orace nous la décrit, était jouée par des personnages représentant des dieux, des héros, des rois, des artisans et des serviteurs. Plus tard, Eschyle porta sur la scène la tragédie moyenne, c’est-îi-dire qu’il fit agir des personnages humains h la place des dieux et des héros, et qu’il \xa.oiioxma.\es chœurs de satyres A' Amphion , en chœurs chantés par des hommes. La tragédie moyenne doit être considérée comme le premier essai de cette comédie ancienne, cpn mettait en scène de grands personnages, et b laquelle les chœurs convenaient parfaitement. Sophocle ci Euripide survinrent, qui perfectionnèrent la tragédie. Aristophane mit fin k la comédie ancienne par le scandale de la perle de Socrate; et Ménandre remplaça la comédie ancienne par la nouvelle, dont les personnages, '.quoique imaymatres, étaient censés représenter des hommes privés dont rexistence supposée pouvait exciter l’intcrét du public. Dès lors le chœur, qui représentait \q public, et qui ne devait, par conséquent, s’entretenir que des affaires pntbliques, cessa d’intervenir. La sa</re fut donc composée en uers héroïques, ainsi qu’elle demeura chez les Latins, parce que les premiers peuples parlaient ainsi. La tragédie fut composée en vers iambiqves, parce qu’elle survint à une époque où les peuples faisaient babituellement usage de cette espèce de vers. I-a comédie, enfin , n’eut pas de rhythme particulier, parce qu'ii l’époque de sa formation , les races avaient abandonné le langage poétique pour la prose. ; elle se servit pourtant du vers iambique comme de celui qui était emplo.yé par sa sœur la ira-, gédie. Le vers iambique convenait certainement à la tragédie , puisqu’il exprime admirablement la colère. Aussi dit-on qn’.^r-
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chiloque l’invenla pour donner un libre cours à sa fureur contre Lycambe, qui lui avait refusé sa fille en mariage, et que poursuivant ainsi \tpère et \&ftlle de ses poétiques injures, il les porta à se donner la mort; cc qui nous semble plutôt Yhistoire dune dispute héroïque survenue à l’occasion des mariages , et dans laquelle les plébéiens révoltés auraient massacré les nobles et leurs filles.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas facile de comprendre comment un rhythme violent, rapide et agité, qui a été choisi pour rendre les passions tragiques et pour composer un poème plus grand (au dire de Platon) que Y épopée elle-même , ait pu convenir k un genre de poèmes aussi délicats que la comédie, ni qu’un même instrument pût servir k exprimer la rage, la tendresse, et les^cwa:. Il faut donc reconnaître que la comédie n’a pas choisi le vers iambique, mais qu’elle l’a adopté comme le seul qui se présentât k elle. N’ayant jamais défni les poètes tragiques et les poètes lyriques , les chronologistes tombèrent dans une erreur grave en plaçant Hippocrate (qui vécut à peu près en même temps rgY Hérodote ), k l’époque des sept sages de la Grèce. Hippocrate vécut dans un temps où les fables étaient encore employées dans le discours, comme nous le voyons par sa vie qui en est parsemée. Hérodote entremêle aussi de fables ses récits, et l’un écrivit ses histoires, l’autre ses livres de médecine non seulement en prose, mais même avec le secours des caractères vulgaires.