‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 113 sur 151 · LIVRE m, CHAPITRE X. SSq · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE X. SSq

C'est bien là le grand danger que courent les libertés américaines; et déjà la démocratie y fait sentir ce qu'elle produit inévitablement là où elle est dominante : le despotisme jaloux des masses, ennemi de toutes les supériorités qui lui portent ombrage^ et des entraves opposées à ses passions.

Peu contents d'insérer dans la constitution fédérale la défense aux États de créer dans leur sein un corps de njohles^ défense que je n'entends nullement blâmer, les Ânglo-Âméricains combattent de toute manière la tendance légitime et naturelle qu'ont les grandes fortunes à s'ennoblir par la culture de la science , des lettres , par le dévouement au bien public. « Les riches s'y trouvent dans une position analogue à celle des pauvres en Europe : ce sont eux qui se défient de la loi (i). »Et il faut avouer qu'ils ont bien quelque raison de s'en défier; car si la loi ne leur est pas toujours contraire, l'opinion de la majorité gouvernante leur est défavorable. M. de Tocqueville observe fort bien que cet instinct qui porte les petits, non à monter vers les grands, mais à rava-

crains pas de le dire, dans une semblable république, le despotisme deviendrait plus intolérable que dans aucune des monarcbies les plus absolues de l'Europe. » De la Démocratie, t. II, p. z56.

(i) Ibid.,p. ii8.

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1er ceux-ci, ri est point français y comme plusieurs pensent, mais ^ il est démocratique.

« Le peuple règne sur le monde politique américain comme Dieu sur Tunivers. Il est la cause et la fin de toutes choses; tout en sort et s'y absorbe (i).» Malheureusement, le peuple n'a pas la sagesse souveraine qui ne hait que le mal, et sait encore le tolérer en vue du bien.

Le peuple ne veut pas qu'on le dépasse en rien, et il ne comprend pas qu'un État qui redoute les personnes à grandes pensées et à longues vues, restera toujours petit et faible , quel que soit le chiffre de sa population. <c Pas de pays dans le monde où, proportion gardée avec la population, il se trouve aussi peu d'ignorants et moins de savants qu'en Amérique (2). » L'universalité de l'instruction primaire est chose excellente ; mais il faut bien se garder de mépriser l'instruction supérieure, la culture des hautes sciences et des lettres. La bonne politique exige qu'on les favorise, sans les trop exalter, attendu que \e petit peuple des lettres est le plus révolutionnaire qu'il y ait (3).

(i) De la Démocratie^ t. I, p. 86.

(a) Ibid., p.8i.

(3) « Ce que VAlmanach des Muses a fourni d'agents à la Terreur est incroyable : la vanité des médiocrités en souf-

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