‹ La science positive et la métaphysique [microform]Chapitre 28 sur 42 · LES ABSOLUS : LE TEMPS, L'ESPACE, LE NOMBRE · texte numérisé non relu

LES ABSOLUS : LE TEMPS, L'ESPACE, LE NOMBRE

temps et l'espace, conçus comme existant en soi et par soi, sont des conceptions légitimes. — La réponse nous sera aisée, car nous avons déternn'né les caractères essentiels de ces notions.

Le nombre est une synthèse de l'unité et de la multiplicité. — Objectivement, lunité pure n'a pas plus de sens que la multiplicité pure; celle-ci ne se comprend que par contraste avec celle-là, et réciproquement. C'est ce qu'p.vaient vu les Pythagoriciens, qui, au témoignage d'Âristole, posaient comme principes des nombres, et par suite des choses, l'un et le multiple, qu'ils appelaient encore le fini et l'infini, le pair et l'impair, ou de noms symboliques, le droit et le gauche, le mâle etlafemelle, la lumière et les ténèbres. Le nombre est un couple de contraires. — Altribuera-t-on l'existence absolue à l'un de ces contraires, l'autre exclu? — On ne saurait le faire sans contradiction. Il est illégitime de supprimer en un rapport quelconque l'un des termes corrélatifs, et de prétendre maintenir l'autre; qu'on le fasse, et le rapport s'évanouit. Si donc on proclame absolue l'unité pure, à l'exclusion de la multiplicité, ou la multiplicité, à l'exclusion de l'unilé, ou bien on parle à vide, ou bien, par un sophisme familier à l'esprit humain, on se réfère tacitement au terme que l'on prétend anéantir. — Dira-t-on que l'absolu c'est la synthèse de l'un et du multiple, le nombre en un mot? — C'est ainsi que semblent l'avoir entendu ceux des Pythagoriciens qui, au-dessus du couple unité et multiplicité, établissaient Tunité pure, grosse de la multiplicité en puissance. La diflBculté qui vient d'être signalée subsiste, bien qu'elle

ait revêtu une autre forme. Dans cette unité pure, Tu ne se conçoit que comme corrélatif du multiple, et le multiple n'a de sens que par opposition à Tun. Comment la fusion, si intime qu'on la suppose, de ces deux relatifs, pourrait-elle produire un absolu?

Ce n est pas tout. Le nombre, considéré comme synthèse de l'un ou du multiple, n'est que la définition abstraite, ou, si l'on veut, la loi de formation des nombres; 10000 est un nombre au même titre que 2. Ce qui existe, et d'une existence absolue, dans l'hypothèse, ce n'est donc pas la synthèse abstraite de l'unité et de la multiplicité, mais la série des synthèses réelles, opérées suivant celte loi. Or, nous savons qu'en vertu même de cette loi de construction, la série des nombres est infinie; atout nombre quelque grand qu'on le suppose, on peut toujours ajouter l'unité. Si donc le nombre est l'existence absolue, la série infinie des nombre est actuellement réalisée. L'esprit, en effet, se refuse à concevoir un absolu qui serait partie en acte, et partie en puissance. Si quelques systèmes que nous rencontrerons plus tard ont posé à l'origine métaphysique des choses un absolu virtuel qui se réalise progressivement lui-même, ils ont du moins distingué en qualité les manifestations successives de cette puissance absolue, et placé au début de l'évolution, une loi nécessaire en vertu de laquelle elle s'accomplit. — Ici, rien de semblable n'est possible. Les membres jne diffèrent les uns des autres que par la quantité; ils sont tous formés suivant la même loi, et l'on ne saurait dire qu'une loi de développement nécessaire est, en fait,

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