‹ La science positive et la métaphysique [microform]Chapitre 26 sur 42 · LES ABSOLUS : LE TEMPS, L ESPACE, LE NOMBBRK · texte numérisé non relu

LES ABSOLUS : LE TEMPS, L ESPACE, LE NOMBBRK

La totalité des phénomènes n'est pas Pabsolu. Mais ^ est-ce à dire pour cela que l'absolu ne soit pas contenu, d'une manière ou d'une autre, dans les objets de la science? Cette question n'aurait pas de sens, si tout, dans la connaissance objective, dérivait de l'expérience. Mais n'avons-nous pas montré que la science, à son insu ou à son escient, applique aux choses qu'elle étudie, des principes à priori, et que non-seulement ces principes sont le commencement du savoir, mais encore qu'ils entrent, comme facteurs primitifs et irréductibles, dans la constitution des objets de rexpérience ? Si donc les phénomènes, en tant que phénomènes, ne possèdent, ni isolément, ni pris ensemble, l'existence en soi, et par soi, il peut se faire que les lois objectives, sans lesquelles nous serions réduits à des sensations purement subjectives, dépourvues de réalité extérieure et d'ordre régulier, soient autant d'aspects de l'existence absolue, empreints sur l'existence phénoménale et relative.

Ce qui engagerait à le croire, c'est le contraste de ces

principes avec les phénomènes auxquels ils s'appliquent. Loin de sortir de Texpérience, ils y sont logiquement antérieurs et supérieurs. L'expérience, au sens courant du mot, est parliculière et contingente; ses objets apparaissent en des points et en des instants déterminés; ils se suivent en un certain ordre. Mais rien, dans le phénomène lui-même, ne prouve que cette apparition soit nécessaire, et que cet ordre soit universel et durable. Les principes, au contraire, dominent l'expérience qu'ils rendent possible; ils nous permettent, en quelque sorte, de concentrer en un lieu et en une durée finie, l'espace immense et le temps infini; de tenir, sous la vue de l'esprit, passé et avenir condensés dans le présent; de telle sorte que, au regard des principes, les faits qui se déploient dans l'espace et se déroulent dans le temps, ne semblent que les réalisations successives de formules étrangères au temps et à l'espace. — Outre qu'ils sont universels, les principes sont nécessaires; par aucun effort d'abstraction et d'imagination, nous ne pouvons nous en supposer dépourvus : ils font partie de nous-mêmes; ils sont notre pensée elle-même, en ce qu'elle a d'organique et d'essentiel. Dès lors, n'est-il pas naturel de croire qu'ils ont une portée plus grande que celle de la science proprement dite qu'ils servent à fonder sans s'y épuiser tout entiers, et qu'en eux sont marqués les traits de l'absolu.

Nous sommes loin de contester que les principes aient une portée moins courte que l'expérience brute. N'avons-nous pas établi qu'ils sont les fondements de

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toute connaissance objective? Mais sommes-nous autorisé, à conclure de là qu'ils réfléchissent l'image de l'existence absolue?

Souvenons-nous d'abord que si les principes à priori de la connaissance érigent en objets de pensée les sensations subjectives, sans les sensations, ils demeureraient des virtualités latentes et inefficaces, l] objet de connaissance, au sens précis donné plus haut à cette expression, est une fusion de deux éléments, ou, mieux encore, un produit de deux facteurs, le sujet pur, et l'objet pur, facteurs qui, en fait, ne nous sont pas donnés isolément, mais en leur produit commun. — De là on conclura légitimement que si les objets sont relatifs aux lois de temps, d'espace, de nombre, de substance et de cause, temps, espace, nombre, substance et cause sont, en un certain sens, relatifs aux sensations. Le temps est en toute sensation, et il nous y apparaît, non pas seulement comme élément de la sensation présente, mais comme la condition de toute sensation possible. Mais supprimez les sensations, et le temps s'évanouit pour la conscience. — L'espace est de même en toute sensation présente, et nous l'y voyons comme condition de toute sensation future. Mais que les sensations disparaissent, et avec elles disparaît l'espace. — Chaque objet pensé a un nombre, et c'est pour nous une loi que tout objet en ait un; mais le nombre suppose la sensation, car il implique le temps. — Nous en disons autant de la substance : substance signifie permanence, et s'oppose à changement; mais le changement est donné dans le fait, et, sans lui, la permanence serait inintelligible. —

Il n*enest pas autrement delà cause; l'idée d'une liaison temporelle des phénomènes ne saurait aller sans les phénomènes eux-mêmes. Par conséquent, considérées en leurs manifestations naturelles, les lois objectives de la connaissance, malgré les caractères par lesquels elles s'opposent aux phénomènes proprement dits, sont empreintes de relativité.

Mais cette relativité n'est peut-être pas immuable. Elle affecte les lois objectives en leur origine chronologique, mais non pas peut-être en leur essence. Nous les trouvons agglutinées aux sensations dont elles font des objets de représentation et de pensée; mais l'abstraction ne peut-elle pas les dégager de cet alliage, et les produire pures de tout élément relatif? Nous ne pouvons nous représenter ni penser aucun objet, sans le soumettre aux conditions de temps, d'espace, de nombre, de substance et de cause; mais le temps, l'espace, le nombre, la substance et la cause, considérés en soi, en dehors de toute application actuelle et possible aux phénomènes, ne seraient- ils pas des objets de pensée, exempts de toute relativité? Les systèmes métaphysiques répondent aflSrmativement à cette question, car leurs absolus ne sont rien autre chose que les diverses lois de la connaissance objective, élevées à la puissance absolue, c'est-àdire douées — indûment ou non, c'est ce que nous ignorons encore, — d'une existence en soi et par soi.

La chose ne saurait être contestée pour les lois mathématiques de la connaissance objective; elles ont été prises, ensemble ou séparément, pour l'absolu, par des systèmes lameux dans l'histoire de la pensée

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