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qu’évéqtiet et abbés, et pourquoi tous les princes souverains de France prenaient indifféremment le titre de comte et de duc, OU celui A'abbé, On trouve en Europe un très grand nombre de terres, de vüles et de châteaux désignés par des noms de saints ; parce que^ à l’époque du retour de la barbarie, on bâtissait sur des lieux élevés et solitaires, de petites églises servant aux besoins du culte et k la sûreté des chrétiens; et ceux-ci construisaient à l’entour de ces églises leurs chétives demeures. C’est pourquoi les plus anciens vestiges de cet étal de choses sont les rwlnes de certaines /JcOYcs églises, presque cachées dans des lieux d’un abord difficile. L’abbaye de Saint-Laurent dJAversa, à laquelle celle de Saint-Laurent de Capoue fut incorporée, gouvernait tant dans la Campanie que dans le Samnium, la Pouüleei V ancienne Calabre, depuis le fleuve Volturne jusqu’k la petite mer de Tarentc, cent dix églises, directement OU par l’intermédiaire d’un abbé ou d’un moine auquel elle commandait. Les abbés de Saint-Laurent étaient en môme temps les barons de presque toutes ces terres.
Betour des nations aux nefs dont la nature est éternelle < et a l’ancien droit romain R travers le droit féodal.
Après cette soumission volontaire de certains hommes au pouvoir protecteur des ecclésiastiques, on retrouve de nouveaux temps héroïques, dans lesquels reparaît h distinction entre la nature héroïque et la nature humaine. Hottman s’étonne que les vassaux rustiques soient appelés homines en langage féodal, et c’est de là que nous apprenons à connaître V origine des mots féodaux de hominium et homagium qui n’ont qu’une môme signification. Ilominium vient de hominis dominum, et paraît à Elmodius, si nous voulons en croire Cujas, plus élégant que homagium, abréviatif de hominis acidm, qui exprime le pouvoir appartenant au baron de conduire le vassal, ou l’homme, où bon lui semble. Les érudits en matière de jîefs ont transformé ce mot en celui de obsequium, qui exprime l’empressement de V homme à suivre le héros, partout où ce dernier voudra le conduire pour lui faire cultiver ses terres. Le mot obsequium ren-
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ferme dans sa signification la fidélité que le vassal doit au baron^ si bien, que Vobsequium des Latins exprime en même temps Y obéissance et la fidélité jurées dans {'investiture des fiefs, et que Vobsequium des anciens Romains comprenait ce que l’on appelait opéra militaris, ou ce que nos feudistes appellent militare servitium. Ce fut cet obseqium qui obligea si longtemps les plébéiens romains à servir les nobles dans leurs guerres à leurs propres dépens, et qui demeura imposé aux liberti ou aux affranchis. Vobsequium date du temps de la fondation de Rome par Romulus, au moyen des clientèles ou de la protection accordée dans son asile a.ux paysans journaliers ; de ces clientèles qui correspondent parfaitement aux fiefs modernes. Vorigine évidente des mots opéra e{ servitium sert à nous confirmer dans notre opinion à ce sujet ; car opéra, dans sa signification première , signifie le travail d’une journée de paysans; d’où les Latins ont donné à leurs paysansjle nom A'operarius, comme les Italiens leur ont donné celui de giornaliere , et nous avons vu Achille se plaindre d’avoir été traité par Agamemnon, ravisseur de siRriséis, comme un journalier o\i comme un ouvrier ne jouissant d’aucun des droits de citoyen. Les Latins dirent toujours greges operarum, ou greges servorum, parce que les ouvriers, comme plus tard les esclaves, étaient considérés par les héros il l’égal des bêtes, que l’on dit pasci gregatim. Les héros (lu' Homère appelle toujours pasteurs de peuples, furent probablement en premier lieu les maîtres et les conducteurs de ces greges operarum, et devinrent ensuite les pasteurs des troupeaux de bêtes; car le mot vôp? signifie, en grec, la loi et le pâturage, parce que ce fut la première loi agraire qui fournit la nourriture aux hommes considérés jusque-là comme des bêtes. Apollon était sans doute un des premiers pasteurs de peuples, puisqu’il nous est représenté tout h la fois, et comme le dieu de la lumière civile ou de la noblesse, et comme un berger de {' Amphryse. Le berger Paris était aussi un prince de la maison royale de Troie ; et nous voyons Homère donner le titre de roi au père de famille représenté surle bouclier â!' Achille, et qui ordonne,au moyen de son sceptre, \e partage du bœufrôti entre les moissonneurs. Los pasteurs de peuples paissaient véritablement leurs troupeaux, c’est-à-dire qu’ils donnaient la nourriture à leurs
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serviteurs; tandis que les bergers des trowpeaux d’animaux ne font que les conduire elles ÿardc/’.Lesmœurs pastorales n’ontpu s’introduire avant que la détermination des limites des premières villes, eût élevé un obstacle aux brigandages dont les temps héroïques présentent de nombreux exemples. Aussi voyons-nous la poésie pastorale gu la bucolique paraître chez les Grecs avec Théocrite, chez les Latins avec Firgüe, chez les Italiens avec Sannazar, c’est-à-dire au milieu d’une civilisation très avancée. Le mot de servitium nous indique que ces mêmes choses se sont renouvelées à l’époque de la seconde barbarie, lorsque le baron fut appelé senior, dans le sens de seigneur, et que les serviteurs nés dans la maison (ces mêmes anciens Francs, dont Bodin s’étonne si fort) remplacèrent les Femæ des anciens Romains, qui donnèrent le nom de Femaculæ aux langues vulgaires parlées par le vulgaire des peuples, ou par les plébéiens des cités héroïques. Nous avons dit ailleurs que la langue poétique appartenait aux héros ou aux nobles des premières républiques. Cet obsequium des affranchis qui formait la puissance des barons, s’étant relâché lorsque les guerres civiles obligèrent ces barons à se mettre dans une certaine dépendance à P égard des peuples, et les forces ainsi d ispersées se rassemblant facilement dans la main d’un seul homme dit souverain, cet obsequium, disons-nous, devint Vobsequium principis qui contient, au dire de Tacite, tous les devoirs des svgets dans les monarchies. Les seigneurs des jlefs furent appelés barons dans le sens de héros ou de viri, à cause de la différence supposée entre la nature héroïque et la nature humaine. Les Espagnols ont conservé au mot baron sa signification d'homme, et les vassaux, à cause de leur faiblesse, sont considérés comme des femmes. Nbùs venons de dire que le nom Ae seigneur donné aux tarons dérive du latin seniores,à!oô nous concluons que les barons composèrent les premiers parlemens publics des nouveaux Etats européens ; de même que les nobles vieillards AooiRomulus avait formé son conseiV avaient
reçu le nom de sénateurs. Ceux-ci étaient aussi appelés /mires,- et c’est de ce nom que vient celui de patroni, donné à ceux d’entre les patres qui accordaient la liberté à leurs esclaves ; de même (lue chez les Italiens le nom de padrone signifie protecteur. Celui de client signifiait, chez les Latins, vassal rustique. Ser-
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vius Tulliuê, dans son nouveau cens, fit à ces derniers toutes les concessions qui n’étaient pas absolument opposées aux lois de Romulus. Ce fut alors qu'ils prirent le nom A' affranchis, transmis plus lard par eux k la nation des Francs. Nous avons donc assisté au retour de l'inslilulion dc8,/îe/s, dont la source, commune k toutes les institutions nniverselles, se trouve dans l'utililé du ijenre humain; cl c’est pourquoi les érudits en matière de fiefs les nomment bénéfices. //o«ma7t raconte, mais sans en tirer aucune conséquence, que dans les guerres de celte époque les vainqueurs gardaient pour eux-mêmes les champs cidtivés des pays coTiçMïi, et donnaient aux pauvres vaincus les terrains incultes, k clmrgc de les défricher et d’en tirer leur subsistance, ce qui représente exactement la constitution des plus anciens fiefs. \æs, fiefs rustiques ei personnels furent naturellement les premiers k se reproduire, parce qu’ils correspondent aux clientèles de Romulus, que nous avons montrées répandues sur tout le monde ancien , et qui se sont conservées pendant la liberté populaire de Home, alors que les plébéiens, vêtus de toges, se rendaient le malin auprès des grands seigneurs pour leur faire leur cour, les gratifiant du litre propre aux anciens héros : Ave Rex ; qu’ils les accompagnaient au Forum, et qu’ils en recevaient la nourriture comme ils auraient pu la recevoir des pasteurs des peuples ou des anciens héros. Cès vassaux personnels furent probablement les premiers »?orfes des anciens /îomafns , dénomination qui passa plus lard aux détenteurs obligés, par un vadimonium, k suivre les demandeurs en jugement. Les origines de la langue latine nous enseignent que le mot vades dérive du mol vas ou P«î des Grecs. Les Barbares en firent rvas, d’où est venu celui de nassus d’abord , et celui de vassallus ensuite. Les contrées septentrionales , encore plongées dans une cfertaine barbarie , conservent un grand nombre de ces vassaux. En Pologne, où ils portent le nom de Kmetos, ce sont desesclaves, dont les seigneurs pa/«im.v font Venjeude leurs parfics, et (|ui passent avec leurs familles au service du gagnant. Les /?c/’s rustiques et réels succédèrent aux fiefs l'astiques personnels. .Servius Tullius les forma au moyenyle la première loi agraire, lorsqu’il institua le premier cens cl qu'il accorda aux plébéiens le domaine honilnire. des champs, auxquels les nobles les avaient
Digiti?. • .riijgle
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attacliés moyennant certaines charges non seulement personrwlles, mais réelles. Ce durent être Ikles premiers mancipes, dont le nom est demeuré aux détenteurs de biens immeubles soumis à des redevances envers le trésor. Ils rappellent aussi ces vaincus auxquels selon Hottman, \es vainqueurs accordaient les terres incultes et conquises, afin qu’ils en tirassent leur subsistance. Voilà donc les Antées recevant^leur force de la terre, qui reparaissent; voilà les dessus de V Hercule romain, délivrés jadis parla Un Petelîa, et qui se présentent sous les traits des vassaux ou des hommes liges ou liés, tels que les érudits en matière de fiefs les définissent : des serviteurs obligés de partager les inimitiés et les affections de leurs maîtres, tels qu’étaient les vassaux des anciens Germains, s’engageant par serment à travailler à la gloire de leurs seigneurs. Les rois vaincus devinrent aussi des vassaux liges, auxquels le peuple romain ; régna dono dabat, te qui équivaut à : Bénéficia dabat. Ces rois étaient admis à contracter une alliance inégale ou fædus inæquale*a\ec le peuple romain, dont ils étaient les rois amis, semblables aux courtisans de l’empereur, que l’on nommait souvent les amis de r empereur. Ceiie alliance inégale n’était, à vrai dire, que Vinvestüure d’un fief souverain, conçue dans les termes que Tite-Live nous a transmis en nous apprenant que certain roi allié : serva- RET MAJESTATEM popoLi ROMANI. NOUS voyons également dans le juriscoTisulte Paul, \e préteur faire droit à un plaignant : Servata majestate populi romani; c’est-à-dire faire droit ou refuser de le faire , d’après la loi.
Répétons encore une fois que ces rois alliés étaient des seigneurs de fiefs souverains soumis à une souveraineté supérieure; d’où il est arrivé que le titre de majestiî a été réservé en Europe aux grands rois, seigneurs de grands royaumes et de nombreuses provinces. Les emphytéoses, qui avaient amené la culture de la grande forêt de la terre, reparurent à la suite de ces fiefs ruraux; de façon que le droit de lods signifia également ce que le vassal payait à son seigneur, ci ce que Yemphyfeofe payait au seigneur rfireef. Lesanciennescfienfè/cs romaines reparurent à leur tour, et reçurent le nom de recommandation; et c’est pourquoi les vassa-ux furent appelés clients et les fiefs clientèles. I,c cens, semblable an cens institué par Sennus Tul-
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lias, et qui obligeait les plébéiens romains à suivre les nobles k la guerre, ne tarda pas k être établi une seconde fois ; et ce rapport des deux cens nous prouve que les vassaux, appelés aujourd’hui angarj ou perangarj , n’étaient pas autre chose que les anciens assidui romains, qui suis assibus milUabant, puisque, avons-nous dit, jusqu’k la promulgation de la loi Petelia , les nobles avaient le droit d’emprisonner dans des cachots privés les débiteurs plébéiens. On vit reparaître aussi les précaires. Elles avaient lieu à l’égard de certains terrains que les seigneurs accordaient aux paysans, afin que ceux-ci en tirassent leur subsistance, espèce de don que la loi des XII Tables n’avait jamais autorisé. Les libelli, ou permutations de biens immeubles , durent être établies k la même époque, parce que la barbarie, qui détruisit le commerce, en rendant la confiance impossible, n’inspira aux peuples de sollicitude que pour les choses nécessaires à la vie naturelle, et ne leur suggéra d’autres échanges que l’échange des rentes en nature, ou des fruits de \a terre qui poussaient dans leurs champs. Les mancipations reparurent aussi, et l’on vit pour la seconde fois les vacsaux placer leurs mains dans les mains des seigneurs en signe ^'obéissance et de foi, semblables aux vacsaux rustiques établis par le cens de Servius Tullius, et qui furent les premiers mancipes des Romains. Avec les mancipations se renouvela, comme de raison, la division des choses mancipi et desnec mancipi; car les corps féodaux sont nec mancipi pour le vassal, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être aliénés par lui, et mancipi pour le seigneur, de même que les biens-fonds des provinces romaines étaient nec mancipi pour les provinciaux, et mancipi pour les Romains. Les nmneipations amenèrent les stipulations, au moyen des infestucationes ou des investitures, qui ne sont, selon nous, qu’une seule et même chose. Celles-ci ramenèrent ce que V ancienne jurisprudence romaine appelait cavissæ, et dont on lit plus tard caussà’, mot dont l’on lit, au retour de la barbarie, cautèle, en ayant recours k la même origine latine. Les contrats, rendus solennels par ces cavissæ, étaient homologués, mol qui dérive de homme, aussi bien que hominium et homagium; car tous les contrats faits k cette époque doivent certainement être classés parmi les contrats féodaux. S.\eç, les cautèlesYon vit renaître les pac-
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tes cautionnés au moment même de la mancipation, tels que les jurisconsultes romains les avaient appelés stipulati, de stipula, qui signifie Y enveloppe du grain. C’est dans ce sens que les docteurs barbares appelèrent contrats revêtus, les contrats accompagnés êt investitures ou éiinfestucations, et contrats nus les contrats dépourvus de cautelx. Les deux domaines, direct et utile, correspondent parfaitement au domaine quirüaire et au domaine bonitaire des Romains. Le domaine direct précéda le domaine utile, comme le domaine quirüaire avait précédé le domaine bonitaire. Nous croyons devoir rappeler ici que le domaine quirüaire était à son origine, le domaine du terrain accordé parles nobles aux plébéiens i de telle manière que lepropriétaire noble venant k déchoir de sa possession, il devait recourir à la revendication moyennant la formule : aio hunc fundüm MEUM ESSE EX JURE QuiRiTiuM. Cette revendication n’était qu’un droit seigneurial de Yordre entier de la noblesse ou de Yaristocratie romaine, constitué par la cité même et composé des auteurs dont les plébéiens recevaient la cause du domaine civil. Ce domaine fut toujours désigné par la loi des XII Tables sous le nom de autoritas, à cause de Yautorité de domaine que le sénat régnant exerçait sur le territoire romain. Nous connaissons si peu les événeniens qui marquèrent le retour de la barbarie, que nous nous elforcons de les deviner en examinant les faits de la première barbarie, qui doivent être semblables à ceux de la seconde. Mais nous nous estimons heureux, lorsque nous trouvons comme ici, dans les trois mots féodaux ; direct, lods et laude, des traces des choses de cette époque. Le mot direct nous donne l’idée d’une action consentie par le maître direct. Le mot lods s’appliqua au paiement de ce qui était dû pour le fief, en vertu de la laudatio in autore dont nous avons parlé. Enfin, le mot laude, signifia d’abord la sentence du juge dans cette espèce de causes, et a été appliqué plus tard aux jugemens, dits compromis, parce qu’en le comparant aux j?«grmens rendus en matière ù' alleux, il pouvait être regardé comme ayant lieu a Yamiable. Budée est d’avis que le mot aüeu est venu de allaudii, parce que les Italiens ont fait Iode de laude, k cause des duels par lesquels les seigneurs se faisaient justice. Le domaine direct des anciens barbares, aussi bien que le domaine