LIV. IV. •— DE L\ MAHCHE DES NATIONS
ques qu’il y avait de nom, puisque, à l’époque des langages muets ou hiéroglyphiques , les noms devaient servir d’enseignes aux familles , ainsi que cela s’est trouvé dernièrement chez les Américains. Les enfans et tous les serviteurs d’un père de famille étaient représentés sous l’image de la personne ou sous le masque de ce père. Tous les agnats et tous les parens étaient compris sous un nom réel , ou sous l’enseigne de la maison; et cela nous explique pourquoi Ajax était appelé la tour des Grecs., comment Horace suffit seul à défendre un pont contre t armée des Toscans, et comment, h V époque du retour de la barbarie, quarante héros normands chassèrent de Salerne toute l’armée des Sarrazins. Ceci nous donne l’explication de la force extraordinaire des paladins français qui étaient véritablement des princes souverains, ainsi que des exploits du comte Roland, dont l'Allemagne est encore remplie. La raison de toutes ces choses se trouve dans les principes de la poésie que nous avons indiqués plus haut. En effet , les auteurs du droit romain, incapables au commencement’de comprendre les universalités intelligibles, créèrent des universalités fantastiques, dont ils portèrent les noms et les personnes dans le forum, de môme que les poètes composèrent, par 1a suite, l’art de porter les personnages et les masques de ces universalités fantastiques sur le théâtre. Il ne faut pas croire que le mot persona soit venu de personare ou résonner partout, et il ne semble pas probable que dans les théâtres très petits des premières villes, et lorsque les spectateurs étaient si peu nombreux qu’au dire d'Horace on pouvait aisément les compter, il fût nécessaire aux acteurs de se mettre un masque pour augmenter le volume de leur voix. Et d’ailleurs, la quantité de la syllabe s’oppose à cette étymologie ; car si le mot dérivait de son, il devait être bref. Nous croyons plutôt que le mot persona dérive de personari, qui devait signifier se vêtir des dépouilles des 6é#es/éroce.v (privilège appartenant aux seuls héros) puisque nous avons encore le verbe opsonari, qui dut signifier, dans ces premiers temps, se nourrir de chairs sauvages prises à la chasse; chairs qui formaient sans doute les repas opimes dont se régalaient les héros de, h irgile. Les premières dépouilles opimes se composèrent probablement de la peau des hétes férnves tuées par les h(‘rns, tians les pmn/ére.v
DÉFINITION DE L’aNCIEN DROIT ROMAIN, ETC. 367
guerres qui eurent lieu contre les bêtes féroces menaçant la vie (les héros et de leurs famiUes.kn?&\ les poètes nous représententils les héros vêtus des peaux des bêtes féroces comme de leurs dépouilles. Voilîi d’où vient, selon nous, le nom Ae personnage, que l’on donne aux gens liant placés. Toujours incapables de comprendre les formes abstraites, les premiers peuples leur attribuèrent des formes corporelles qu’ils animèrent d’après la connaissance de leur propre nature. Vhérédité devint pour eux la maltresse des choses héréditaires, et ils croyaient la reconnaître tout entière dans chacune des choses héréditaires; et c’est ainsi qu’ils présentaient au juge un épi ou une motte de terre du champ contesté, en les désignant dans la formtde de la revendication par ces mots : IIdnc fundum. Ils sentaient , quoique confusément, que les drotfs étaient indivisibles, et nous avons dit avec raison que \' ancienne jurisprudence était iths poétique , puisqu’elle supposait vrais les faits qui ne l’étaient pas, et qu’elle refusait d’admettre comme vrais les faits qui l’étaient en effet ; qu’elle considérait les vivons comme morts, cl les 7norts comme vivons dans leurs héritages; qu’elle créa un grand nombre de masques l'agues clsans sujets, appclésy«m imaginaria ou droits figurés par l’imagination; et qu’elle fil dépendre toute &a. gloire, de son habileté h trouver des fables qui conservassent à la loi sa. gravité et qui prêtassent aux faits l’appui du droit; de sorte que toutes les fictions de V ancienne junsprudence ne furent que des vérités masquées ou déguisées; et que les formules interprètes de la loi étaient appelées cnrwfwa, à cause de leur mesure rhythméc et dunombre déterminé de paroles dentelles devaient être composées-, c’est ce que nous dit Tite-Uve au sujet de la condamnation portée contre Horace, et ce qui nous est confirmé par un passage de VAsinaria de Plaute, lorsque Diabolus déclare que les parasites sont de grands poètes, parce qu’ils sont les plus habiles h trouver des cautéles et des formides , c’est-à-dire des carmina. Uépétons donc ce que nous avons dit au commencement de ce chapitre, savoir que Vancien droit romain a été un poème sérieux représenté par les Romains dans le Forum, et que Yancienjie jurisprudence a été une poésie sévère. C’est pré- •■isémcnl ce a quoi J ustinien faisait allusion dans son Proœmium des institutes en disant : antiqi i Jtitis i adci as; et quoique lui-