‹ La science romaine à l'époque d'AugusteChapitre 17 sur 20 · CHIMIE · texte numérisé non relu

CHIMIE

Les notions de chimie les plus importantes que renferme l’ouvrage de Vitruve sont relatives aux matières colorantes employées pour les peintures murales (Livre VII) , concordant en général avec les indications que donne Pline sur le même sujet. Il y a de l’hésitation sur la nature de certaines couleurs indiquées seulement par leurs noms, comme étant bien connues, ainsi que sur certains végétaux dont on employait les laques. Mais sous d’autres rapports , on trouve des détails intéressants sur la préparation de certaines couleurs artificielles , telles que la céruse , le minium, le noir de fumée, par des procédés presque identiques à ceux qu’on emploie encore aujourd’hui.

Vitruve divise les matières colorantes en deux grandes classes, les couleurs naturelles d’origine minérale, et les couleurs artificielles ; il distingue dans ces dernières celles de nature inorganique et celles de nature organique, telles que la pourpre et les extraits des plantes. V oici les points principaux de cette nomenclature:

Couleurs naturelles. (Livre VII, chap. VII).

Le Sil , nommé wypa en grec, devait être l’ocre jaune; il se trouve dans diverses localités , même en Italie; le meilleur venait de l’Attique et se rencontrait sous forme

de veines dans l’exploitation des mines d argent , qui semble avoir été abandonnée à 1 époque de "V itruve , puisqu’il dit qu’on ne peut plus en avoir.

La Rubrique , paraît être la sanguine, abondante dans diverses localités ; la meilleure venait de Sinope dans le Pont, d’Egypte, des îles Baléares, de Lemnos.

Le Parœtonium, tire son nom du lieu de son extraction; d’après Pline, ce serait une sorte d’argile blanche.

La Mêline, venant de Mélos, une des Gyclades , serait également une sorte d’argile blanche , et par suite ces deux matières seraient probablement des argiles analogues au Kaolin.

La Craie verte ; la meilleure venait de Smyrne , nommée en grec OeoSÔT'.ov , du nom du propriétaire de la mine; c’est probablement de la cendre verte ou un bydrocarbonate de cuivre.

La Sandaraque ; la meilleure vient du Pont, près du fleuve Hyponis. Entre Epbèse et Magnésie, on trouve cette substance en poudre très fine , comme si elle avait été pilée et tamisée. D’après ce qui suit ce devrait être du minium naturel.

L’ Aurïpigmentum , nommé âpuévixov en grec , extrait du Pont. C’est l’orpiment ou sulfure naturel d’arsenic.

Le Minium, qui est en réalité le vermillon. A ce sujet Yitruve entre dans des détails assez étendus sur l’extraction de ce minerai , la préparation du mercure , et les emplois de ce dernier métal.

On trouva , dit-on , le minium , pour la première fois sur le territoire de Cilbianis, près d’Ephèse Le mode de traitement est très curieux. On retire de la mine des morceaux , nommés anthrax, avant qu’ils ne parviennent par divers traitements à l’état de minium ; cette substance a plutôt la couleur brune du fer, avec une poussière rouge tout autour. Quand on l’extrait, elle émet sous le coup des outils, de nombreuses larmes

de vif argent, que recueillent immédiatement les mineurs. Quand ces morceaux ont été réunis dans l’usine, on les jette dans un four pour leur faire perdre l’humidité dont ils sont imprégnés ; quand la fumée excitée par l’action du feu est retombée sur le sol du four, ont trouve qu’elle est constituée par du vif argent. Après avoir enlevé les morceaux, les gouttes qui restent ne peuvent, à cause de leur petitesse être recueillies ; on les balaie dans un vase rempli d’eau ; là , elles se réunissent et se confondent en une seule masse.

Ce mercure n’est que le mercure natif, souvent mélangé au cinabre, que l’on enlève ainsi ; probablement une partie du minerai devait être grillée aussi en même temps et contribuer à augmenter la quantité de mercure ainsi recueillie.

Relativement aux qualités du mercure , Vitruve donne sa densité en indiquant que quatre setlers pèsent cent livres, et cite le fait qu’une pierre très lourde nage à sa surface , tandis qu’un scrupule d'or tombe au fond ; j’ai déjà cité ce passage dans la partie relative à l’hydrostatique.

Relativement aux emplois du mercure, Vitruve dit qu’on s’en sert pour dorer l’argent et b airain, comme évidemment on a continué à le faire, jusqu’à la découverte de la dorure galvanique. Il sert en outre à retirer l’or des habits hors d’usage.

Quand de l’or a été mêlé au tissu d’un habit, que celui-ci usé à cause de sa vétusté, ne peut plus décemment être porté, les morceaux entassés dans un vase de terre, sont brûlés au-dessus d’un foyer. La cendre est rejetée dans de l’eau et on y ajoute du vif argent. Celui ci attire toutes les parcelles d’or et les oblige à s’unir à lui. Après avoir retiré l’eau , on le verse dans un linge et on le comprime avec les mains ; le vif argent s’écoule à travers les pores du linge à cause de sa fluidité , et l’or, réuni par la compression se trouve à l’intérieur.

Tout est parfaitement exact sauf en ce qui concerne le résidu de l’opération, que Vitruve sans doute n’avait jamais faite lui même, puisqu’il reste un amalgane solide d’or et de mercure , qu’on doit ensuite chauffer pour en extraire l’or pur.

Après cette intéressante digression sur les propriétés et les emplois du mercure , Vitruve revient au cinabre , dont il veut exposer le traitement employé pour le transformer en minium ou vermillon, donnant le nom d’anthrax au cinabre , tel qu’on le trouve dans la nature.

Les pierres elles-mêmes , quand elles ont été desséchées , sont brisées à l’aide de pilons de fer, pulvérisées, et après des lotions et des coctions nombreuses , qui enlèvent toute la gangue , il arrive que la couleur se produit. Le minium a perdu les propriétés naturelles qu’il possédait par suite du départ du vif argent ; sa nature devient plus tendre et sans dureté.

Ces coctions et lavages ont évidemment pour but de produire la transformation du cinabre en vermillon , fabrication qui restait secrète probablement et que Vitruve ne connaissait que superficiellement. Il ajoute :

Les usines étaient autrefois situées près des mines d’Éphèse ; elles sont actuellement transférées à Rome , parce que cette espèce de minerai a été trouvé dans des provinces d’Espagne ; les morceaux extraits des mines de ce pays sont transportés à Rome par les soins des percepteurs des impôLs. Les usines sont placées entre le temple de Flore et celui de Quirinus.

Il ajoute encore : «j’ai dit tout ce qui a pu me parvenir au sujet du minium », ce qui semblerait indiquer qu’il y avait là encore des secrets de métier qu’il ne connaissait pas.

Au sujet des peintures murales et du luxe qu’on y apporte, Vitruve parle déjà du prix des couleurs employées, telles que le minium , le chrysocolle , la pourpre, l’armenium, que le propriétaire devait fournir au peintre. C’est probablement à cause de son prix élevé que l’on avait été amené à frauder le vermillon en y ajoutant de la chaux. Vitruve indique le moyen de le constater, qui consiste à chauffer le cinabre suspect sur une lame de fer à un feu ardent et à constater s’il en résulte un changement de couleur de cette lame, quand elle est refroidie. Quoique ce que dit Vitruve manque de netteté, d’après ce que nous savons aujourd’hui, dans ces conditions, le cinabre disparaît

complètement par la combustion du soufre et la volatilisation du mercure ; s’il y a de la chaux , celle-ci reste à la surface de la lame de fer. Le vermillon ne devait être employé qu’à l’intérieur des maisons; dans les lieux découverts , où les peintures sont soumises à l’action des rayons du soleil et de la lune , il s’abime et passe au noir. Vitruve cite à cette occasion le scribe Faberius, qui après avoir fait peindre avec du vermillon la façade de sa maison de l’Aventin , a dû au bout d’un mois le remplacer par d’autres couleurs.

Pour mieux préserver le vermillon, et lui conserver sa couleur, Vitruve conseille de vernir les murs avec le vernis employé autrefois pour recouvrir les tableaux , c’est-à-dire avec un mélange de cire et d’huile. Voici comment on doit procéder :

Quand le mur est poli et bien sec, on le recouvre au pinceau de cire punique liquéfiée par le feu et mélangée d’un peu d’huile ; ensuite, après avoir placé des charbons dans un vase de fer, on force cette cire en la chauffant fortement à couler le long du mur et à bien s’étendre ; enfin, avec une chandelle et des morceaux de linge, on la frotte comme on le fait pour les statues de marbre nues.

C’est ce qu’on nomme en grec xaüfft; , (encaustique) ; ce revêtement de cire empêche l’éclat de la lune et les rayons du soleil de détruire la couleur des enduits.

Après ces longs développements sur le vermillon et le vif argent, Vitruve cite encore trois autres matières colorantes naturelles :

Le Chrysocolle , apporté de Macédoine , que l’on trouve dans le voisinage des mines de cuivre ; ce devait être probablement le lapis ou l’outremer.

L' Armenium et XIndicum , sans autres indications ; ces noms sont dérivés de ceux des lieux d’origine.

En résumé les couleurs naturelles employées par les anciens, étaient les suivantes:

le Sil (ocre), jaune brun,

la Rubrique (sanguine), rouge brun, le Parætonium et la Méline (argiles), blanc, la Sandaraque (minium naturel?), rouge, la Craie verte (cendre verte, Malachite), vert, l’Orpiment, jaune d’or, le Minium (vermillon), rouge, le Chrysocolle (Lapis ou cendre bleue), bleu,

FArmenium et l’Indicuni : l’Indicum paraît être d’un rouge foncé ou bleuâtre, puisque plus loin Ÿitruve dit qu’on peut l’imiter avec de la lie de vin desséchée et avec le suc de l’Isatis tinctoria ou pastel. Le mot Indicum est peut-être l’origine du mot Indigo ; cette substance venait probablement de l’Inde, où l’on prépare encore aujourd’hui l’indigo.

Des couleurs artificielles.

La couleur plus importante est le noir à cause de son emploi pour la fabrication de l’encre. C’était du noir de fumée qu’on obtenait par un procédé analogue à celui que l’on emploie encore aujourd’hui.

Noir. — On construit, dit Vitruve, un édifice en forme d’étuve, que l’on revet de marbre parfaitement poli ; par devant on bâtit un petit fourneau, s’ouvrant dans l’étuve par des ouvertures et dont la porte est parfaitement close, de telle sorte que la flamme ne puisse se dissiper au dehors. Dans le fourneau on met de la résine ; la puissance du feu la force en brûlant à émettre dans l’étuve par les ouvertures de la fumée qui adhère aux parois et à la voûte. On la recueille ; une partie mêlée à de la gomme sert à faire l’encre à écrire ; pour le reste les ouvriers peintres la mêlent à la colle et s’en servent pour peindre les murs.

A défaut de noir de fumée, Vitruve conseille de calciner des sarments de vigne ou des copeaux de pin, de réduire en poudre le charbon obtenu et de le mélanger à de la colle, comme on pourrait faire aujourd’hui avec du fusain.

Également de la lie de vin desséchée et cuite dans un fourneau et mêlée à de la colle, peut servir à faire une belle couleur noire; meilleur sera le vin dont elle provient, plus

facilement on pourra imiter la couleur noire, mais aussi celle de PIndicum.

La lie de vin qui contient du tartre , donne en effet à la calcination un charbon très léger ; desséchée seulement et provenant de vins très colorés, elle devait fournir une couleur rouge loncé , ce qui indique que l’Indicum avait cette couleur et était peut-être une sorte de sanguine. A défaut de méthodes pour analyser les substances et en connaître la véritable nature, l’aspect seul et la provenance pouvaient servir à les désigner ; par conséquent , vu la variété des argiles et des divers oxydes de fer, donnant des couleurs depuis le jaune jusqu’au rouge et au brun, on ne pouvait désigner ces substances , comme on le fait encore aujourd’hui (terre de Sienne, par exemple) que par le lieu d’origine.

Bleu cV azuré ou Cerulœus. — C’est à Alexandrie que fut faite d’abord cette substance; puis Vestorius en établit une fabrique à Pouzzol. Yitruve manifeste son admiration pour le procédé employé.

Du sable est broyé avec de la fleur de nitre, avec tant de soins qu’il en résulte comme de la farine ; on y mêle ensuite de la limaille de cuivre de Chypre, obtenue à l’aide de grosses limes ; on mouille et agglomère le tout ; on en fait des boules avec les mains et on les fait sécher. Une fois sèches, on les met dans un vase de terre (creuset), que l’on place dans un fourneau ; le cuivre et le sable échauffés par la violence du feu adhèrent ensemble, se donnent et reçoivent réciproquement des sueurs, perdent leurs propriétés et leur nature, et le tout achevé par la véhémence du feu prend une couleur bleue.

Evidemment il se forme ici une sorte d’émail bleu, par l’oxidation du cuivre, sous l’influence du nitre et la combinaison de l’argile avec la silice.

Ocre brûlée ou Usla. — Cette couleur pourpre s’obtient en calcinant du sil ou ocre et l’éteignant dans du vinaigre ; c’est probablement un mélange de colcotar et d’acétate de peroxyde de fer.

Céruse. — Les Rodiens, pour préparer cette substance, mettent des sarments dans des tonneaux, y versent du vinaigre, et au-dessus des sarments placent des morceaux de plomb ; on ferme ensuite les tonneaux avec des couvercles ; après un certain temps, en ouvrant on trouve de la céruse, provenant des morceaux de plomb — c’est en réalité le procédé hollandais.

Vert de gris ou Æruca. — On le fabrique par le même procédé en remplaçant le plomb par des lames de cuivre — c’est du sous-acétate de cuivre.

Sandaraque. — En réalité, c’est le Minium actuel.

La céruse cuite dans un four, changeant de couleur par l’action du feu, on obtient de la sandaraque. On dit que ceci arriva d’abord par hasard à la suite d’un incendie; cette substance fabriquée est d’un meilleur usage que celle qui se produit naturellement dans les mines d’où on la retire. Existe-t-il du minium naturel? Il proviendrait peut-être d’incendies accidentels dans des mines contenant de la céruse naturelle.

Ici se termine la description des procédés propres à la préparation des matières colorantes de nature minérale. A la suite vient la description du procédé de la préparation de cette fameuse pourpre, si employée dans l’antiquité, et aujourd’hui complètement abandonnée.

De VOstrum ou Pourp'e. — La substance même se nommait ostrum, parce qu’on la fabriquait avec des coquillages; on réservait le nom de pourpre à la couleur des objets teints avec cette substance. La teinte était variable suivant la provenance.

Celle qui est préparée dans le Pont et la Galatie est noire, parce que ces régions sont rapprochées du Nord ; celle qui vient des régions du Nord- Ouest est livide ; à 1 orient et à l’occident, elle est violette ; dans les régions du Midi, elle est rouge ; c’est ainsi qu’est celle de Rhodes et des autres régions voisines du soleil.

Quand les coquilles sont récoltées, on lait tout autour une incision avec

une lame ; il en coule, sous forme de larmes, une humeur pourpre, qu’on recueille dans un mortier, où on la travaille avec le pilon Comme ceLte substance est extraite de coquilles trouvées dans la mer, on la nomme ostrum. A cause de la présence de l’eau de mer elle se dessèche très vite, si on ne la conserve pas dans du miel.

La description de Vitruve n’est pas de nature à éclaircir beaucoup le procédé de la préparation de la pourpre ancienne, sur lequel il y existe encore beaucoup d’incertitude. Il est certain toutefois que la pourpre était d’un prix très éleve, vu sa rareté et la difficulté de s’en procurer des notables quantités ; aussi s’était-011 efforcé de la remplacer par diverses laques et extraits de plantes tinctoriales.

Des couleurs Urées des végétaux. — Pour imiter la pourpre, on imbibe de la craie avec l’extrait de la racine de garance ou de l’hysginum (plante inconnue).

Pour imiler le sil de l’Attique, on jette des violettes desséchées avec de l’eau duns un vase, on fait bouillir sur le feu ; quand la coction est terminée, on les jette sur un linge, on exprime le suc avec les mains ; on reçoit dans un mortier l’eau colorée des violettes ; on y met de la craie d’Erétrie que l’on écrase, et on obtient une couleur semblable à celle du sil de l’Altique.

Le sil n’est autre que l’ocre, comme on l’a vu plus haut. Comment la violette peut-elle donner une couleur jaune ; peut-être ajoutait-on du vinaigre ou un acide, de manière à faire virer la couleur de la violette au rouge.

En mêlant du vaccinium (inconnu) et du lait, on a une couleur pourpre.

Si l’on n’a pas de chrysocole, substance rare et chère, on ajoute an cœruleum (azur artificiel), le suc d’une plante nommé lutum (gaude) et l’on obtient une couleur verte. Quand l’Indicum fait défaut, on teint de la craie selinusienne ou annulaire avec du vitrum (pastel) que les grecs nomment tuanç, et on imite ainsi la couleur de l’Indicum.

Sur l'action dissolvante des acides. (Livre VIII, chap. III).

Dans le livre VIII consacré tout entier à l’étude des sources d’eau potable et des eaux minérales, Vitruve, au milieu de beaucoup d’erreurs, dont quelques unes ont été plus d’une fois répétées jusqu’à la création de la chimie moderne, parle de toute espèce de sources minérales et de leurs effets thérapeutiques, dont il sera question plus loin. Entre autres ]1 cite des sources acides, telles que celle de Lynceste , de Velino en Italie, de Téano en Campanie , et d’autres localités, qui ont la propriété de dissoudre les calculs qui prennent naissance dans la vessie. Ces eaux probablement sont des eaux bicarbonatées avec excès d’acide carbonique; voici comme il en explique les effets :

Ceci semble se passer naturellement, parce que des sucs acres et acides sont contenus dans la terre d’où jaillissent ces eaux, qui y puisent ainsi leur acreté. Quand elles ont pénétré dans le corps, elles dissolvent les dépôts et les concrétions nuisibles. On peut expliquer ainsi comment les acides possèdent cette action dissolvante. Si un œuf est placé quelque temps dans du vinaigre, son enveloppe se ramollit et se dissout. De même, plaçons du plomb, qui est mou et très pesant, dans un vase et plongeons le dans du vinaigre ; si on ferme hermétiquement le vase, il arrive que le plomb est dissous et changé en céruse.

Par la même raison le cuivre, quoique d’une nature plus solide, traité de même , disparaît et devient du vert de gris. Enfin , des perles et la roche siliceuse , que le fer ni le feu ne peuvent attaquer, après avoir été chauffées par le feu, arrosées de vinaigre se fendent et se dissolvent.

Quand donc nous voyons ces faits se produire sous nos yeux , nous jugerons que par les mêmes causes naturelles les calculs pourront subir la même action de la part des acides à cause de l’acrelé de ces derniers.

Il y a dans les citations relatives à l’action des acides, des faits justes et bien observés et des erreurs; entre autres le cristal de roche chauffé fortement et jeté dans l’eau froide acidulée ou non, se brise en morceau par suite du refroi-

dissement inégal des diverses parties. Néanmoins, on sent déjà là les premiers indices de la méthode expérimentale, appliquée en particulier à la thérapeutique et à l’explication des phénomènes du ressort de la physiologie.

Précautions à prendre dans le creusement des puits.

(Livre VIII, chap. VII).

Dans le livre VIII consacré aux sources d’eau, Vitruve parle du creusement des puits, quand on ne trouve pas de sources naturelles, et il est important, pour en bien choisir l’emplacement, de bien tenir compte de tout ce que peut contenir le terrain.

A. ce sujet, il revient sur les quatre éléments et attribue à l’air les émanations gazeuses qui se produisent au fond des puits.

La terre est en effet formée , comme toutes choses , de quatre principes : elle est elle-même terrestre ; elle contient de l’eau qui produit les sources, des chaleurs, d’où naissent le soufre , l’alun et le bitume, des souffles aériens puissants. En vertu de leur pesanteur, quand ceux-ci parviennent à travers des canaux jusqu’au fond des puits, ils sont nuisibles aux fossoyeurs ; leur vapeur naturelle s’insinuant dans les narines , obstrue les souffles animaux (arrêtent la respiration) ; si ceux-ci ne se sauvent rapidement, ils meurent.

Pour parer à cet accident, on devra agir ainsi. On descendra une lanterne allumée ; si elle continue à brûler, on pourra descendre sans danger ; si au contraire la lumière est éteinte par l’action de la vapeur, on creusera des évents à droite et à gauche du puits ; et ainsi ces gaz se dissipent par ses tuyaux comme par des cheminées.

On savait donc, à cette époque, mais évidemment sans s’en rendre compte, que les qualités de l’air devaient être les mêmes pour la respiration et la combustion.

Expérimentation de Veau. (Livre VIII, chap. V).

Vitruve indique divers procédés pour reconnaître la qualité des eaux potables, dont quelques uns sont encore employés aujourd’hui. Il conseille d’examiner d’abord si l’eau coule à ciel ouvert avant d’être amenée par des tuyaux ; quelle est la santé, la complexion des habitants vivant sur le trajet du cours d’eau et en faisant usage.

Quand on vient de creuser une fontaine, on jettera de l’eau sur une lame d’airain de Corinthe (sorte d’alliage d’or, d’argent et de cuivre) ou de toute autre sorte d’airain ; si elle n’y fait pas de tache, elle sera bonne. On la fait bouillir dans un vase d’airain , puis on la transvase après l’avoir laissée refroidir; si l’on ne trouve au fond du vase, ni sable, ni limon, on peut admette cela comme preuve de sa bonté.

Le dépôt effectué pendant la cuisson, démontre seulement que l’eau est plus ou moins calcaire, sans qu’on puisse en inférer qu’elle soit absolument mauvaise.

Les caractères suivants sont plus probants;

Si des légumes jetés dans un vase avec cette eau, mis sur le feu, cuisent rapidement, cela fera voir que l'eau est bonne et salubre. Si l’eau prise à la source même, est limpide et claire , que sur aucun point de son parcours, il ne s’y produit de la mousse (probablement des conferves), des joncs, qu’elle n’est pas salie par aucune ordure, qu’elle conserve l’aspect de pureté, à ces signes on reconnaîtra qu’elle est légère et très salubre.

La non cuisson des légumes, indique, comme l’on sait, la présence des sels de chaux. Les végétations qui prennent naissance dans les cours d’eau, y introduisent des matières organiques en décomposition , qui les rendent insalubres.

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