LES ABSOLUS : LE TEMPS, L'ESPACE, LE NOMBRE
humaine, le pylhagorisme et le matérialisme géométrique desatomistes. Jamais, il est vrai, on n'a investi de l'existence absolue le temps et l'espace considérés en eux-mêmes. C'est que, en dehors de toute détermination quantitative, c'est-à-dire en dehors de toute application du nombre, ils sont, comme nous l'avons montré, non des objets de pensée, mais des conditions de représentation, des intuitions pures, comme dirait Kant. Mais le nombre, le temps etTespace, déterminés par le nombre, ont été, tour à tour, tenus pour les principes premiers et irréductibles des choses.
Nourris dans les mathématiques, dit Aristote parlant des Pythagoriciens, ils virent partout des nombres, et ils en conclurent que les principes des nombres sont les principes de toutes choses. — En d'autres termes, les sensations sont mobiles, particulières et contingentes. Ce qui dans le monde est permanent, universel et nécessaire, ce sont les rapports des phénomènes entre eux; comme ces rapports s'expriment par des nombres, les nombres sont la réalité véritable; par conséquent, les principes des nombres, la multiplicité et l'unité, sont les éléments premiers et irréductibles de l'univers. Ainsi, les phénomènes sont dépouillés de toute réalité effective au profit de la quantité, seule chose immuable, et le multiple et l'un, le pair et l'impair, ou encore rinflni et le fini, sont l'absolu véritable.
De même les atomistes anciens, Leucippe et Démocrite, confèrent l'existence en soi au temps et à l'espace déterminés par le nombre. Leur système est un matérialisme géométrique, qui tient le milieu entre le matérialisme
physique des Ioniens et Tidéalisme des Éléates. Ils réduisent toutes choses à leurs conditions nfiathématiques. Pour eux, pas de forces réelles, au sens physique du mot; les choses sont essentiellement le vide, c'est-à-dire rimmensité de Tespaee indéterminé, et les atomes, c*est-à-dire des déterminations géométriques de rétendue. Le fait unique, celui auquel se ramènent de proche en proche tous les autres phénomènes, est le mouvement. C'est le mouvement qui rapproche et sépare les atomes, et ainsi engendre et détruit les êtres particuliers de l'univers. Nos sensations, le blanc et le noir, le doux et Vamer, ne sont que des formes imposées par notre sensibilité aux différences purement géométriques des corps; ceux-ci ne diffèrent entre eux que parla forme et la disposition de leurs atomes constitutifs. Les qualités ne sont que des apparences; les quantités géométriques seules sont réelles. Quant au mouvement générateur et destructeur de chaque chose en particulier, on peut dire qu'il est la cause de tout ce qui apparaît dans l'univers, car tout fait résulte d'un choc; mais c'est une cause au sens relatif du mot : un mouvement donné résulte en effet d'un mouvement antérieur, et ainsi de suite, à l'infini; la série des phénomènes qui s'engendrent les uns les autres est illimitée en avant et en arrière; le monde est éternel; il n'a pas eu de commencement; il n'aura pas de fin. — La notion d'une causalité absolue est donc absente du système atomistique, et le triple absolu qui y est proclamé est le temps, l'espace et le nombre.
Maintenant la question est de savoir si le nombre, le