‹ La science romaine à l'époque d'AugusteChapitre 16 sur 20 · OPTIQUE · texte numérisé non relu

OPTIQUE

Vitruve ne traite incidemment que deux points relatifs à l’optique, dont le premier est relatif aux illusions d’optique, faisant voir les objets autrement qu’ils ne sont. Il cite ce fait à l’occasion des corrections que l’architecte doit apporter quelquefois au plan primitif, quand il s’aperçoit que l’effet produit n’est pas celui qu’il s’attendait à trouver

Illusions d'optique , dues en particulier à la réfraction.

(Livre VI, chap. II).

Tel objet , dit-il , a un autre aspect à portée de la main que quand il est très élevé, de même à l’intérieur et à l’extérieur; dans ces circonstances, il faut beaucoup de jugement pour décider ce que l’on doit faire. La vue , en effet , ne parait pas donner toujours une appréciation exacte , et induit l’esprit à porter un faux jugement. Ainsi , dans les décors des scènes , les colonnes, les mutules , les statues semblenL faire saillie . quoique le tableau sur lequel elles sont représentées soit sans aucun doute parfaitement plan. De même, les rames des navires , quand elles sont plongées dans l’eau , paraissent aux yeux être brisées ; les parties supérieures jusqu’à la surface de l’eau apparaissent dirigées comme elles sont ; les parties plongées envoient à travers la rareté transparente que la nature a donnée à l’eau , des images nageantes qui s’échappent de leurs corps , vers la surface supérieure de l’eau ; celles-ci , par l’agitation qu’elles y subissent, semblent produire pour les yeux l’aspect brisé delà rame.

Que nous voyons cela ou bien par l’envoi de simulacres ou par l’effusion de rayons partis des yeux , comme le veulent les physiciens , par l’une et l’autre cause , il semble que les choses sont de telle façon que l’aspect correspond à un faux jugement de l’organe de la vue.

Ce paragraphe est précieux à plus d’un titre ; il montre que le phénomène de la réfraction occupait déjàles savants, quoiqu’il n’ait été étudié sérieusement que par Ptolémée environ 200 ans plus tard. En second lieu, Yitruve hésite entre les deux théories données autrefois pour expliquer la vision, celle des simulacres partis des objects, adoptée par Épicure et Lucrèce , et la théorie des rayons oculaires , émanant de l’œil et allant par une sorte de tact, toucher les objets ; cette dernière théorie était celle des autres philosophes grecs, entre autres Platon et Aristote ; Yitruve semble pencher ici pour la théorie de Lucrèce. Le nom de physiciens désigne, suivant l’habitude, les philosophes de l’École Ionienne, Thalès, Anaximandre qui

se sont les premiers occupés de l’étude de la nature.

Sur la réflexion de la lumière et les miroirs. (Livre VII, chap. III).

A propos de l’épaisseur qu’on doit donner aux enduits, pour pouvoir ensuite les polir, Yitruve cite à l’appui les miroirs d’argent ; ce qui prouve que c’est surtout avec cette substance, très réfléchissante en effet, qu’étaient faits la plupart des miroirs à main, les seuls employés du reste dans l’antiquité :

Un miroir d’argent fait avec une lame trop mince, a des reflets incertains et faibles ; celui qui possède une rigidité suffisante peut supporter un poli effectué avec une certaine force , et donne des images nettes et possède un aspect brillant.

Page 1