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CHAPITRE VIII

HISTOIRE NATURELLE. - GÉOGRAPHIE. - GÉOLOGIE. - MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION.

De l'époque à laquelle on doit couper le bois. (Livre II, chap. IX).

A l’occasion de la description des bois employés dans les constructions, Vitruve indique l’époque à laquelle la coupe du bois peut être faite dans les meilleures conditions ; c’est au commencement de l’automne, avant que le Favonius commence à souffler (vent d’Ouest). 11 compare l’arbre sur le point de produire les feuilles et les fruits, à une femme enceinte qui est moins solide, en moins bonne santé qu’après la délivrance, comme le démontre la vente des esclaves; dans les ventes, en effet, celles qui sont enceintes ne sont pas garanties être bien portantes. En laissant de côté cette analogie plus ou moins juste, Vitruve reconnaît qu’au printemps les tissus du bois sont humides et spongieux, tandis qu’à l’automne, après la chute des feuilles et la maturation des fruits, ils gardent les sucs puisés par les racines dans le sol et retrouvent leur ancienne solidité, accrue encore par l’action du froid de l’hiver. Quoique ne connaissant pas la double circulation de la sève dans les arbres, il recommande avant de couper les arbres, d’y faire une incision assez profonde , et de ne les couper définitivement que quand tout le liquide aura cessé de s’écouler par la section ainsi faite.

Sur les caractères différents des peuples septentrionaux et méridionaux. (Livre VI, chap. I).

A l’occasion de la forme et de la disposition différente à donner aux maisons suivant les climats, Yitruve entre dans de longs détails sur les différences de structure, de constitution des peuples suivant la latitude des pays qu’ils habitent, évidemment par rapport à la situation de Rome.

Il semble attribuer les variétés des climats surtout à la sécheresse des pays tropicaux et à l’humidité plus grande des pays septentrionaux, conséquence de l’action calorifique plus ou moins grande du soleil.

L’influence de l’obliquité des rayons solaires n’ayant pas encore été bien observée , Yitruve semble admettre de préférence une plus grande proximité du soleil pour les pays tropicaux que pour les septentrionaux.

Delà vient, dit-il, qu’au septentrion vivent des peuples à corps immenses à peau blanche, à cheveux droits et roux, avec des jeux verts et beaucoup de sang, parce que leur constitution correspond à l’abondance de 1 humidité et à la basse température du ciel. Les peuples voisins de l’équateur, soumis au cours du soleil, ont, à cause de l’ardeur de ses rayons, des corps plus petits, une couleur foncée, des cheveux frisés, des jeux noirs, des jambes faibles, peu de sang. A cause de cette rareté de leur sang, ils n’osent résister aux armes , mais supportent sans crainte les chaleurs et les fièvres, parce que leur corps s’est développé dans la chaleur. Les hommes du nord sont plus faibles, redoutent plus la fièvre ; mais à cause de l’abondance de leur sang, ne craignent pas la vue des armes.

Après avoir indiqué les différences de structure et de constitution dues au climat, opposant la mollesse des peuples méridionaux au courage de ceux du Nord, Vitruve parle de l’influence du climat sur la manière de parler et d’agirr et fait à ce sujet des remarques qui ont un certain fond de vérité.

A cause de la subtilité de l’air, de la grande chaleur du climat, les

peuples du Midi ont plus d’activité, de rapidité dotis la conception de leurs projets. Ceux du Nord, sous l’influence d’une atmosphère épaisse, refroidis par l’humidité constante du ciel, ont les esprits engourdis.

Il cite, comme preuve démonstrative, les serpents qui s'engourdissent pendant l’hiver et se meuvent, au contraire, rapidement pendant les chaleurs de l’été. Aussi, ajoute-t-il, ne doit-on pas s’étonner si l’air chaud rend les esprits des hommes plus vifs, et l’air froid plus lents. Les nations du Nord ont donc l’esprit lourd, la conception lente ; celles du Midi un esprit prompt, de la sagacité, mais peu de courage. La conclusion est facile à prévoir :

La nalure a ainsi disposé le monde, de telle sorte que les nations soient dissemblables par leur constitution ; mais il lui a plu de placer au milieu de toutes les régions qui forment le globe terrestre, celle qu’habite le peuple Romain.

Les nations de l’Italie sont, en effet, parfaitement équilibrées par rapport à la vigueur du corps et de l’esprit et le courage. De même que la planète Jupiter, circulant entre la planète brûlante de Mars et la planète glacée de Saturne, est elle-même tempérée, de même l’Italie, située entre le Nord et le Midi, l’emporte sur l’un et l’autre par les qualités qu’elle leur emprunte à tous deux. Elle triomphe des Barbares par son courage, et des Méridionaux par sa prudence. Ainsi donc, c’est à une pensée divine que la cité du peuple Romain a dû d’être placée dans une région excellente et tempérée, afin qu’elle devint la maîtresse du monde.

Il y a là évidemment des observations justes sur les différences qui existent entre la complexion des hommes du Nord, les Gaulois, par exemple, et les Africains, que Yitruve avait eu occasion de voir probablement, quand il faisait partie de l’armée de César. On ne peut cependant se refuser à reconnaître que le centre de la civilisation s’est un peu rapprochée du Nord, chez ces peuples lourds et apathiques à cause de l’humidité de leur climat.

Mais la plus singulière remarque de Vitruve au sujet de l’effet des climats, c’est que les peuples du Nord devaient avoir une voix grave et ceux du Midi une voix plus aigue. Il en donne d’assez singulières raisons. Il indique

assez confusément la construction d’un triangle à la surface de la terre, dont le sommet serait vers l’équateur, et la base vers le pôle, semblable à l’instrument que les Grecs nomment a-au[3'jx7| dans lequel on mettait des cordes de divers longueurs. Les nations placées vers le Midi, chez lesquelles le pôle est peu élevé au-dessus de l’horizon, ont une voix grêle et frêle, comme la corde placée dans l’instrument de musique près du sommet ; vers le milieu de la Grèce, l’échelle des sons est déjà plus grave et de plus en plus à mesure que l’on s’avance vers le Nord. Dans ce passage, Vitruve semble un peu partager les idées de Pythagose sur les rapports de l’organisation du monde et des règles de la musique, quand il dit :

Il semble ainsi que le monde a été complètement conformé en harmonie et en entière consonnance avec la température due au soleil.

Revenant sur le même point, il dit que les peuples du Midi atteignent les sons élevés du Nete et du Paranete ; celles du Nord, toujours à cause de l’humidité, ont un timbre de voix dans le voisinage des Hypates et du Proslambanomenos. Comme preuve que l’humidité a pour effet d’abaisser la voix, il indique l’expérience suivante, tout au moins ingénieuse, si les conclusions qu’il en tire, sont un peu forcées :

Deux coupes égales entre elles, faites de terre poreuse et cuites au four, de même poids, rendent par le choc le même son ; l’une d’elles est plongée dans l’eau, d’où on la retire ensuite ; on les frappe de nouveau toutes deux. On constate, en le faisant, que les sons ne sont plus les mêmes, et qu’elles n’ont plus le même poids. Ainsi , les corps des hommes, quoique de même configuration, à cause de la chaleur de la région, viennent les uns frapper l’air de sons aigus, les autres, à cause de l’abondance de l’humidité, rendent des sons plus graves.

L’observation a-t-elle montré que l’Italie, qui a produit tant de grands chanteurs, a donné plus de ténors, la France et l’Allemagne plus de basses et de barytons?

Mario était italien, mais Dupré et Nonrit étaient français ; nous ne parlons pas, bien entendu, des chanteurs exceptionnel, pour Faculté de leur voix, qui se trouvaient autrefois dans la chapelle du Vatican. Pour les cantatrices, il est hors de doute que celles qui ont eu le registre de voix le plus élevé, telles que la Frezzolini, l’Alboni..., étaient italiennes ; mais elles possédaient , pour la plupart , en même temps le registre grave des contralto.

Sur la manière de trouver les sources. (Livre VIII, chap I).

Vitruve indique divers moyens, dont quelques-uns très ingénieux et pratiques, pour découvrir les sources souterraines, ou plutôt les localités où en creusant des puits on peut espérer trouver de l’eau à une faible profondeur.

On se couche par terre au lever du soleil, le menton appuyé sur le sol ; les endroits où l’on voit des vapeurs ondoyantes dans l’air, on devra creuser; car, dans un lieu sec, ce signe indiquant la présence d’une nappe souterraine fait défaut.

On doit consulter la nature du terrain ; dans la craie il y a peu d’eau et elle est d’une mauvaise qualité ; de même dans le sable meuble; si on en trouve à une grande profondeur, elle est limoneuse et d’un mauvais goût. Dans les terre noires, on trouve de l’eau très bonne, s’infiltrant peu à peu pendant l’hiver jusqu’à un fond solide et compact. Les désignations des terrains sont trop incertaines pour qu’on puisse bien comprendre et suivre Vitruve dans la nomenclature de ceux où abondent les bonnes sources. Il indique, en résumé, comme en fournissant d’abondantes et de bonne qualité, les diverses espèces de terrains formés de sable, la pierre rouge, le pied des montagnes, et les rochers siliceux.

Dans les fontaines qui se trouvent dans les plaines, les sources sont

saumâtres, pesantes, tièdes et désagréables, à moins qu’elles ne partent des montagnes pour aller sous terre jaillir au milieu des champs, ou, protégées par l’ombre des arbres, elles offrent la même douceur que celles des montagnes.

La présence des plantes aquatiques, de saules, joncs,

roseaux dans des endroits non marécageux, indique la

présence de sources souterraines.

Si ces divers indices font défaut, on fera les recherches suivantes. On creusera une fosse ayant une largeur de trois pieds dans tous les sens, et avant une profondeur de cinq pieds ; on y placeia vers le coucher du soleil un vase d’airain ou de plomb, ou un bassin quelconque, après l’avoir enduit d’huile intérieurement et renversé; on couvrira la fosse de roseaux ou de branches, au-dessus desquels on mettra de la terre ; le jour suivant on l’ouvrira; si au vase adhèrent des gouttes d’eau ou de l’humidité, cela prouvera que cet endroit contient de l’eau.

On peut remplacer le vase métallique par un vase de terre, une toison, ou une lampe allumée ; si on la trouve éteinte le jour suivant quoique encore pleine d’huile et humide, cela prouvera la présence de l’eau, puisque la chaleur même modérée attire à elle l’humidité; de même encore, si en faisant du feu, de manière à faire chauffer le sol, on voit s’élever une vapeur épaisse.

Vitruve conseille de chercher les sources dans les montagnes, dans les régions tournées vers le Nord, à cause de l’ornhre projetée qui s’oppose à l’action du soleil, et de la présence des forêts qui produisent le même effet. Il connaissait, en effet, déjà l’effet des forêts pour retenir les eaux de pluie et la neige, car il dit :

Les régions montagneuses reçoivent de nombreuses pluies, et à cause des forêts qui s’y trouvent, les neiges sont conservées par l’ombre des arbres et des montagnes ; fondues ensuite, elles s’écoulent à travers les veines de la terre, parviennent ainsi jusqu’au pied des montagnes, d’où jaillissent les fontaines.

Les plaines échauffées par le soleil, qui fait évaporer l’eau, ont moins de sources, et celles qui y existent sont

moins bonnes à cause de l’évaporation des parties les plus subtiles ; il ne reste que les parties les plus lourdes, dures et d’un mauvais goût.

Du cours des fleuves du Nord au Sud. (Livre VIII, chap. II).

Comme preuve que les vents du Midi amènent plus d’humidité que les vents du Nord, vents qui donnent lieu à la condensation de la vapeur dans les montagnes dirigées de l’Est à l’Ouest, sur la face dirigée vers le Sud, Vitruve cite le fait que la plupart des fleuves et les plus grands, décrits et dessinés par les géographes sur les cartes, coulent du Nord au Sud. 11 donne ainsi un échantillon des notions de géographie qui avaient cours de son temps et qui sont parfois un peu fantaisistes.

Voici les noms des fleuves cités homme coulant du Nord au Sud,

D’abord dans l’Inde , le Gange et l’Indus sortent du Mont-Caucase. En Syrie, il y a le Tigre et l’Euphrate ; en Asie, dans le Pont, le Borysthène, l’Hypanis et le Tanaïs : en Colchide le Phase ; en Gaule le Rhône ; en Celtique le Rhin ; contre les Alpes le Timave et le Pô ; en Italie le Tibre ; en Marusie, que nous appelons Mauritanie, on trouve le Dyris qui, sorti du versant septentrional du Mont-Atlas, coule vers l’occident vers le lac Heptabole , et changeant de nom est appelé Niger ; ensuite du lac Heptabole, coulant sous des montagnes désertes, il arrose les pays méridionaux, et il se rend dans le lacColoé, qui entoure Méroé, laquelle est le royaume d’Ethiopie méridional ; au sortir de ces marais, il forme au milieu de ses détours les fleuves Astaboras et Astasobas et plusieurs autres ; il parvient à travers les montagnes à la cataracte ; de là, il se précipite au Nord, parvient en're Eléphantis et Syène dans les champs Thébaïques de l’Egypte, et là, prend le nom de Nil.

Le cours tant soit peu fantaisiste du Nil semble cependant renfermer quelques aperçus de la réalité, comme la réunion des deux branches du Nil en Nubie, probablement le Nil bleu et le Nil blanc, et peut-être leur source dans les grands lacs de l’Afrique centrale. Mais on voit que Vitruve

raconte tout cela plutôt d’après les traditions que par ce qu’il a pu voir, témoin le Borysthène (le Dnieper) coulant dans le Pont, le Rhin allant du Nord au Sud, et les sources du Nil. La preuve que c’est bien en Mauritanie que le Nil prend sa source, c’est que, dit-il, de l’autre côté du Mont- Allas existent d’autres sources de fleuves coulant vers l’Océan occidental, où l’on trouve des ichneumons , des crocodiles et d’autres animaux et des poissons semblables à ceux du Nil, excepté des hippopotames.

Des eaux thermales. (Livre VIH, chap. II).

Vitruve explique l’existence des eaux chaudes ou thermales par ce fait que quand le feu s’est allumé dans de l’alun, du bitume, du soufre, il échauffe la terre, envoie au-dessus des vapeurs chaudes et échauffe ainsi les sources supérieures sans en changer le goût.

Pour les sources froides qui ont un goût désagréable, il admet qu’elles ont parcouru les parties profondes et très chaudes de la terre , mais qu’elles se sont refroidies avant d’arriver à la surface, tout en conservant une couleur et une odeur particulières. Ce qui le frappe surtout, c’est que ces eaux, quoique froides, paraissent comme bouillonnantes, évidemment à cause des bulles de gaz, qui s’échappent du liquide ; mais comme la différence entre les gaz et les vapeurs n’était pas connue à son époque, ni même beaucoup plus tard, Vitruve admet que :

Celles qui sont froides, paraissent à l’aspect être brûlantes , parce que quand elles ont pénétré profondément dans un lieu brûlant ; par suite du combat de l’humidité et du feu, elles reçoivent des souffles violents et sonores, et gonflées ainsi par la force du vent comprimé, elles sortent sous forme de sources abondantes en bouillonnant. Celles qui ne trouvent pas d’issue, mais sont retenues par des roches ou tout autre obstacle, sont poussées par la force de l’air, à travers des conduits étroits jusqu’au sommet des montagnes.

Vitruve montre quelle erreur on commet en creusant un large puits au sommet des montagnes, dans l’espoir d’y trouver des sources, et cite comme exemple, l’eau chauffée, qui bouillonne dans un vase à moitié plein et fermé, soulève le couvercle et s’échappe au dehors. Si l’on ôte le couvercle, ayant émis dans l’air ses bouillonnements, elle retombe à son niveau. De même, les sources comprimées dans des espaces étroits, s'élèvent par les gaz qui les font bouillonner jusqu’au sommet; dans des conduits larges, les gaz se dégagent et l’eau retombe à son niveau.

Il y a là quelques faits bien observés sur l’influence des gaz contenus dans l’eau pour produire leur ascension par suite de la compression qu’ils exercent, quoique Vitruve ne voie dans cette ascension qu’une certaine analogie avec la mousse qui se développe à la surface des liquides en ébullition.

Sur la diversité des productions des diverses régions.

(Livre VIII, chap. III).

Dans le Livre VIII, Vitruve donne une longue énumération des propriétés des diverses espèces de sources minérales, les unes exactes, les autres complètement fabuleuses ; j’en dirai quelques mots dans un autre chapitre à l’occasion des notions de médecine. Pour expliquer les diverses propriétés et saveurs des eaux par la nature du terrain, il montre que celle-ci influe également sur la nature des plantes et des fruits ; il cite à ce propos les diverses espèces de vignes, donnant des vins différents, telles que les vignes de Lesbos, de Lydie, de Méonie ; celles de Sicile donnent lemammertin, celle de Campanie le falerne, et à Terracine et Fundi le cécube.

Cela ne peut être dû qu’à ce que les sucs de la terre, introduits dans les racines des arbres en nourrissent la substance de leurs propriétés ; ils s’élèvent jusqu’au sommet, et communiquent aux fruits la saveur particulière de la localité et de leur espèce.

Il cite encore, à l’appui de cette opinion, les productions spéciales à diverses régions, telles que les aromates de Syrie et d’Arabie, l’encens, le poivre, la myrrhe, le laser de la Cyrénaïque (peut-être Passa fœtida, si estimée des gourmets Romains). Mais sa comparaison cesse d’être exacte, quand il n’attribue cette diversité de productions, ainsi que les différences que présente le bétail qu’à la latitude et à l’action plus ou moins intense du soleil. A défaut de la connaissance de constitution géologique des terrains, en admettant surtout l’existence des quatre éléments, il était difficile de trouver une autre cause à cette différence de productions des diverses régions que dans l’actionplus ou moins intense de l’insolation. Du reste, aujourd’hui encore, malgré nos connaissances infiniment plus exactes de la constitution du sol et du sous-sol, la géographie botanique en est encore presque complètement à la partie purement descrip tive, et, ce n’est qu’en se fondant sur la théorie de l’évolution, que l’on peut trouver les raisons pour lesquelles certaines régions possèdent exclusivement une flore et une faune spéciales ; d’autant plus que par l’importation , on arrive à acclimater complètement certains végétaux exotiques. Pourquoi, par exemple, la pomme de terre étaitelle restée confinée complètement en Amérique, et s’estelle adaptée ensuite à toute espèce de climats, en donnant de nombreuses variétés?

Des briques. (Livre II, chap. III).

Dans le Livre II, Vitruve s’occupe surtout des divers matériaux de construction ; il commence par la fabrication des briques ; mais il ne donne que la fabrication des briques crues ; les briques cuites étaient également employées dans les constructions; elles étaient faites évidemment avec les mêmes matériaux, sauf la cuisson postérieure. Il indique, en effet, qu’on employait également les briques cuites, comme il le dit à l’occasion de la construction des

murs des villes, que l’on fait, soit avec des roches taillées, ou du silex, ou des moellons, ou bien des briques crues ou cuites; les murs de Babylone auraient été ainsi faits de briques cuites reliées par du bitume au lieu de sable et de chaux.

On ne doit pas prendre pour faire les briques de l’argile qui soit mélangée de sable, de cailloux ou de gravier, parce que ces substances les rendent lourdes, ensuite parce qu’elles se désagrègent quand elles sont frappées par la pluie dans les murs, et que la paille n’y adhère pas bien à cause des aspérités. Il faut les faire avec de la terre crayeuse blanche ou rouge, ou du sablon mâle. Ces substances, à cause de leur douceur ont de la plasticité, ne sont pas lourdes dans les constructions, et se travaillent facilement.

Tous les commentateurs sont dans l’indécision sur ce que l’on doit désigner par l’expression de mascula sabulo ou de sablon mâle. Ces briques sèches doivent être préparées au printemps ou à l’automne, afin que la dessiccation se fasse lentement. Si on les fait pendant l’été, la surface extérieure se dessèche trop vite, et l’intérieur restant humide, se contracte plus tard et les rend fragiles.

Les briques encore humides placées dans les murs, se contractent par la dessiccation et abandonnent l’enduit qui, à cause de sa faible épaisseur, se brise, il conseille, paisible, de laisser sécher les briques au moins deux ans. A Utique, on ne permettait d’employer des briques pour les constructions qu’au bout de cinq ans. A Calentum en Espagne, à Marseille en Gaule, à Pitane en Asie, on fabriquait des briques tellement légères qu’elles nageaient sur l’eau; malgré cela, elles étaient imperméables à l’eau, et très utiles dans les constructions à cause de leur légèreté.

Du sable. (Livre III, chap. IY).

Vitruve signale quatre espèces de sable; celui de carrière, le blanc, le noir, le rouge et le carboncle. Ce carboncle semble être une sorte de sable volcanique, analogue à la

pouzzolane, mais noir, puisqu’il est assimilé à du charbon. Plus loin , dans le même livre , en effet , il dit que comme dans la terre de Campanie, la terre brûlée devient de la cendre, en Etrurie, le carbunculus provient de substances brûlées. Il est plus mou que le tuf, plus solide que la terre ; quand celle-ci est brûlée complètement par la vapeur, il en résulte en plusieurs localités ce genre de sable nommé carbunculus.

Pour reconnaître les qualités du sable, Yitruve conseille de le frotter dans les mains ; il doit alors faire du bruit ; s’il contient de la terre, il est moins rugueux ; jeté sur un vêtement blanc, puis enlevé, il ne doit pas le salir ni y laisser de terre.

A défaut de sable de carrière, on peut prendre du sable de rivière, soit du fond, soit des bords, même du bord de la mer. Celui-ci cependant présente l’inconvénient (évidemment à cause des sels provenant de la mer) de se dessécher difficilement. Il est surtout mauvais pour les enduits, parce qu’il fait ressortir le sel ou se salpêtre. Le sable de carrière est préférable ; toutefois on ne sait trop quelle est l’origine de l’idée de Yitruve, que le sable extrait depuis longtemps, par suite de l’action du soleil, de la lune et de la gelée est désagrégé et devient terreux. On ne voit pas non plus pourquoi le premier convient mieux pour les • constructions et le second pour les enduits.

De la chaux. (Livre II, chap. V).

Yitruve distingue nettement les deux espèces de chaux’ celle qui est faite avec des pierres dures et denses, c’est-àdire la chaux maigre qui est bonne pour les constructions ; celle qui est faite avec des pierres poreuses ou la chaux grasse sert pour les enduits. Pour faire le mortier, à une partie de chaux éteinte, on mêle trois parties de sable de carrière ou deux de sable de fleuve ou de mer.

C’est probablement en volume que ces proportions sont données et cette différence doit tenir à ce que ces dernières espèces de sable étaient à grains plus fins et parconséquent plus compacts. Il conseille d’ajouter au sable de rivière ou de mer une troisième partie de tuiles concassées. J’ai déjà donné précédemment les raisons par lesquelles Yitruve explique l’adhésion de la chaux cuite et éteinte au sable et aux moellons.

De la pouzzolane (Pulvis puteolanus) (Livre II, chap. VI).

Yitruve parle avec admiration de la poudre ou cendre naturelle que l’on trouve dans les environs de Baïa et les champs municipaux autour du Mont Yésuve; c’est la pouzzolane ou cendre volcanique.

Les anciens en connaissaient l’emploi pour les constructions hydrauliques.

Mélangée avec des pierres et de la chaux (béton moderne) elle donne de la solidité aux autres édifices, et en outre les constructions faites dans la mer se solidifient. Ceci paraît provenir de ce que sous ces monts et cette terre se trouvaient de nombreuses fontaines bouillantes, qui n’existeraient pas si, dans les profondeurs elles ne recevaient l’action des feux intenses sortis du soufre, de l’alun et du bitume. Par suite le feu et la vapeur de cette flamme pénétrant profondément et brûlant dans les veines de la terre rend cette terre légère, et le tuf qui prend ainsi naissance est desséché et sans liquides. Donc quand les trois substances formées toutes trois par l’action du feu, arrivent à former un mélange et après avoir reçu subitement de l’eau, elles adhèrent, se durcissent et se solidifient sous l’action de cette humidité, et ni les flots, ni la force de l’eau ne peuvent les disjoindre.

Vitra. ve dit d’abord qu’on ajoute à la pouzzolane de la chaux et du cœmentum, mot qu’on traduit par moellon; à la fin du même chapitre, il semble dire qu’on doit préférer des morceaux de pierre ponce. On pourra remarquer aussi, comme pour la production des eaux thermales, que les substances principales capables de produire des feux sou-

terrains se réduisent au soufre, à l’alun, et au bitume. Qu’est-ce que Vitruve entendait au juste par alumen ? Le soufre et le bitume étaient combustibles; mais l’alunite, que l’on trouve encore dans les régions volcaniques de l’Italie, ne l’était pas. Gomme preuve de l’existence des feux souterrains qui ont servi à la formation de la pouzzolane et de la pierre ponce, Vitruve cite les grottes des monts de Gumes et de Baïa, que l’on emploie comme étuves naturelles pour y obtenir des sudations.

Il dit aussi que l’on rapporte que sous le Vésuve autrefois l’ardeur du feu avait augmenté, était devenue très intense, et qu’il avait vomi des flammes.. sur les champs environnants. Cela tendrait à prouver que la fameuse éruption de 70, où périt PJine l’ancien, n’a probablement pas dû être la première, d’après ce que dit Vitruve; seulement la précédente fut probablement très ancienne. La présence des pouzzolanes et des pierres ponces dans les champs phlégréens, démontre bien qu’il avait dù y avoir des éruptions plus anciennes que celle qui a constitué le Vésuve à l’état de volcan en action, tel qu’il existe aujourd’hui ; le nom de Pompeïe ajouté à celui de la pierre ponce montre que l’éruption qui ensevelit cette ville ne devait pas être la première. Il dit en effet :

Par suite la pierre ponce est appelée pierre poreuse (spongea) ou pierre de Pompeïe ; elle provient de la cuisson d’une autre pierre et a pris par suite les qualités qu’elle possède.

Cette génération de la pierre ponce et de la pozzolane sur place par l’effet de la chaleur souterraine, prouve que Vitruve n’avait pas vu d’éruption volcanique , ni de projections de pierres ponces et de cendres. Il considère en effet la pierre ponce comme provenant du tuf et de la terre par la cuisson, par suite d’une action analogue à celle qui produit la chaux, par l’évaporation de l’eau. L’analogie de 1 aspect de la pierre ponce avec celui du tuf ou travertin, si abondant aux environs de Tivoli, lui avait fait croire évi-

demment à la transformation de l’un dans l’autre. Vitruve élève lui-même l’objection qu’il y a des sources thermales dans divers pays, mais qu’elles fournissent di\ erses espèces de produits suivant la nature du sol qui les constitue ; dans les unes il est sableux, dans les autres terreux ou formé de gravier. Quelle distinction établit Vitruve entre les mots sabulosus et arenosus? Probablement dans l’aspect ou la grosseur des grains. Il termine cette énumération en faisant remarquer en particulier que les feux souterrains ont produit en Campanie la pouzzolane et en Etrurie le carbuDculus.

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