DE LA MARCHE DES NATIONS
Apivs avoir établi dans notre /wernier livre les principes de cette science; après avoir découvert dans le second Y origine de toutes les choses humaines et divines, et avoir démontré dans le troisième que les poèmes d’Homère renferment Yhistoire du droit naturel des Grecs, comme la loi des XII Tables rend témoignage en faveur de l’existence du droit naturel des gens dans le Latium , il nous reste, dans ce quatrième livre , à donner aux axiomes que nous avons énoncés , au sujet de l'Aistoire idéale et éternelle, l’appui de la philosophie et de la phi- ^ lologie, afin de connaître la harcue uniforme des nations. Nous adoptons la division des trois âges établie par les Égyptiens^ savoir: Y âge des dieux, Yàge des héros et Yâge des hommes , parce que nous avons remarqué chez toutes les nations , trois espèces de natures. Ces natures produisent trois espèces de mœurs; celles-ci trois espèces de droit naturel des gens, lesquelles produisent k leur tour, trois espèces â' états civils ou de républiques. Pour se communiquer ces trois espèces de choses majeures, les hommes réunis en société composèrent trois espèces de langues et trois espèces de caractères, après quoi ils se procurèrent trois espèces de juidsprudences , qui durent, pour y donner leur sanction, être assistées de trois espèces d’autorités, et de trois espèces de raisons ou de droits, au moyen desquels se formassent trois espèces de jugemens. Ces trois unités spéciales, qui en renferment plusieurs autres que nous énumérerons dans le courant de ce livre, vont toutes aboutir daus une utilité générale, ijui est Ywiité de la croyance religieuse , eu une divinité providentielle, unité de Yesprit distributeur de la
TROIS ESPÈCES RF. MdF.t'RS.
forme et rie la rie îi co monde des nations. Nous avons parlé séparéinenl de toutes cesclioses, et nous allons maintenant les h rassembler suivant l’orrfreij'Mi leur convient.
Trois espèces de Batares.
' La première nature, résultat d'une puissante erreur de Ttwiagination, de cette faculté d’autant plus vigoureuse que la raison est plus faible, la première nature, disons-nous, fut une tmture poétique ou créatrice, ou, qu’on nous passe l’expression , divine; car elle transforma Æ après son idée les corps en substances animées par les dieux. Cette nature fut celle des poètes théologiens, les plus anciens sages de toutes nations païennes, qui vécurent k l’époque où toutes ces nations se formèrent, d'après leur croyance eo certains dieux propres k chacune d'elles. La nature de ces nations était d’ailleurs sav âge et cruelle; mais dominées par terreur de leur imaginât elles craignaient ces mêmes dieux qu’elles avaient créés. (Ttsv là l’origine de ces deux vérités éternelles : que la religion est le seul moyen assez puissan t pour dompter la barbarie des peuples, et que les religions produisent leur effet lorsque les hommes qui les enseignent y croient. La .seconde nature a été la nature héroïque, k laquelle les héros attribuèrent une origine divine. Imaginant, en effet, que tout était l’oMwagre des dieux, les héros en concluaient qu’eux- mêmes, engendrés sous les auspices de Jupiter, étaient les enfans de ce dieu, et ils placèrent avec justice la noblesse naturelle dans celle descendance. Les héros SC considéraient donc comme les princes de t humanité, et regardaient comme des brutes les hommes abandonnés des dieux, échappés aux disputes que causait parmi eux la communauté des femmes, et venant se réfugier dans les asiles. La troisième nature est la nature humaine intelligente, modeste, douce et raisonnable, par conséquent obéissant k la loi de la conscience, de la raison et du devoir.
Trois espèces de meenrs.
Les premières mœurs furent remplies de piété; telles que nous les voyons dans Deucalîon et dans Pyrrha. Les secondes furent