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CHAPITRE VI

LA SUBSTANCE

Les lois étudiées aux chapitres précédents sont les lois abstraites de la pensée. Pour en constater l'existence, il faut faire face à la réalité, puisqu'elles sont des lois objectives; mais, pour en déterminer les caractères, il n'est pas besoin de supposer l'existence de phénomènes réels. Le temps et l'espace, objets d'imagination et de calcul, sont le double milieu de tous les phénomènes; ils coiiliiiueraient de subsister pour l'esprit, alors même que tout ce qui les remplit serait anéanti; les caractères n'en seraient pas modifiés, alors même que les réalités actuelles seraient remplacées par des réalités spécifiquement différentes; ils sont donc, ainsi que le temps qui sert a les déterminer, les lois du possible en tant que possible. On peut imaginer des mondes distincts de celui que nous habitons, supposer détruites les qualités sensibles, réduire par hypothèse la réalité à un pur objet géométrique, introduire à volonté, dans ce monde imaginaire, des déterminations qualitatives différentes de celles que nous sentons aujourd'hui: les lois du temps, de l'espace et du nombre seront toujours réalisées et respectées. Il répugne à la pensée, et

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nous savons pourquoi , qu'elles soient détruites ou violées. Ce seraient les seules lois de la connaissance, si la connaissance avait pour unique objet le possible. Mais dans l'espace et le temps, soumis au nombre, des phénomènes réels sont donnés qui affectent nos sens avec une intensité variable. Par cela seul qu'ils se produisent dans l'espace et le temps, ils en subissent les lois; il implique contradiction qu'un phénomène objectif n'ait pas une durée, une étendue et un nombre. Mais ces lois numériques et géométriques ne sont pas les seules qui le déterminent; autrement, il n'y aurait pas de différence entre l'état de veille et le rêve; les sensations se succéderaient à l'aventure, et la pensée se perdrait dans celte fantasmagorie anarchique. Les phénomènes réels, dont l'existence n'est pas affaire de démonstration, mais d'aperception immédiate, sont donc soumis à des lois spéciales, que, par opposition aux lois abstraites précédemment reconnues et étudiées, nous pouvons appeler les lois concrètes de la connaissance objective.

Soumis au temps, à l'espace et au nombre, les phénomènes forment des groupes coexistants et successifs, et cela à l'infini, puisqu'il n'y a pas de limites au temps et à l'espace. Les percevoir, c'est les rapporter à un instant et à un lieu déterminés; les penser, c'est leur assigner une place fixe dans l'espace et dans le temps, et, par suite, en réduire la multiplicité et la diversité à l'ilnité. Nous commençons à les penser en leur donnant une quantité. Mais les éléments de la quantité sont homogènes; les unités des nombres abstraits, les parties de

ir

l'espace et du temps sont identiques; Thétérogénéité des phénomènes n'est donc pas réduite à l'unité par cela seul qu'elle a subi l'application du nombre. Tout phénomène, outre la quantité extensive dont il est revêtu, nous est donné avec une intensité variable. Déterminer le degré de cette intensité, c'est encore le penser; mais cette opération est au fond semblable à la précédente; seulement, au lieu de compter des parties, nous comptons des degrés; les éléments sont encore des éléments quantitatifs, c'est-à-dire homogènes, ajoutés les uns aux autres, par addition. Il faut donc que de nouvelles lois interviennent pour lier, suivant des rapports invariables, les phénomènes hétérogènes et en faire une unité compatible avec la pensée. Ces lois sont la loi de substance et la loi de cause.

Ce sont essentiellement les lois du réel, par opposition à l'espace, au temps et au nombre, qui sont les lois du possible. Ce n'est pas à dire que l'application en soit uniquement bornée à l'expérience actuelle; toute loi objective de la pensée s'étend par définition à l'expérience tout entière, passée, présente et future; mais les lois abstraites enveloppent, outre le monde actuel, une infinité de mondes purement possibles, qui n'ont pas reçu et ne recevront jamais l'existence . Les lois concrètes s'étendent à tout ce qui, étant donné le monde actuel, peut être pour nous, ou pour d'autres êtres semblables à nous, l'objet d'une expérience. Les premières, pourrait-on dire, sont les lois du possible en tant que possible; les secondes, les lois du possible en fonction du réel.

Les notions de substance et de cause, bien qu'irré-

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ductibles l'une à l'autre, sont inséparables. La substance implique la permanence, et la cause, le changement ; permanence et changement ne se conçoivent pas l'un sans l'autre. Mais l'alliance n'en est pas analytique; elle est une de ces synthèses primitives et irrésolubles qui tiennent en un système unique les divers éléments à priori de la connaissance. Nous devons cependant les isoler Tune de l'autre pour les étudier chacune à part. Commençons par la loi de substance.

Substance est un mot ambigu et équivoque : substantia, sub-stare, qui se tient dessous. L'idée impliquée par Tétymologie du mot est celle d'un support^ qui évoque immédiatement l'idée corrélative de quelque chose de supporté. Quelque chose qui serl d'assise, et quelque chose qui par soi-même n'a pas d'assise, voilà le contenu général de l'idée de substance. Mais cette idée peut être prise en un sens logique et en un sens métaphysique. Toute proposition se compose de deux termes, le sujet et l'attribut reliés par une copule. L'attribut n'a pas d'existence par lui-même ; il emprunte un semblant d'existence à son union avec le sujet Ainsi l'idée d'animal n'a pas d'existence par elle-même; elle en acquiert une quand elle est unie à un sujet, vertébré, par exemple, et elle la perd aussitôt qu'elle en est séparée. Il y a deux sortes de sujets et de substances logiques : les sujets généraux et les sujets individuels. Les premiers peuvent être tantôt sujets et tantôt attributs; ainsi, l'idée de vertébré, que nous venons de considérer comme le sujet, c'est-à-dire comme lesuppoii

de ridée d'animal, peut être elle-même Tattribut d'un autre sujet, de mammifère, par exemple; de telles idées ne jouent donc qu'accidentellement le rôle de sujets; ce sont des substances qui ont besoin elles-mêmes d'être supportées. — Les sujets individuels, Pierre, Paul, ce mammifère qui passe en ce moment sur la route, ne peuvent être que sujets dans les propositions et jamais attributs; ils sont les supports derniers auxquels aboutit la série des propositions à sujets généraux. Ainsi, Tanimal est être; le vertébré est animal; le mammifère est vertébré; le bimane est mammifère; Pierre, Paul, sont bimanes; Pierre, Paul, sont les assises dernières de ces sujets-attributs, échelonnés suivant Tordre de généralité, bimane, mammifère, vertébré, animal, être.

Nous sommes ainsi conduits au sens métaphysique du mot substance. Un sujet abstrait est la somme des attributs qu'on en peut affirmer. Un sujet concret, un individu, est autre chose; c'est un groupe de qualités phénoménales, plus, semble-t-il, un noyau réel qui les supporte et en est le fondement. De là ce principe : Toute qualité est inhérente à une substance.

C'est là, dit-on, une de ces vérités qui éclairent tout homme venant en ce monde. Pour l'établir, on fait d'ordinaire appel au sens commun. Des qualités en l'air sont inconcevables; on ne conçoit pas une couleur sans un corps coloré; un son, sans un corps sonore; une saveur, sans un corps sapide; une odeur, sans un corps odorant. Qualité et substance sont deux termes corrélatifs; on ne conçoit pas une qualité sans une sublance qui en soit le fondement d'inhérence, ni une

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substance sans des qualités qui la manifestent. La substance n'est donc pas la somme des qualités ellesmêmes, car, si toute qualité requiert un support, une qualité ne peut être le support d'une qualité; autrement on recule àTinSni, et jamais on ne rencontre cette assise première et solide sans laquelle les phénomènes seraient comme suspendus dans le vide. Mais, comme les phénomènes seuls nous apparaissent, les substances sont des entités, des choses en soi, distinctes des phénomènes, et soustraites aux vicissitudes de l'existence sensible.

Le principe énoncé plus haut se résout donc en deux propositions : 1° il n'y a pas de qualités sans substance; — 2* les substances sont des êties en soi. Aussi, le sens commun qu'on invoquepour l'établir, et qui en accepte en effet la formule générale : toute qualité «uppose une substance, ne l'ad mettrait-il plus ainsi dédoublé. « On » étonnerait un homme étranger aux spéculations phi- » losophiques si on lui disait que ce qui frappe ses yeux » et résiste à soû effort n'est qu'une modification d'une » entité qu'on ne peut ni voir, ni toucher (1). » Le sens commun peut-il donc avoir tort contre lui-même, ou bien ne donne-t-on pas à ses assertions un sens métaphysique dont il n'est pas responsable? Examinons l'hypothèse des substances choses en soi.

En premier lieu, il faut les déclarer inconnues et inconnaissables, en faire des j? algébriques, impossibles à déterminer par aucun de nos moyens de connaissance. Elles ne sont pas, en effet, données dans l'intuition

(1) Lachelier, Du fondement de linduction, LiARD. — La science positive.

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sensible, puisqu'on les imagine pour servir deî base aux phénomènes, objets de celte intuition. Si, par abstraction, on supprime, dans un objet, les qualités sensibles, couleurs, sons, saveurs, odeurs, étendue, résistance, poids, etc., il ne reste rien de déterminé, c'est-à-dire 'de connaissable ; s'il reste quelque chose, ce sera quelque qualité phénoménale, car, par nos yeux, nous ne pouvons voir que l'étendue colorée ; par le toucher, sentir que rétendue résistante. Il faudra donc faire abstraction de ce résidu phénoménal, et cela, jusqu'à épuisement complet des phénomènes. Que restera-t-il alors? Si quelque chose de perceptible subsiste, ce n'est pas la substance, puisque tout ce qui est perceptible est qualité sensible, et que la fonction de la substance est, dit-on, de supporter les qualités. Il reste donc un néant pour les sens. Par suite, la substance est quelque chose d'impossible à déterminer. Quel saurait être alors l'usage scientifique de cette notion, si Ton entend ne pas restaurer les vaines entités de la scolastique?

Mais rinutilité scientifique est le moindre défaut de l'hypothèse. Admettons que nous soyons contraints, pour comprendre les qualités, de poser des substances. Peut-on sans contradiction en faire des choses en soi î De deux choses l'une : ou il y a une substance unique de tous les phénomènes, ou il y a autant| de substances distinctes que de groupes de phénomènes délimités pour

les sens.

Dans le premier cas, on demande comment la substance unique engendre la multiplicité des phéno-

LA SUBSTANCE

mènes divers, supportés par elle, et comment ces phénomènes hétérogènes peuvent être substantiellement unis, tout en restant distincts et sans se fondre en un seul. Jamais les partisans d'une substance unique n'ont répondu à ces questions sans pétition de principe ou sans contradiction. Il ne suffit pas, en effet, de dire que c'est une loi inhérente à la substance de se manifester par une infinité d'attributs et de modes différents ; on ne peut, de l'idée de substance, déduire cette nécessité; et, pour les besoins de la cause, on y introduit en contrebande la multiplicité et la diversité qui devraient en jaillir naturellement.

Dans le second cas, comme chaque groupe de phénomènes est une multiplicité et une diversité, la même question se pose et se répète autant de fois qu'il y a de substances particulières. Gomment chaque substance, unité réelle d'un groupe de phénomènes divers, engendre-t-elle cette multiplicité et cette diversité ? Outre cette dilficulté capitale, de nouveaux obstacles, non moins invincibles, surgissent. Un des rôles essentiels de la substance est de relier en un seul faisceau des phénomènes hétérogènes. Mais s'il existe autant de substances que de groupes distincts de phénomènes, de deux choses l'une : ou ces substances sont entre elles sans rapports et sans lien, ou elles sont ordonnées. Dans le premier cas, si chaque être en particulier est un système harmonieux, Tensemble des êtres est anarchique, alors la science est impossible. Dans le second, en vertu de la nécessité à laquelle on obéit, en plaçant des substances au delà des phénomènes, il faut, au delà

de ces substances multiples du premier degré, pour ainsi dire, imaginer d'autres substances du second degré qui seront Tunité des premières, et ainsi de suite à Tinfini, ou h moins de retomber dans l'hypothèse d'une substance unique et universelle. Il y aurait donc des plans et des arrière-plans de réalité, échelonnés les uns audessous des autres, et les assises superposées des substances ne reposeraient en déBnitive sur rien.

Il y a plus encore. Chaque groupe de phénomènes peut être fragmenté. Tout être phénoménal est divisible. Qu advient-il de la substance quand il est divisé? Est-elle anéantie? Continue-t-elle d'exister? Si elle est anéantie, les phénomènes doivent s'évanouir, puisqu'ils sont censés tirer d'elle leur apparente existence. Si elle continue d'exister, elle doit être elle-même fragmentée ; mais alors elle contenait essentiellement la multiplicité, ce qui est incompatible avec la fonction qu'on lui assigne d'être l'unité essentielle d'une diversité accidentelle. Si l'on passe outre, on aboutit à l'hypothèse d'une pluralité indéfinie de substances élémentaires dans chaque être phénoménal, et, delà sorte, on se livre à la contradiction, et Ton renonce à rendre compte de l'unité de

chaque être.

Ainsi, par quelque côté qu'on aborde l'hypothèse, on se heurte à la contradiction. Le sens commun croit aux substances; mais, comme l'a dit M. Lachelier : « Si » l'on ose taire parler au bon sens le langage de Kant, » il croit aux substances phénomènes et non aux sub- » stances noumènes (1). »

(1) Lachelier, Du fondement de Vinductiof

LA SUBSTANCE

Que faut-il donc entendre quand on dit que toute qualité est inhérente à une substance? Voici la réponse

de Kant.

« Tous les phénomènes sont dans le temps, et c'est » en lui seulement, comme dans un substratum, qu'on » peut se représenter la simultanéité aussi bien que le » changement. Le temps donc, où doit être conçu tout » changement des phénomènes, demeure et ne change » pas; la succession ou la simultanéité n'y peuvent être 0 représentées que comme ses déterminations. Or le » tempî, ne peut être perçu en lui-même. C'est donc » dans les objets de la perception, c'est-à-dire dans les » phénomènes, qu'il faut chercher le substratum qui » représente le temps en général, et où peut être perçu, » dans l'appréhension, au moyen du rapport des phé- » nomènes avec lui, tout changement ou toute succes- » sion. Mais le substratum de tout ce qui est réel, c'est-à- » dire de tout ce qui appartient à l'existence des choses, » est la substance^ où tout ce qui appartient à l'existence » ne peut être conçu que comme détermination. Par » conséquent, ce quelque chose de permanent, relative- » ment à quoi tous les rapports des phénomènes dans » le temps sont nécessairement déterminés, est la sub- }} stance du phénomène, c'est-à-dire ce qu'il y a en lui » de réel^ et ce qui demeure toujours le même comme » substratum de tout changement. Et, comme cette » substance ne peut changer dans son existence, sa » quantité dans la nature ne peut ni augmenter ni » diminuer

» C'est sur cette permanence que se fonde aussi la

» légitimité du concept du changement. Naître et périr

» ne sont pas des changements de ce qui naît et périt.

» Le changement est un mode d'existence qui succède

D à un autre mode d'existence du même objet. Tout ce

i> qui change est donc permanent, et il n'y a que son

» état qui varie. Et comme cette variation, cette vicis-

» situde ne concerne que les déterminations qui peuvent

ï finir ou commencer, on peut dire, au risque d'em-

» ployer une expression en apparence quelque peu

» paradoxale, que seul le permanent (la substance)

» change, et que le variable n'éprouve pas de chan-

» gement, mais une vicissitude^ puisque certaines

» déterminations cessent et que d'autres commen-

» cent.

» Le changement ne peut donc être perçu que dans

» les substances, et il n'y a de perception possible du

y> naître et du mourir qu'en tant que ce sont de simples

» déterminations du permanent, puisque c'est justement

» ce permanent qui rend possible la représentation du

» passage d'un état à l'autre, et du non-être à l'être, et

n que par conséquent on ne saurait les connaître empi-

» riquement que comme des déterminations variables

» de ce qui est permanent. Supposez que quelque chose

» commence d'être absolument : il vous faut admettre

» un moment oii elle n'était pas. Or à quoi voulez-vous

» rattacher ce moment, si ce n'est à ce qui était déjà ?

» Car un temps vide antérieur n'est point un objet de

> perception. Mais si vous liez cette naissance aux

3> choses qui étaient auparavant, et qui ont duréjus-

» qu'à elle, celle-ci n'était donc qu'une modification de

LA SUBSTANCE. 265

D ce qui était déjà, c'est-à-dire du permanent. Il en est » de même de fanéanlissement d'une chose; il présup- » pose la représentation empirique d'un temps où ua » phénomène cesse d'être.

» La permanence est donc une condition nécessaire^ » qui seule permet de déterminer les phénomènes, » comme chose ou comme objet, dans une expérience » possible (1). »

Ce passage a besoin de commentaire.

Les phénomènes sont donnés dans la sensibilité à l'état de sensations subjectives. Nous en faisons des objets, en les localisant dans le temps et l'espace; nous commençons à les penser en leur appliquant la quantité. Mais, comme nous l'avons vu plus haut, cela ne suffit pas à en effacer l'hétérogénéité et à les réduire à l'un ité réclamée par la pensée. Il faut pour cela trouver une existence fixe qui en soit le fondement. La pensée n'est pas en effet une capacité vide; si nous nous feignons dépourvus de toute sensation actuelle, il reste au moin^ en nous les traces des perceptions passées. Ces perceptions et les images laissées par elles sont multiples et diverses; si elles l'étaient d'une manière absolue, c'està-dire s'il n'y avait pas passage d'un phénomène à l'autre^ la conscience naîtrait et mourrait avec chaque phénomène, pour renaître et mourir encore avec le phéuo-r mène suivant, et ainsi de suite, car il n'y a pas conscience sans état de conscience. Ne serait-ce pas l'anarchie^ et plus encore, le néant? La conscience ne se pose-t-elle

i) Kant, Critique de la raison pure, 1. 1, p. 242; tracl. Barni.

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pas eu effet en s'opposant, et le pourrait-elle dans cette série d'existences fragmentaires, se succédant comme autant de tronçons isolés qui ne pourraient se souder Tun à Tautre? Les représentations phénoménales font partie intégrante du moi conscient ; le seul moyen de concevoir qu'elles y pénètrent sans y apporter le trouble et que, tout en restant multiples et diverses, elles n'en brisent pas Tunité, c'est d'admettre que, malgré leur multiplicité et leur hétérogénéité, elles sont unité. C'est dire que dans le changement ou passage d'un phénomène à l'autre quelque chose ne disparaît pas, ne change pas.

En termes plus simples, on ne saurait percevoir quelque chose qui change, sans voir aussi quelque chose qui ne change pas. Si les bords d'une rivière étaient animés du même mouvement que la barque emportée par le courant, le batelier se croirait immobile. Si tout se mouvait avec la même vitesse, le mouvement serait inappréciable. Le changement implique l'existence d'une chose permanente.

Quelle est cette chose ? Ce ne saurait être, nous l'avons vu, une entité insaisissable, ni une légion de ces entités. C'est ce qu'il y a de fixe dans les phénomènes; c'est ce que nous retrouvons au fond de toutes nos perceptions, quand, par l'analyse, nous les résolvons en leurs éléments constitutifs. La critique établit la nécessité de la substance comme liaison de phénomènes ; mais elle ne va pas plus loin ; elle enseigne que tous les faits,en apparence les plus divers, doivent être les modes différents d'un même phénomène fondamental; c'est à

LA SUBSTANCE

la science positive, éclairée par elle, qu'il appartient de découvrir ce fond commun des choses objectives. Nous verrons bientôt qu'elle n'a pas failli à cette tâche, et que ses inductions les plus légitimes se rencontrent avec les déductions de la critique.

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pas eu effet en s'opposant, et le pourrait-elle dans cette série d'existences fragmentaires, se succédant comme autant de tronçons isolés qui ne pourraient se souder Tun à l'autre? Les représentations phénoménales font partie intégrante du moi conscient ; le seul moyen de concevoir qu'elles y pénètrent sans y apporter le trouble et que, tout en restant multiples et diverses, elles n'en brisent pas Tunité, c'est d'admettre que, malgré leur multiplicité et leur hétérogénéité, elles sont unité. C'est dire que dans le changement ou passage d'un phénomène à l'autre quelque chose ne disparaît pas, ne change pas.

En termes plus simples, on ne saurait percevoir quelque chose qui change, sans voir aussi quelque chose qui ne change pas. Si les bords d'une rivière étaient animés du même mouvement que la barque emportée par le courant, le batelier se croirait immobile. Si tout se mouvait avec la même vitesse, le mouvement serait inappréciable. Le changement implique l'existence d'une chose permanente.

Quelle est celte chose ? Ce ne saurait être, nous l'avons vu, une entité insaisissable, ni une légion de ces entités. C'est ce qu'il y a de fixe dans les phénomènes; c'est ce que nous retrouvons au fond de toutes nos perceptions, quand, par l'analyse, nous les résolvons en leurs éléments constitutifs. La critique établit la nécessité de la substance comme liaison de phénomènes ; mais elle ne va pas plus loin ; elle enseigne que tous les faits, en apparence les plus divers, doivent être les modes différents d'un môme phénorràne fondamental; c'est à

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la science positive, éclairée par elle, qu'il appartient de découvrir ce fond commun des choses objectives. Nous verrons bientôt qu'elle n'a pas failli à cette tâche, et que ses inductions les plus légitimes se rencontrent avec les déductions de la critique.

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