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LA DOCTRINE ÉSOTÉRIQUE

nous ayons commencé par prouver la dégénérescence de la science et le déclin successif des civilisations.

La vérité est que l’histoire, telle qu’on Renseigne dans les universités, n’est ni assez complète, ni assez étendue, pour qu’on en puisse logiquement déduire la véritable loi dévolution qui régit l’humanité. C’est à d’autres sources qu’il faut puiser, pour obtenir un semblable résultat. Mais observons tout d’abord que la loi dévolution, dans quelque organisme qu’elle fonctionne, affecte un caractère cyclique, analogue au mouvement d’un astre, au développement d’un homme ou d’un être quelconque. La terre n’est-elle pas soumise à divers mouvements qui sont contenus l’un dans l’autre : mouvement de rotation diurne, avec ses quatres phases: aurore, jour, crépuscule, nuit ; mouvement annuel également subdivisé en : printemps, été, automne et hiver ? Et ainsi de suite pour les cycles plus étendus, dont les principaux échappent encore à la science. L’organisme humain, soumis également aux cycles diurne et annuel, ne parcourt-il pas également quatre phases: naissance, croissance, maturité, déclin ? Aussi l’éphémère qui voit le soleil couchant plonger dans le gouffre occidental, peut-il craindre que la lumière s’évanouisse à jamais, et l’enfant qui voit la nature se pétrifier sous les glaces de l’hiver, appréhender le triomphe définitif de la mort. De même, nos savants d’un jour, s’ils avaient mieux compilé leurs manuscrits, leurs documents incomplets, pourraient redouter la dégénérescence de la race humaine. Mais la Haute Science, prix du développement harmonique de l’être, réclame le concours de l’imagination et du cœur, autant que de l’intelligence. L’amour désintéressé du vrai, du beau, du juste, éclaire plus que des études imparfaites ; et c’est pourquoi l’homme du peuple, le paria de notre civilisation égoïste, le prolétaire qui souffre et meurt, mais qui espère et aime, a l’intuition de la grande loi cosmique de solidarité et de progrès, dont la marche cyclique, méconnue du philosophe, du prêtre et du savant, est depuis longtemps formulée par les Adeptes de la science ésotérique.

Mais avant d’aller plus loin, il est nécessaire de résumer en quelques mots les notions qui nous sont parvenues sur les civilisations antérieures à la période historique. Est-il besoin de rappeler, à ce propos, que les annales chinoises, entre autres, remontent bien plus loin que les nôtres? D’ailleurs, sans vouloir invoquer l’autorité des Initiés aux sciences dites occultes, qui se sont transmis fidèlement à travers les âges le dépôt des connaissances antiques, on pourra vérifier l’exactitude de notre résumé, non-seulement dans les anciens livres orientaux, sacrés ou profanes, mais encore dans les auteurs hébreux, latins, grecs, alexandrins ou byzantins, qui constituent le bagage classique de l’enseignement contemporain.

La plus ancienne civilisation dont les traditions humaines aient;

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gardé le souvenir se développa sur le continent d’Atlantis, aujourd’hui disparu. La submersion de Posseïdonis, dernier débris de ce monde, il y a un peu plus de 10.000 ans, est un fait historique, relaté dans les annales de l’Egypte, constaté par Solon et d'aufres voyageurs grecs. Les habitants d’Atlantis appartenaient à la race jaune-rouge ; ils avaient soumis les nations noires, alors fort avancées en civilisation et s’étaient assimilés les connaissances des vaincus, qu’ils avaient poussées au plus haut degré de perfectionnement. Indépendamment du continent aujourd’hui disparu, les atlantes avaient conquis et colonisé l’Asie méridionale et occidentale, le nord de l’Afrique et les bords européens de la Méditerrannée. C’est alors qu’ils entrèrent en contact et en lutte avec la race Aryenne blanche-brune, dont la branche principale, qui occupait les plateaux de l’Asie centrale, avait déjà développé une civilisation particulière, quoique bien inférieure à celle des atlantes, au point de vue des sciences physiques, des arts, de l’industrie et du bien-être matériel.

On trouve dans les livres hindous, notamment dans le Ramai[ana , des détails intéressants sur le luxe, la science, la puissance des atlantes, qui avaient subjugué toutes les forces de la nature, et sur les luttes épiques que les héros aryens, plus développés au point de vue esthétique et moral, eurent à soutenir contrôles magiciens d’Atlantis, les Rakshasas (mangeurs de viande crue). Nous n’entrerons pas dans les détails de cette gigantesque épopée, que l’on retrouve plus ou moins altérée dans les traditions de chaque peuple, et qui se termina par le triomphe définitif des aryens, favorisés par le cataclysme destructeur de la puissance rivale. C’est ainsi que l’Empire du monde passa aux mains de la race blanche-brune.

Alors fut institué le gouvernement nommé par M. Saint-Yves d’Alveydre : Synarchie, Empire de Ram ou du Bélier, théocratie de l’Agneau. La paix régna sur une grande partie du globe pendant un laps de temps peu inférieur à la durée de notre période historique, si fertile en bouleversements ; et le souvenir de cette longue paix s’est conservé dans toutes les traditions, sous les différents mythes de l’âge d’or, du règne de Saturne, de Rhée, de Bacchus, du paradis terrestre, etc.

Nous n’analyserons pas l’état politique et social institué par le personnage légendaire de Ram ; celà nous mènerait trop loin ; et d’ailleurs nous ne connaissons pas de documents positifs sur ce sujet. Ce qui est hors de doute, par exemple, c’est que le gouvernement des hommes était une science , et que l’autorité, le pouvoir des Initiés, étaient en raison des grades qu’ils avaient franchis, des épreuves qu’ils avaient subies. Il est utile, à ce propos, de faire observer que la science de ces Initiés antiques, n’avait rien de commun avec ce que l’on entend au-

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jourd’hui par le même mot ; à savoir l’étude plus ou moins complète d’une ou de plusieurs branches spéciales de connaissances.

L’enseignement, à cette époque, était intégral dans le véritable sens du mot ; toutes les facultés physiques, intellectuelles, morales et psychiques de l’Adepte, étaient cultivées, entraînées, développées parallèlement, et non pas, comme de nos jours, les unes à l’exclusion des autres. La biologie a maintenant donné l’explication de ce fait, si souvent confirmé par l’observation et l’expérience, que toute faculté, tout organe isolément exercés, prennent aux dépens de l’ensemble, un développement qui peut aller jusqu’à la monstruosité physique ou morale. C’est ainsi que l’abus des facultés psychiques, les plus nobles chez l’homme, produit des fanatiques, des crétins, des bourreaux ; et que les plus grands savants sont souvent inférieurs aux hommes les plus ordinaires, dès qu’ils franchissent le cercle étroit de leur spécialité. Les anciens initiés connaissaient mieux que nous cette vérité et c’est pourquoi ils veillaient si soigneusement à ce que l’enseignement ne fût pas dépouillé des garanties qui le rendent bienfaisant. Iis prévoyaient les calamités de toute sorte qui devaient fondre sur l'humanité le jour où le premier ambitieux ou imposteur venu, se servirait de quelques connaissances superficielles, pour en imposer aux masses ignorantes et incapables de distinguer la vrai science du charlatanisme ; ils prévoyaient les guerres sans fin ni pitié, pour la conquête du pouvoir et de toutes les jouissances, guerres dans lesquelles les suppôts du mal, sans lois, sans scrupules, ne reculant devant aucun forfait, l’emporteraient fatalement sur les justes, réduits à la défensive ; ils prévoyaient la succession interminable des compétitions de toute sorte, par l’épée, la parole et l’intrigue, qui ont ensanglanté l’âge de fer et qui, d’homme à homme, de famille à famille, de peuple à peuple, ont perpétué jusqu’à nos jours la lutte bestiale pour l'assouvissement de toutes les convoitises.

Toutefois, si leurs prévisions furent justes, il en fut autrement des mesures qu’ils crurent devoir prendre pour éviter le mal. La méthode ésotérique adoptée par eux, qui confinait la science dans le secret des sanctuaires, eut pour résultat d’élargir de plus en plus le fossé qui séparait le peuple des Initiés, bien que ces derniers fussent recrutés sans distinction d’origine, en raison de leurs facultés natives. Mais la masse n’en restait pas moins ignorante, et acceptait passivement le régime pacifique et bienfaisant de la science, comme elle devait acclamer, plus tard, tous les despotismes théocratiques ou militaires qui allaient suivre. C’est pourquoi nous protestons, en passant, contre les conclusions du livre, d’ailleurs si instructif, de M. Saint-Yves d’AIveydre, qui considère le retour à la Synarchie comme le but à poursuivre pour tous les hommes de progrès. L’examen de la loi du pro-

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grès, d’après la doctrine ésotérique, nous prouvera, bien au contraire, que nul organisme ne peut traverser deux fois la même phase ; la spirale de l’évolution se déroule à l’infini et les reculs apparents ne sont jamais qu’un effet de perspective. Oui, nous croyons fermement que l’humanité s’unifiera de nouveau, plus étroitement que par le passé, et que les peuples, groupés sous une nouvelle synthèse dont on aperçoit déjà les éléments, marcheront de nouveau sous la direction de la science intégrale, représentée par les plus hauts Initiés ! Mais grâce aux progrès si lentement accomplis durant l’âge de fer, la pyramide sociale, au lieu d’être laborieusement maintenue sur la pointe, par un miracle d’équilibre, reposera solidement sur sa large base, l’instruction intégrale de tous, le développement de toutes les virtualités dans chaque citoyen. Quel ambitieux, quel imposteur, pourrait exploiter la crédulité publique, quand le moins avancé des hommes possédera toute l’instruction dont il est susceptible et sera capable, par conséquent, d’apprécier la véritable supériorité î

L’erreur des anciens Initiés, fut de ne pas comprendre combien leur état social était précaire, et de négliger l’indomptable tendance de l’esprit humain vers la connaissance. Le symbole du fruit défendu , que le mosaïsme prit dans leurs doctrines, et que le christianisme, dans sa haine pour la science, adopta sans le comprendre, se rapportait uniquement au développement exclusif des facultés intellectuelles, aux dépens des sens esthétique et moral. C’est pourquoi les Initiés essayèrent vainement d’empêcher la propagation, non de la science qui constituait leur unique divinité, mais d’un empirisme sans principes, dont chaque découverte peut être assimilée, pour ses résultats, aux fléaux issus de la boîte de Pandore (1).

Si nos ancêtres aryens ne surent, au moyen de l’instruction intégrale pour tous, prévenir la chute de leur état social, ils furent du moins éclairés par la catastrophe, et, depuis ce moment jusqu’à nos jours, il

(1) La malédiction dont l’égoïsme humain a pour ainsi dire frappé la science, n’a jamais été plus évidente que de nos jours. Déjà l’importation delà boussole en Europe, cause première des découvertes géographiques modernes, amena le massacre de millions de paisibles inaigènes, la mise en esclavage des survivants et l’exploitation du globe entier par la race la plus féroce. Quant à l’importation de la poudre, aux progrès de la chimie, aux perfectionnements des armes, n’équivalent-ils pas au déchaînement sur la terre d’une hordé de démons malfaisants ? Mais tout cela n’est rien quand on considéré les conséquences odieuses et absurdes des progrès industriels contemporains, qui augmentent les ressources de l’humanité, diminuent son labeur, et qui, grâce à l'effroyable anarchie que nous traversons, ont pour dernier résultat de faire progresser l’exploitation et la misère.

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est facile de suivre la trace de leurs luttes continuelles contre l’ignorance et le despotisme qui en résulte. C’est alors que se formèrent les vastes associations, qui, sous le nom de mystères, servirent d’abri à la science et à l’indépendance, chez tous les peuples de l’antiquité ! Les empereurs et rois de tous les temps, païens ou chrétiens, ont toujours senti que le flambeau de la science intégrale était seul capable de régénérer l’humanité; aussi, non contents d’anéantir les centres d’instruction, de massacrer les instructeurs, ils ont toujours essayé d’éteindre jusqu’à la dernière lueur des souvenirs du passé. Ninus, le modèle des empereurs, fait tueries Initiés et détruire leurs livres dans tout l’Iran ; Nabon-Asar fait grattsr les inscriptions, briser les tables d’airain, fondre toutes les stèles, brûler les bibliothèques ; pour que le tyran règne en paix, il faut que le peuple oublie tout ce qui a précédemment existé. En Chine, Tsin-Che-Hoang édicte la peine de mort contre quiconque conservera un livre, un monument antérieurs à son règne ; d’ailleurs pour plus de précaution, il avait fait massacrer tous les lettrés, dont l’organisation remontait à l’Initié Fo-Hi. César brûle la bibliothèque ptolémaïque, Dioclétien, celle du Serapeum de Memphis, Théodose détruit tous les anciens temples dits païens et surtout leurs livres ; enfin l'empereur chrétien, Théophile,fait, en pleine paix, brûler la bibliothèque d’Alexandrie, dernier asile de l’antique science.

Mais les Initiés ne se découragèrent jamais, dans ce long duel contre le despotisme. On les voit, en Grèce notamment, profiter des périodes d’indépendance locale, pour vulgariser à tout jamais les principes de la science et de la philosophie. Orphée, le fondateur de la civilisation héllénique et ensuite Cadmus, puis Solon, Leucippe. Démocrite, Pythagore, pères du droit et de la philosophie occidentales, puisèrent leur instruction dans les cryptes protectrices de l’ésotéricisme, en Egypte et en Orient. Chez les juifs même, il y eut des adeptes, qui sous le nom de prophètes, luttèrent bravement contre le cléricalisme de la synagogue et endurèrent successivement les plus affreux supplices. Après eux vinrent les cabalistes, voués aux bûchers par l’obscurantisme chrétien. Sous le bas-Empire, la doctrine ésotérique brilla d’un vif éclat à Alexandrie et lutta énergiquement contre la corruption impériale et l’ignorance anarchique des chrétiens. Après l’invasion des barbares, quand la Rome des papes eut remplacé celle des Césars, les dépositaires de l’antique vérité durent s’organiser plus secrètement que jamais, en face du catholicisme ignorantin, bien décidé, cette fois, à détruire tout vestige de ce qui avait existé avant son règne. C’est alors que se fpndèrenk les sociétés secrètes qui servirent de lien entre l’Europe barbare et, les centres d’initiations répandus sur le reste du globe. Ces sociétés, prépa^ rèrent lentement la Renaissance et plusieurs d’entre elles, notamment les Rose-croix, les illuminés, durèrent jusqu’à notre époque et prirent

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une part active au mouvement révolutionnaire du siècle dernier. Nous ne pouvons mentionner ici tous les documents qui se rapportent à l’existance incontestable des Initiés, dans tous les pays, dans tous les temps ; il est plus urgent d’analyser succinctement,dans les chapitres qui suivent, la doctrine qui leur a été transmise depuis la chute de l’antique civilisation aryenne (1).

Iir. Unité. — Causalité. — Solidarité.

Il n’est pas de religion sans dogmes, pas de philosophie, de doctrine, de science, même des plus positives, qui n’admettent àpriori, un certain nombre d’axiomes, ou de propositions considérées comme indiscutables. La doctrine ésotérique, simple comme la vérité, n'a pas besoin d’axiomes, à moins qu’on ne donne ce nom au principe fondamental, affirmé par toute intelligence libre et sans lequel nulle méthode d’investigation, nulle science humaine ne sauraient exister : « Pas d'effets sans causes »

Pas d’effets sans causes, pas de causes sans effets. — Rien ne se perd, rien ne se crée. — Ex niliilo nihü. —Telles sont les définitions de la grande loi de causalité qui régit l’univers et qui constitue la pierre angulaire de la synthèse ésotérique. L’enchainement nécessaire des lois et des phénomènes qui en résulte, ne laisse donc aucune place à l’action de puissances ou causes extra-cosmiques, de hasards, de circonstances fortuites, de quoi que ce soit, en un mot, susceptible de modifier les conséquences inéluctables et exclusives des lois naturelles.

Maintenant, si nous cherchons, en remontant la série indéfinie des causes et des effets, à connaître le principe ultime de l’Univers, qui soit accessible à l’intelligence humaine, il faut évidemment déduire ce principe des lois cosmiques les plus générales, et vérifier le résultat ainsi obtenu, en le confrontant avec les données théoriques et expérimentales des différentes sciences qui sont en notre possession.

(l)Le vice radical de l'ancienne théocratie que W. Saint Yves nous présente comme modèle, fut la constitution individualiste de la famille, molécule ultime du vaste organisme social. La logique et l’expérience, Phistoire et la bio:ogie, nous apprennent que le développement familial d’une race est en raison inverse du développement social, but unitaire de l’humanité comme de toute autre partie du cosmos. Le caractère anti-social de l’esprit de famille a été constaté par les naturalistes, chez les animaux et les végétaux eux-mêmes. La supériorité de l’état de Ram aur l’anarchie actuelle, provient du caractère social des institutions (gouvernement, administration, instruction), sa chute est spécialement due à l’individualisme qui fut maintenu à sa base, dans la cellule familiale. L’antique civilisation, la stabilité de l’état chinois, sont la conséquence de sa réorganisation par Fo-Hi, sur les bases scientifiques de l’antique société ; tandis que son inaptitude à tout progrès ultérieur, provient de l’organisation tamiliale et du culte des ancêtres, exagérés par Confucius. Le but à atteindre n’est donc pas le rétablissement de la Synarchie, mais la généralisation, jusqu’au dernier degré de l’éche.le sociale, de la méthode scientifique dont les bons résultats sont historiquement prouvés.

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La loi cosmique la plus générale est la gravitation universelle. Quelle peut donc être la cause de cette attraction, qui, à d’insondables distances, fait vibrer l’incommensurable matière, à l’unisson avec le plus infime molécule? Une telle solidarité entre tous les atomes, n’impliquet-elle pas, comme le dit Edgard Poë, une origine commune? N’est-ce pas parce qu’ils ont été primitivement plus qu’un assemblage, n'est-ce pas parce qu'ils ont été Un , qu’en tous temps, à toute distance, à travers tous les obstacles, ces atomes s’efforcent constamment de revenir à YUnitê originelle ?

Mais ne nous contentons pas de cette brillante déduction de Poë, quelqu’irréfutable qu’elle paraisse, et voyons ce que chaque science en particulier nous apporte d’éclaircissement à ce sujet.

Les récentes applications de l’analyse spectrale à l’étude des étoiles et des nébuleuses les plus lointaines, nous apprennent que ces corps célestes ont à peu de chose près, la même composition chimique que notre soleil et ses planètes; du reste, la théorie de Laplace, admise par tout le monde savant, réduit en dernière analyse, l’Univers sidéral à une masse nébuleuse unique. D’autre part, la science actuelle ne connaît aucune loi, aucune force, susceptibles d’empêcher le rapprochement progressif de tous les corps stellaires et leur réunion finale en un seul bloc, conformément à la loi d’attraction. D’ailleurs, bien des faits observés — l’accélération séculaire du mouvement de la lune, entre autres, ainsi que l’aspect général de l’Univers étoilé et la conformation des nébuleuses — viennent confirmer l’effrayante hypothèse de l’agglomération finale de toute matière. Bien des astronomes de premier ordre en conviennent, malgré leur répugnance, et sir John Herschell tout le premier. La physique reconnaît aujourd’hui que toutes les forces naturelles sont les manifestations d’un seul agent mystérieux, Protée insaisissable, qui anime tout l’Univers; et bien des chimistes pensent depuis longtemps que tous les corps sont réductibles en un élément ultime. Enfin, l’histoire naturelle et la biologie sont arrivées, dans leur sphère, à un résultat analogue. Le Français Jean Lamarck au siècle dernier, Darwin, de nos jours, ont renversé la barrière des espèces qui séparait les êtres vivants; et tout récemment, la démonstration scientifique de l’unité d’origine des trois règnes, minéral, végétal, anima 1 , vient d’être faite par M. Marchand, qui, dans sa botanique cryptogamique, donne la formule du corps intermédiaire qui les relie ensemble.

Les philosophes et les naturalistes contemporains reconnaissent d’ailleurs, sans être d’accord sur son essence, l’existence d’un principe fixe, que l’on retrouve toujours sous le voile des manifestations transitoires de l'Univers phénoménal. Hœckel et les monistes darwiniens admettent ce principe, qu’Hartman nomme l’ Inconscient , Herbert Spencer Y Incognoscible, et qui, sous le nom de Parabrahm y constitue

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depuis les temps les plus reculés, la clef de voûte de renseignement ésotérique.

Le principe de V Unité originelle de tout ce qui existe, contient en lui l’Evolution subséquente de l’Univers qui nous entoure, comme les données d’un problème contiennent la solution. Nous ne voulons pas ennuyer le lecteur avec des démonstrations mathématiques et physiques, mais on trouvera dans Eurêka , l’admirable synthèse cosmique d’Edgard Poe, la preuve irréfutable que la loi de gravitation universelle est la réaction d’un acte primordial, irradiant à travers l’espace, un nombre incommensurable d’atomes issus d’un centre unique. Laplace a démontré, d’autre part, que l’action de la gravitation sur des atomes dispersés dans l’espace, suffit à déterminer leur groupement en nébuleuses, puis la constitution des systèmes stello-planétaires avec production de lumière, chaleur, électricité, vitalité, conscience, etc.

On sait depuis quelque temps que la concentralisation de la matière ou le mouvement, produits par l’attraction, se transforment en chaleur, ^lumière, électricité, etc.; mais il est bon d’observer que ces forces revêtent un caractère d’autant plus élevé, que la concentralisation est plus avancée. La chaleur fut le premier effet produit, puis vinrent l’électricité et la lumière; la vitalité n’apparut qu’ensuite sur la planète; et la conscience, la pensée, vinrent encore plus tardivement. Mais la concentralisation n’est autre chose que la marche progressive des atomes vers VUnité originelle; d’où il ressort que l’élévation, l’intellectualité, la spiritualité, pour ainsi dire, des forces cosmiques, s’accroissent, de même que leur puissance, en raison directe du chemin parcouru par les atomes vers V Unité qui les attire.

La science et la spéculation contemporaines confirment donc l’antique cosmogonie ésotérique que l’on peut résumer comme il suit :

« Tout ce qui existe provient de VUnitè et y retourne. L’Univers phénoménal est le produit de cette évolution, qui présente deux phases principales : 1° la phase descendante, pendant laquelle l’être s’éloigne de CUnité , s’enfonce de plus en plus dans la pluralité, la relativité, l’objectivité; 2° la place ascendante (correspondante à l’évolution des darwiniens), pendant laquelle l’être attiré vers VUnitè dont il est issu, accomplit en sens inverse la route qu’il vient de parcourir. »Ce sont les symboles de cette sublime synthèse qui, défigurés tout d’abord par le polythéisme et adoptés ensuite par les chrétiens ignorants, ont servi de base aux fables ridicules sur le paradis et la chute. Ce que les orientaux appellent « la descente de l’esprit dans la matière, » ne peut être considéré comme une chute,, dans le sens défavorable du mot, puisque cela constitue la première partie d’un processus, dont toutes les phases s’enchaînent et se déterminent rigoureusement l’une l’autre.

Avant de poursuivre l’exposition de la doctrine ésotérique, nous fe-

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rons observer qu'en raison du principe de l y Unité sur lequel elle repose, l'Univers entier, avec toutes ses manifestations concevables, physiques intellectuelles, esthétiques ou morales, n’est qu’une série d’effets issus de la même cause, et relevant, par conséquent, de la science humaine, — logique et observation. — Dieu et le hasard, épouvantails créés par l’obscurantisme clérical ou laïque, sont ainsi dépouillés de leurs voiles mystérieux et apparaissent sous leur forme réelle : l’ignorance. Enfin, l’essence même de la matière est l'attraction, dont les conséquences ont produit les mondes, et qui, par la solidarité, la fusion progressive de chacun dans tous et dans tout , élargira de plus en plus les manifestations de la vie universelle. L’observation, sur notre planète, nous enseigne, en effet, que les lois cosmiques, dérivées de l’attraction, tendent à l’organisat : on de plus en plus consciente de la vie, tandis que la force d’inertie dans la matière brute et l’égoïsme chez les êtres conscients, conservent le domaine de plus en plus restreint de la mort.

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