‹ La science positive et la metaphysiqueChapitre 24 sur 38 · LES ABSOLUS : LA TOTALITÉ DES HÉNOMÈNES · texte numérisé non relu

LES ABSOLUS : LA TOTALITÉ DES HÉNOMÈNES

forment. Elle a prouvé que les sciences positives appliquent en chacune de leurs dén[)arches des principes à priori. Dès lors il y a lieu de se demander si la science, impuissante par elle-même à dépasser le relatif, ne recèle pas l'absolu en ses principes, c'est-à-dire si les lois objectives, engagées en tout acte de science, ne peuvent pas nous fournir le contenu positif de Texistence en soi. Il n'y aurait rien de contradictoire à ce que la science proprement dite fût à tout jamais confinée dans le relatif, et à ce que, malgré cela, les principes qui en sont l'âme eussent une portée plus étendue. Dans ce cas, la métaphysique, bien qu'avec un objet et des procédés distincts de ceux des sciences positives, n'en serait pas moins une science aux certitudes entières, puisqu'elle trouverait les éléments constitutifs de son objet dans les principes des sciences elles-mêmes.

Pour résoudre ce problème, la méthode est simple. La définition vide de l'absolu nous fournit la pierre de touche des définitions pleines qu'on en peut proposer. L'absolu est ce qui existe en soi et est conçu par soi ; il suit de là que toute détermination incompatible, c'està-dire contradictoire avec l'existence en soi, doit être rejetée. — Cela posé, trouvons-nous dans les objets de la connaissance quelque chose dont nous puissions affirmer sans contradiction l'existence en soi ?

Il n'est jamais venu à personne l'idée d'élever à l'absolu aucun des phénomènes objectifs pris en particulier. Chacun d'eux, en effet, apparaît dans un point déterminé de l'espace, et dans un instant déterminé du

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temps, et n'a pas en lui-même la raison de son existence éphémère. Mais, si chaque phénomène, isolé de ceux qui l'entourent, qui le précèdent et qui le suivent, est relatif, la totalité des phénomènes n'est-elle pas absolue? Si. dans l'univers, un fait, pris à part, relève d'une cause qui le détermine, l'univers entier ne relève-t-il pas uniquement de lui-même? Si chaque partie détachée du tout n'a pas en elle sa raison d'exister, le tout n'existe-t-il pas en soi et par soi? Plus d'nn système métaphysique a vu dans la totahté des phénomènes objectifs l'absolu véritable. Cette conception satisfait-elle aux conditions requises de toute conception positive de l'absolu ?

On renconnitra sans peine, en premier lieu, qu'un tel absolu ne serait pas perceptible. Au delà de nos représentations actuelles, s'ouvre dans l'espace et le temps, un champ illimité d'êtres et de phénomènes que nous ne percevrons jamais. Nous ne pouvons avoir une intuition simultanée de toutes les choses qui, actuellement, composent l'univers, la loi du temps nous en empêche; nous ne pouvons davantage les percevoir tous successivement, la loi du temps y met encore obstacle, impuissants à les avoir tous présents dans la perception, nous ne pouvons davantage les imaginer tous. Oulre que l'imagination ne reproduit qu'autant que la perception a fourni, nos représentations imaginaires sont astreintes aux Hmites du temps et de l'espace; nous avons beau les enfler, nous n'enfantons rien, comme on l'a dit, au prix de la réalité des choses.

Ce ne sont là toutefoisquedes difficultés préjudicielles» S'il n'en était pas d'autres, et de plus graves, on pour-

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