‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 105 sur 151 · LIVRE m, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IX

Il se présente ici une réflexion. Quand on pense que le système delà monarchie constitutionnelle ou représentative nous a été apporté et appliqué par les élèves de ce Montesquieu, qui avait compris l'Angleterre et sa constitution aussi bien qu'aurait pu le faire un mandarin chinois, faut-il s'étonner que ce système mène nos populations continentales au mépris et à la haine de tout gouvernement, et que la peste rouge succède au typhus constitua tionnel?

Pour ceux de mes lecteurs qui en seraient encore aux idées de Montesquieu , esquissons en peu de mots la constitution sociale et politique de l'Angleterre.

Par le droit de primogéniture combiné avec celui des substitutions, droits qui sont encore plus dans les mœurs nationales que dans la loi (i), l'aristocratie anglaise, peu nombreuse, possède à perpétuité la totalité du sol.

du canton de Meath, en Irlande ; il a pour collègues le duc de Leincester, le marquis de Headford , lord Fingal , etc. Les juges de paix d'Irlande et d'Angleterre tiennent de leur raandat deux caractères distincts : ils sont officiers de police judiciaire et juges. » L'Irlande sociale, politique et religiemey par M. Gustave de Beaumont, t* I, i'^ part., ch. 11.

(1) Sur la singulière faveur dont jouissent en Angleterre le droit d'aînesse et les substitutions, même dans Topinion de ceux qui en souffrent le plus , voy, M. de Beaumont, dans Touvrage précité, t. II, 3* part., ch. iv, § 3 et A-

En vertu du système féodal , sur lequel repose toujours l'ADgleterre, les droits quelconques, sur* tout les droits politiques ^ étant des privil^es inhérents au sol, et concédés par le maître du sol, le souverain (i )^ il en résulte que les lords et ba-

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(i) Comme nos idéologues constitutionnels parlent beaucoup du système féodal et des libertés politiques anglaises , comme si c'étaient choses opposées, je ne peux mieux redresser leurs idées qu'en citant encore M. de Beaumont. « Lorsque je parle de gouvernement libre , je n'entends pa3 un gouvernement fondé sur l'assentiment constaté de tous les membres du corps sociaK,. je parle de liberté dans le sens anglais et féodal du mot. Or, pris dans cette acception y liberté est synonyme de privilège. Dans une société d'origine féodale, il n'y a pas un seul droit qui ne soit privilège. Le principe féodal est que tout procède du roi. — Le roi est maître de tout le royaume , de la vie , de la liberté de tous ceux qui le couvrent^ s'il ne possède plus toutes les terres , c'est qu'il les a concédées j s'il ne peut les reprendre, c'est qu'il s'en est interdit la faculté ; s'il ne dispose plus de la vie et de la liberté de ses sujets que dans certains cas et suivant certaines formes, c'est qu'il en abandonne le pouvoir; s'il y a dans le royaume un comté, une ville, une paroisse qui se gouverne et s'administre autrement que par son ordre et suivant sa volonté, c'est encore parce qu'il s'est dessaisi de son autorité à cet égard. On ne dit point en Angleterre : La liberté e»t un droit imprescriptible de l'homme ; mais on dit : Le droit de n'être arrêté, poursuivi en justice, et troublé dans sa propriété que suivant la forme et par les magistrats désignés par la loi, est un privilège concédé par le roi Jean, et qui depuis n'a cessé d'appartenir à tout Anglais. •• Voilà pourquoi en Angleterre, quand une question politique se présente, vous n'en-

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