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IV. — L’Évolution

Jusqu’à présent, en ce qui concerne la haute antiquité de la doctrine ésotérique, son influence incessante à travers les âges et l’indéniable vérité de ses données fondamentales, nous avons, quoique d’une façon succincte, accumulé des preuves, suffisantes à notre avis, pour déterminer une entière adhésion. On comprendra toutefois, qu’il ne peut en être ainsi pour tout l’ensemble de cette théorie, dont nous esquissons les grandes lignes. On ne saurait, dans une simple étude, démontrer les propositions élémentaires de la plus simple des sciences et à plus forte raison d’une synthèse universelle qui les embrasse toutes. D’autre part, certaines données de la théorie ésotérique reposent sur des connaissances qui nous manquent et que les Initiés prétendent posséder, en raison des enseignements qui leur ont été transmis d’âge en âge, et de l’entraînement spécial par lequel ils ont développé leurs facultés. Nous nous bornerons donc à exposer purement et simplement leurs idées, en insistant spécialement sur celles qui nous paraîtront utiles et conformes aux connaissances positives de l’Occident.

Tout ce qui existe, avons-nous vu, procède d’un principe unique. La distinction essentielle établie par certaines écoles entre l’esprit et la matière est donc purement arbitraire. Toutefois il faut distinguer entre 1 q principe Un , permanent, de l’Univers, dans son état subjectif, non manifesté, que les orientaux appellent Atma , et ce même principe dans ses modes objectifs, transitoires, qu’ils appellent Prakriti . La substance Une , principe et fin de toutes choses, immuable, éternelle, est évidemment la seule réalité, et les orientaux ont eu raison de donner le nom de Maya (illusion), à l’Univers phénoménal, dont les modes se suc-

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cèdent perpétuellement les uns aux autres et s’évanouissent tous pour jamais.

Mais entre l’état purement subjectif de la substance Une , et son état de différenciation, d’objectivité absolues, il en existe une infinité d’autres que les philosophes ésotériques ont divisés en sept catégories principales, présentant chacune sept subdivisions secondaires, et ainsi de suite. Cette division septénaire a été choisie conformément à la marche de l’Évolution universelle, et la composition du spectre solaire ainsi que de la gamme des sons nous en fournissent des exemples.

Pour se faire une idée de l'échelle des sept principes de l’Univers qui descend de la subjectivité pure à l’objectivité, et remonte de l’indéfinie pluralité à VUnitè , on peut considérer les divers états de matière que nous connaissons : solide, liquide, gazeux, électrique, radiant. Mais cette dernière classification, qui renferme toute matière accessible aux sens etàl’intelligencedes hommes, ne comprend, en réalité, qu’un certain nomore de subdivisions du dernier et du plus objectif des sept principes de la grande classification ésotérique. Chacun de ces principes évolue sur un plan spécial, correspond à des modes particuliers d’existence et à des états plus ou moins élevés de conscience, bien qu’ils soient reliés les uns aux autres parla loi fondamentale de solidarité. Ceux qui nieraient l’existence possible de catégories de matière inaccessibles à notre connaissance, raisonneraient comme des aveugles niant la lumière. L’expérience acquise suffit d’ailleurs à infirmer tout argument de ce genre, car nous connaissons aujourd’hui bien des catégories de matière, complètement ignorées aux époques les plus barbares de l’histoire; les gaz, par exemple, et les fluides, colorique, électrique et autres. De nos jours, même, M. Crooks a étudié, aux applaudissements de l’Europe savante, un quatrième état de la matière, l’état radiant, dont les sens humains ne peuvent donner aucune idée. Nous ne sommes plus aux temps où l'homme ne considérait que lui dans l’Univers; nul ne doute aujourd’hui que les mondes accumulés dans l’espace ne regorgent d’habitants comme le nôtre ; et sur cette terre, le microscope nous a montré que la vie fourmille partout, même dans les milieux et les conditions qui nous paraissent les moins compatibles avec son fonctionnement. Ne limitons donc pas les possibilités de la nature, car s’il est une vérité bien démontrée, c’est que nos connaissances sont ingnifiantes relativement aux modes innombrables de l’indéfinie matière.

Pour chaque entité issue du grand Tout, l’évolution consiste dans le double processus qui suit : 1° L’être séparé de l’Unité descend progressivement l’échelle des sept principes, de façon à passer de l’état subjectif ou non différencié, à l’état objectif ou matériel, indispensable à la formation de l’individualité, de la conscience, du moi. Nulle individualité on le conçoit, ne pourrait se former au sein de l’unité. 2° Une fois indi-

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vidualisé, l’être recommence, en sens inverse le trajet qu’il vient d’effectuer et développe en lui, l'un après l’autre, les sept principes cosmiques, depuis le plus objectif, jusqu’à l’unité subjective qui les contient tous.

Cette seconde phase ascendante, correspond à peu de chose près à ce que les darwiniens entendent par le mot Evolution, mais ces derniers ont négligé la phase précédente, sans laquelle on ne comprend pas mieux la formation de la matière objective, que la création biblique des animaux et des plantes, d’après l’interprétation exotérique d’Esdras. Nous savons, en effet, que d’une part, le principe de tout ce qui existe ne peut être semblable à ses dérivés objectifs, et d'autre part, que la nature, dans toutes ses créations, procède par transformations lentes et imperceptibles. La manifestation, la matérialisation des êtres, ne peut donc s’accomplir que progressivement, comme l’enseigne la doctrine ésotérique, et l’état objectif de la matière que les darwiniens prennent comme point de départ de l’Evolution, est le produit complexe d’un long processus antérieur.

Pour ce qui est de la phase ascendante, la théorie darwinienne, avons-nous dit, est à peu près conforme aux antiques enseignements de l’ésotéricisme, en ce qui concerne l’évolution des êtres sur le plan objectif du dernier principe et sur notre planète.

Toutefois la doctrine ésotérique embrasse l’évolution de l’Univers entier et des êtres qui le composent, jusqu’à leur absorption finale dans l’Unité dont ils sont issus. En ce qui concerne l’humanité en particulier et les êtres qui l’avoisinent, l’évolution se fait sur un certain nombre de planètes, à divers degrés de. développement, et particulièrement unies entre elles. Les groupes de planètes qui évoluent ensemble sont appelés chaînes 'planétaires ; l’évolution totale d’une chaîne planétaire se nomme Manvantara\ la période de repos — mort ou sommeil des mondes — se nomme Prolaya . I\ous ferons observer en passant, que ces périodes alternatives d’activité et d’obscuration des systèmes stelloplanétaires, sont absolument conformes à la théorie de Laplace et aux conséquences de la loi de gravitation ; les mondes passent successivement de l’état nébuleux à celui de globes vivants, soleils et planètes. Durant chaque Manvantara, d'innombrables espèces d’êtres accomplissent leur évolution, c’est-à-dire le développement de leurs consciences sur les plans des principes supérieurs.

Un Manvantara ou période d’évolution d’une chaîne planétaire, se subdivise en Ronds , ou périodes nécessaires à l’évolution complète d’une espèce, l’espèce humaine par exemple. D’ailleurs, la doctrine ésotérique reconnaît, comme les darwiniens, que les espèces supérieures proviennent du développement des espèces inférieures; seulement elle admet, sur le plan objectif même, trois règnes d’êtres antérieurs au règne minéral. A partir du minéral, l’Évolution continue lentement

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jusqu’à l’homme, en passant par les nombreuses familles végétales, animales, et l’Univers peut être considéré comme une sorte d’échelle, partant du degré le plus grossier de matérialité, pour aboutir à l’état le plus élevé de subjectivité, le Nirvana ou la fusion de l’individualité dans le grand Tout , la participation à la vie universelle.

Victor Hugo a entrevu cette Evolution sublime :

«...qui dans sa marche altière,

« Fait de plus de clarté luire moins de matière « Et mete plus d’instincts au monstre décroissant. »

« Qui va du roc à l’arbre et de l’arbre à la bête « Et de la pierre à toi, monte insensiblement. »

A moins de nier la loi du progrès, que tout le monde admet au moins instirfcüvement, on ne saurait prétendre que la barbarie contemporaine, (jui glorifie les massacres internationaux, qui sanctionne les forfaits de F égoïsme, qui repose sur la misère et le vice, est l’apogée de la civilisation et-que cette incommensurable échelle des êtres s’arrête à l’homme d’aujourd’hui.

« Non, elle continue, invincible, admirable,

« Entre dans l’invisible et dans l’impondérable. »

Ces beaux vers sont l’écho affaibli des savantes déductions de l’ésotéricisme ; mais les découvertes incessantes de la science ouvrent chaque jour de nouveaux horizons à la pensée contemporaine et conformément à la loi du progrès, le prochain cycle ascendant, dont nous gravissons à peine les premières pentes, portera l’humanité à des hauteurs qu'elle n’a pas encore escaladées.

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