MV. IV. — DE I.A MARCHE DES NATIONS
auxquels elles rapportaient toutes les qualités parlioulières appartenant k chacun d’eux. On rapportait par exemple à Jupiter tout ce qui concernait les auspices ; à Junon tout ce qui concernait les mariages solennels , et ainsi des autres. Les seconds caractères ont été les caractères héroïques, et, de même que les premiers, ils étaient composés &'universaux fantastiques, auxquels se rapportaient les différentes espèces de stgets héroïques : il Achille, par exemple, tout ce qui concernait les forts guerriers, k Ulysse tous les avis des sages. Lorsriue Y esprit humainse fut habitué h abstraire sujets leurs /ornes et leurs çwa/tïe's propres,
ces genres fantastiques devinrent des genres intelligibles, et passèrent en cette qualité aux philosophes, qui les transmirent toujours en cette qualité ou comme les images des mœurs humaines, aux auteurs de la comédie nouvelle , qui , k leur tour, et dans le temps de la grande civilisation grecque, en firent les personnages de leurs comédies. Survinrent enûn les caractères vulgaires qui marchent Aepair avec les langues vulgaires; car de même que ces caractères sont formés de paroles que l’on pourrait nommer les genres des qualités particulières formant, d.^ns l’origine, les langages héroïques, de même, disons-nous, les nombreux hiéroglyphes (les Chinois en comptent cent vingt mille) se trouvèrent réduits k quelques lettres, et ces lettres devinrent comme des genres auxquels se rapportent toutes les paroles. Cette invention est, en vérité, digne d’un esprit plus ({w'humain, et c’est pourquoi .Mallinckrot ci Ingewald Elingius la considérèrent comme le résultat d’une inspiration divine; c’est pourquoi aussi plusieurs peuples en attribuèrent le bienfait k des hommes privilégiés de Dieu, et qui excellaient dam les choses divines. Aussi Ange Itoca, dans sa bibliothèque du Vatican, où il a
représenté en peinture lesauteurs deslettres vulgaireset leursalpha-
bets, rapporte-t-il que saint Jérôme avait enseigné l’écriture aux Ulgriens et saint Cyrille aux Slaves. Mais cette opinion ne peut supporter l’examen ni fournir une réponse k la question suivante: rourquoi auraient-ils enseigné à ces peuples des lettres difl’érenles de celles dont ils sc servaient eux -mêmes? De 1a même manière, Cadmus, qui passe pour avoir apporté de la Phénicie en Crèce la science de l’écriture, aurait enseigné aux Grecs des lettres complètement différentes des lettres phéniciennes. Mais
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les lettres et la parole sont 1a propriété du vulgaire dont elles portent le nom , et c’est pour cela que les peuples en possession du langage et de Y écriture sont les maîtres des lois; c’est-à-dire que la faculté qu’ils possèdent de contrôler l’inlerprétalion donnée par les chefs à la loi, constitue pour eux la liberté. Les monarques ne sont pas autorisés à s’emparer de ce droit populaire, mais ce droit impérissable des peuples contribue îi assurer la puissance des rois; car le prince fait la loi et \o peuple oblige les seigneurs à Yinterpréter suivant la convenance de tous. 11 faut conclure de tout cela que les républiques libres et populaires ont précédé les monarchies.
Trots espèces de Jarlspradences oa de sciences.
La première science ou jurisprudence consistait en une théologie mystique ou en une science du langage divin, au moyen de laquelle les mystères de la divination devenaient intelligibles. Ce fut là une science vulgaire des auspices. poètes théologiens en furent les premiers docteurs, comme ils furent Ics/iremiers savans des Gentils. Ils s’appelèrent wiys/a? , du nom delà théologie mystique, ci Horace les AéYmii interprètes des dieux. Ç,ci\.c jurisprudence adonné lieu h la première interprétation, au premier interpretari , ou, pour mieux dire, interpairari, mol qui signifie entrer ou pénétrer dans les Pères, c’csl-ii-dire dans les dieux pour en connaître la pensée. D’après celle jurisprudence , rien n’était jirsie que ce qui était légalisé par les cérémonies sacrées ; d’où est venu le respect superstitieux (luc professaienlles /tomafwspourles actions de la loi, ainsi que l’application des locutions justæ nuptiæ , justum testamentum aux mariages et aux testamens solennels. La seconde jurisprudence a été héroïque. Elle se composait de certaines cautèles dont Wÿssefit si bonusagequ’il parvint toujours îi/mnj9er saus»ie?i/;r. Aussi toute l’habileté des smc\cnsjurisconsultes romains était renfermée dans le mot cavere, et ce qu’ils appelaient de jure respondere, n’élail autre chose qu’un avertissement donné à ceux qui devaient faire valoir leurs droits devant le préteur, a.Y\ii qu’ils jirésentassent les faits de telle /aço» que les formules des actions ou les termes de la loi s’y adaptassent d’eux-mémes, et que le pré-