‹ La science nouvelleChapitre 93 sur 106 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Les ctiOHM bamaine» se répètent lorsque les nations se renouvellent.

Nous avons indiqué mainte fois la merveilleuse conformité qui existe entre les temps de la première barbarie et les temps de la seconde; mais nous voulons enfaire ici le sujeld’un livre particulier, afin d’éclairer les temps de la seconde barbarie, plus obscurs encore que ceux de la première, nommés pourtant, par Farron V Érudit, les temps obscurs ; et afin aussi de démontrer comment Vexcellent et très grand seigneur Dieu a fait servir les conseils de ^providence îi l’exécution des ineffables décrets de sa grâce k l’éj^ard des nations.

Après avoir établi par des voies surhumaines la vérité de la religion chrétienne, par la vertu des martyrs la supériorité de sa force sur la force romaine, par les miracles et les livres des Pères la supériorité de sa sagesse sur la sagesse grecque. Dieu connaissant les combats que la religion allait avoir k soutenir contre de nouvelles nations armées, permit qu’tm nouvel ordre de civilisation s'établit parmi les hommes, et l’aidât à y occuper la place qui lui était réservée. C’est dans ce but qu’il ramena les temps véritablement divins, auxquels les rois catholiques défenseurs et proteeteurs de la religion chrétienne revêtaient la daJmatique des diacres, et consacraient à Dieu leurs personnes royales, ce qui fait qu’aujourd’hui encore ils portent le tiire de Majestés sacrées. Ils recherchèrent les dignités ecclésiastiques, comme nous le voyons dans la généalogie des rois de France de Symphorien Champier , où il est dit que Hugues Capel se faisait appeler comte et abbé de Paris. Nous trouvons aussi lions les annales de r,ovrgogne tic Paradinon de très anciens

nÉPÉT. SISIULT. I»ES Cil. HUM. ET DES NATIONS. 373

écriLs dans lesquels les princes français sont eoramimément nommés ducs et abbés, ou comtes et abbés. Les premiers rois chrétiens fondèrent des ordres religieux armés, moyennant lesquels ils rétablirent dans leurs royaumes la religion chrétienne et catholique sur les ruines de YaHanisme, qui infectait, nous dit saint Jérôme, le monde entier, ainsi que sur celles des Sarrasins et d’autres infidèles-. Ce que les peuples héroïques appelaient pia et pura bella, se renouvela alors. Aussi voyons-nous toutes les puissances chrétiennes porter sur leurs couronnes un globe surmonté de la croix, qu’elles avaient d’abord déployée sur leurs étendards dans les guerres des Croisades. Remarquons en passant un exemple de la merveilleuse conformité des deux barbaries. Les anciens hérauts, evocabant deos hors des villes auxquelles ils déclaraient la guerre, au moyen de la formule élégante et lumineuse que Mactobe nous a conservée; usage qui faisait croire aux anciens peuples que les vaincus demeuraient sans Dieux, et par conséquent sans auspices, ce qui était, avons-nous dit, le principe de ce droit héroïque qui dépouillait les vaincus de tous les droits civils, publics et privés dépendons des auspices divins. Nous trouvons la conflrmation de notre hypothèse dans la formule des redditions héroïques, dont Tarquin Y Ancien fit usage envers la ville de Collatia, d’après laquelle les vaincus devaient .aux vainqueurs divina ET HUMANA OHNiA. Lcs bclitbares modernes aussi, avaient soin d’abord de rechercher et d’emporter les reliques cachées dans les villes conquises; de sorte que les vaincus s’empressaient d'enterrer et de dérober ces trésors à tous les regards. Les corps des saints étaient ordinairement enfermés dans l’endroit le plus reculé de Yéglise, et l’usage de racheter des vainqueurs les cloches de la ville conquise est demeuré jusqu’à présent. \YE\irope, YAfrique et YAsie furent envahies dès le cinquième siècle par des peuples barbares et ennemis de la religion chrétienne. Les vainqueurs et les vaincus ne pouvaient s’entendre, et l’ignorance des premiers dans la science des lettres est cause que l’on ne trouve aucun écrit de ce temps en langue vulgaire, ni italienne, ni française, ni espagnole, ni même allemande. L’Arentinus, dans ses Annales Bojouum, prétend que l’on ne rédigea pas de diplômes dans ces langues avant le règne

374 MV. V, — nÉPÉT. SIHULT. DES CH. HL'M. ET DES NAT.

Frédéric de .ÇoMnte; d’autres disent que ce ne fui [las avant ravénenienl de Hudolphe d'Autriche. Jusque-là toutes les écritures se faisaient eu latin barbare qui n’élail compris que par un très petit nombre de nobles, tous ecclésiastiques} co qui nous porte à croire que, dans ces temps malheureux, les nations étaient retombées dans le mutisme. Celle pauvreté de lettres vulgaires dut rcmcllre en iisiigc Véçriture hiéroglyphique des empreintes du blason, aün d’indiquer du moins le propriétaire, de chaque maison, de chaque tombeau, de chaque territoire cl de cha(iue troupeau. On vil aussi reparaître \osjugemens divins sous le nom de purgation canonique; les brigandages héroïques donnèrent au nom de corsaire un nouveau lustre, et en lircnl un litre de noblesse, comme jadis pour les héros celui de voleur ou de larron. Los représailles héroïques, qui durèrent jusqu’au temps de Bariole, reparurent a l’occasion des guerres, qui, semblables aux premières guerres antiques, n’étaient que des de religion. \2 esclavage héroïque reparut aussi,

et il fut long-temps établi parmi les nations chrétiennes, qui, n'accordant point de dieux aux vaincus, les considéraient comme des bêtes. Celte o/)/n/o» subsiste encore parmi les c/« ré-. tiens et les Turcs à l’égard les uns des autres ; si bien que le nom même de turc signilie chien, et que les chrétiens n’emploient le nom de musulmans ou de vrais croyuns, que lorscju’ils veulent témoigner a ceux-ci quelque condescendance. Quant aux Turcs, ils appellent \es chrétiens, qmr es. Mais ce qui est plus merveilleux que tout le reste, c’est de retrouver dans la seconde barbarie ces premiers asiles du monde ancien, dans lesquels, selon Tite- J.ive, les premières villes auraient été fondées. Les violences commises dans ce retour de la barbarie étaient à peu près les mêmes, que celles dont les excès obligeaient les premiers hommes il se renfermer dans les cavernes, et Vabri contre les cffeLsde ces violences étant, comme autrefois, le sentiment religieux, ce fut auprès des liommcs professant ce sentiment, c’est-à-dire auj>rès des évêques et des abbés, que les persécutés allèrent abriter leur personne, leur famille cl leur avoir. C’est do là que sont venus les fiefs, et c’est ce qui explique pourquoi Y Allemagne, la plus barbare de toutes les nations européennes, compte moins de souverains séculiers que de souverains ecclésiastiques, tels

Page 1