LIVRE ÏIÏ, CHAPITRE X
Le peuple américain ne voit pas qu'en humiliant les riches et les réduisant au rôle avilissant d'adulateurs de ses passions , il en fait des ennemis de ses libertés; qu'il se prive des chefs nécessaires au jour où elles seraient en péril (j). Il oublie trop que ses libérateurs appartenaient la plupart à de grandes familles, notamment le plus grand , le plus éclairé, le plus noble de tous : Washington.
« Je ne connais pas de pays où il règne en général moins d'indépendance d'esprit et de véritable liberté de discussion qu'en Amérique, » dit M. de Tocqueville, après une peinture effrayante de cette intolérance de l'esprit populaire, et il ne dit rien qui ne soit confirmé par les écrivains les plus favorables à l'Union américaine (2).
France produisit autant de révolutionnaires que Torgueil blessé des culs-de-jatte et des avortons : révolte analogue des in6rmités de l'esprit et de celles du corps. » Chateaubriand , Mémoires d'outre-tombe, III® volume.
(i) « Il est aisé d'apercevoir dans les riches un grand dégoût pour les institutions démocratiques de leur pays. Le peuplo est un pouvoir qu'ils craignent et qu'ils méprisent, » De la Démocratie, t. II, p. i3. — « Je me rappelle, dit M. de Beaumont, d'avoir vu M. Henri Clay, redoutable antagoniste du général Jackson pour la présidence des États-Unis, parcourir le pays avec un vieux chapeau et un habit troué. Il faisait la cour au peuple. — Chaque régime a ses travers, et tout souverain ses caprices. » Marie ou V Esclavage, t. 1 , p. 227.
(a) De la Démocratie, t. II, ch. vu.
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Celle tyrannie de l'opinion suffirait à perdre un peuple, n'eût-elle d'autrç résultat qu« d'em* pécher les lois propres à le sauver.
c Aux États-Unis, il n'existe pas de législation relative aux banqueroutes. Seraitpce parce qu'il n'y a pas de banqueroutes? Non; c'est, au con* traire, parce qu'il y en a beaucoup. La crainte d'être poursuivi comme banqueroutier surpasse, dans l'esprit de la majorité, la crainte d'être ruiné par Us banqueroutes (i).»
Presque tous les crimes provenant de l'abus des liqueurs fortes, <c D'où vient, demandai*je , que vous ne mettez pas un droit sur l'eau-de-vie? — Nos législateurs y ont souvent pensé, mais l'en-' treprise est difficile. On craint une révolte; et d'ailleurs les membres qui voteraient une pareille loi seraient bien sûrs de n'être pas réélus, u
Rien de plus juste que la réflexion qui vient ensuite : « La démocratie ne peut obtenir la vé-
(i) « Peu de temps après mon arrivée en Amérique, comme j'entrais dans un salon où se trouvait réunie l'élite de la société de l'une des plus grandes villes de l'Union, un Français, fixé depuis longtemps dans ce pays, me dit : « Surtout n'allez pas mal parler des banqueroutiers. » Je suivis son avis, et fis bien; car parmi tous les riches personnages auxquels je fus présenté, il n'en était pas un seul qui n'eût failli une ou deux fois dans sa vie avant de faire fortune. » Marie ou tEsciapoge, 1. 1, 36a.
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rite que de Texpérience, et beaucpup de peuples ne sauraient attendre 3aos périr les résultats de
leurs erreurs (i). »
Çe$ considérations, et une foule d'autres, fpnt vivenient désirer que les Américains réalisent les espérances qu'exprime M. de Tocqueville en parlant des progrès du catholicisme aux États- Unis (a).
£n effet , l'Église catholique peut seule consolider les si intéressantes républiques du pprd de l'Amérique, parce qu'elle possède, à l'exclusion de toutes les églises de fabrique humaine, les remèdes appropriés aux maladies morales et autres qui menacent les libertés américaines.
Elle conservera et accroîtra l'esprit religieux de famille , ruiné par les sociétés secrètes et par le dévergondage des prophètes et faiseurs de religions nouvelles.
Elle combattra cette cupidité démesurée, que tous les amis de l'Union américaine déplorent; cupidité que le livre de vérité appelle avec tant de raison la racine de tous les maux.
Elle vaincra , comme elle a déjà vaincu dans tous ses enfants, le préjugé antichrétien qui, en excluant le Nègre et l'Indien des bénéfices de
(i) De la Démocratie j t. II, 91-2.
(a) Ibid., t. III, ch. VI.
la société américaine, les en constitue nécessairement les ennemis, et prépare un avenir effrayant aux États à esclaves.
Par la multiplication de ses établissements scientifiques , qui sont déjà les plus beaux de TUnion, pour ne pas dire les seuls, l'Église répandra le goût des études, en y mêlant Xarome qui empêche la science de se corrompre.
Enfin , par son union dans cette foi qui avait donné le sceptre de l'univers à l'Europe avant que celle-ci lui eut préféré la marotte des visionnaires religieux et politiques , la nation américaine ne connaitrait plus de rivale. En possession du plus vaste, du plus riche territoire qu'éclaire le soleil, maîtresse de toutes les mers, elle succéderait à notre rôle d'éducateurs du genre humain, acquérant autant de droits aux bénédictions du ciel et de la terre, que nous nous en donnons à la pitié universelle.