‹ La science nouvelleChapitre 68 sur 106 · Ô2 LIV. IV. — DE LA MARCHE DES NATIONS · texte numérisé non relu

Ô2 LIV. IV. — DE LA MARCHE DES NATIONS

conformes à la nature des hommes gouvernés, parce que celleci est la cause de ceux-là. Les Lois devant être administrées selon la forme des gouvememens, il est bon de les interpréter d’après cette forme même, et c’est là précisément ce que les^wrisconsultes et les interprètes, aussi bien que les historiens de Rome, semblent avoir négligé de faire : tous nous apprennent en effet les lois imposées à la République, mais aucun ne nous parle du rapport que ces lois devaient avoir avec la forme de gouvernement à laquelle elles étaient destinées. Les faits nous apparaissent ainsi dépouillés de leur cause; c’est ce qui amena Jean Bodin, jurisconsidte aussi savant que politique habile, àdéclarerque tous les événemens accomplis à Rome, pendant la durée de la liberté populaire, sont le fait d’îme république aristocratique; vérité seulement devinée par Jean Bodin, mais démontrée par nous. — Si l’on demande à ces prétendus décorateurs de V histoire du Droit romain : pourquoi \a.jurisprudence ancienne fit-elle une si rigoureuse application de la loi des Douze Tables? Pourquoi la jurisprudence moyenne ouseconde réussit-ellekla tempérer, sans pourtant \' enfreindre, par les édits des préteurs? Pourquoi la junsprudence nouvelle ou dernière se déclare-t-elle sans détour la généreuse protectrice de X équité naturelle? Ils répondront, en portant atteinte à la générosité romaine, que les rigueurs, les solennités, la subtilité des interprétations, et le secret des lois, étaient autant de subterfuges employés par les nobles pour conserver la garde des lois et le pouvoir qui en était la conséquence; tandis que, loin d’être le fruit de Vimposture, ces coutumes furent le résultat de la nature même des premiers nobles et amenèrent la composition des états aristocratiques, seuls gouvememens possibles à cette époque. Car, avons-nous ilil, les premiers hommes sauvages et féroces furent soumis à (les gouverTiemens divins et à des lois sacrées ( ce qui veut dire la mi'rnc chose que cachées ou secrètes), par un bienfait de la Rroridence, et ces lois étaient rendues dans un langage muet , c’est-à-dire au moyen de solennités sacrées qui demeurèrent attachées aux actes légitimes ou légaux, et qui étaient considérées comme aussi nécessaires à la communication des idées et des besoins des hommes que le sont aujourd’hui les paroles ou les gestes. Les états civils «t aristocratiques succédèrent aux pre-

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