CHAPITRE XI
1É8ULTAT DBS ÂTUDBS PRÉCÉDEHTES. — SOLUnOH DU 6KAKD
PROBLÂME POLITIQUE.
On doit le voir, le gouvernement monarchique. Je gouvernement aristocratique ^ le gouvernemeni démocratique ne sont et ne peuvent être que trois formes du despotisme, quand ils n'ont pour règle que les volontés du monarque, les volontés de Taristocratie, les volontés du peuple.
Nous parler de la droiture infaillible des volontés monarchiques, des volontés aristocratiques, des volontés démocratiques, c'est dérision. Le bon sens chrétien, l'expérience et l'histoire sont là pour démontrer l'infaillibilité des travers monarchiques, des travers aristocratiques, des travers populaires^ quand princes, grands et peuple ne prennent pour règle que leur raison, leur volonté, c'est-à-dire leurs passions.
Il y a toutefois une différence. Dans la monarchie absolue, les passions souveraines sont en gé-
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néral y sinon contenues ^ du moins tempérées par des traditions, par des habitudes d'honneur et de générosité, par un intérêt manifeste de conservation. Le prince est un grand propriétaire qui doit tenir à faire, comme on dit, vie qui dure, à moins toutefois que ses entours ne l'enivrent, ce qui, à la longue, est à peu près infaillible.
Je dis la monarchie absolue , celle où le prince est responsable devant Dieu et devant la conscience publique de tous les actes de son gouver* nement. Quant à la monarchie dite représentative, maje^stueuse inutilité {i) qui règne et ne gouverne pa$» il n'y a plus personne qui ignore que c'est le libre gouvernement des ambitions le» plus aveugles, des cupidités les plus insatiables, des plus sordide3 médiocrités. On connaît la peinture qu'en a faite, dans ses derniers jours, l'auteur de la Monarchie sfihn la Charte.
Dans les sommités gouvernantes , on a le dé^ vouement qiU voit la patrie dans son pot^aU'^feUf les affaires publiques dans son niéncfge^..*. On a des g^ns gonflés de leur importance , ensorcelés de leurs emplois j affolés de leur argent^ décidés à se fair^ tuer pour leurs pensions ; rien ne les en dé^
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(i) L'expression, qui appartient à Y Histoire des GOvndinsp est pivft brillajtfe que jutte » rien nf étant moins ihaffestueux qu'une inutilité, surtout: qM^nd elle est dispendieuse.
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tachera; ç^est à la vie et à la mort Au-dessous^
Végqïsme est générale On se ratatine pour se sous^ traire au danger^ garder ce qvion a^ vi^^oter en paix (i). Dans les masses, témoins et victimes de ces gaspillages, s'élève le cri : K bas les exploit teurs !
La monarchie représentative est le chemin le plus court au règne des blouses.
Les passions aristocratiques sopt de toutes les plus conservatrices 9 mais aussi les plqs absorbantes, les plus tenaces. Elles vont, comme pous l'avons vu, jusqu'à interdire aux masses la terre, l'eau, la lumière, l'air, le feu. Si l'aristocratie adore ses parchemins, ses quartiers de noblesse, et qu'elle se montre exclusive et hostile aux parvenus, comme en Allemagne et eq Pologne, elle pourra être humaine, charitable, mais elle oubliera le premier devoir de la charité chrétienne dans les grands : C éducation des petits. Si l'aristocratie se montre accessible, et qu'elle dise, comme en Angleterre : Apportez-moi de l'or, et vous serez bien reçus ! elle dissimulera , si vous voulez, mais elle nourrira , encore plus qu'ailleurs , un mépris profond pour les masses , attendu le proverbe : // n^ a pire maîtresse que F ancienne sentante. Vous verrez se
(i) Mémoires d'outre-tombe, t. X.
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développer dans les classes inférieures une effrayante cupidité qui fera argent de tout. La traite, la vente des enfants y seront publiques et légalement incorrigibles, et même vous rencontrerez tel marché public , où le mari conduit sa femme ^ liée par le cou avec une corde; il F attache au lieu oà se vend le bétail j et là, il la vend publiquement en présence de témoins (i).
Quant aux passions populaires , elles sont si faciles à pervertir, là surtout où la centralisation a fait de la populace des villes l'organe légitime de la population générale, que les chefs de clubs peuvent, de ce soir à demain , leur faire décréter l'abolition de tous les principes sociaux.
Quelles sont les plus désastreuses de ces trois espèces de passions gouvernantes ? J'inclinerais à croire que ce sont les moins brutales. Rien de plus facile à rapprocher et reconstituer qu'une nation brisée par la violence (supposé qu'une nation bien organisée puisse élre brisée) : on en a sous la main les éléments essentiels, des individus amis de l'ordre, dévoués à leur famille, à leur commune, et par là même à la patrie. Mais quand le pouvoir central a tout attiré à lui , et tout cor-
(i) M. Pillet, VJngleterre vue à Londres, etc., ch. xxxv,
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rompu de longue main, que faire de ce cadavre en putrëfaction ? Le couvrir de terre.
Quoi qu'il en soit de cette opinion , on n'osera pas, je pense , me contester ce fait : Le règne des passions monarchiques et aristocratiques porte dans ses flancs le règne des passions anarchiques.
Comment donc réorganiser sur nos ruines des , gouvernements moins malheureux que ceux du passé?
Pourrait-on encore essayer de tempérer la monarchie par un nouvel amalgame d'aristocratie clérîco-laïque et de démocratie? — C'est là une chimère qu'il faut laisser aux idéologues qui en sont encore à la maxime fondamentale de Montesquieu : Point de monarque ^ point de noblesse •j point de noblesse^ point de monarque^ mais on a un despote^ etc. (i).
Outre que, en opposant passions à passions, intérêts à intérêts, on n'obtient que des luttes qui finissent toujours par le triomphe d'une passion et d'un intérêt, comment remonter cette vieille machine, puisque vous manquez des deux éléments essentiels : une monarchie et une aristocratie territoriales et héréditaires? La même où cette aristocratie subsiste encore de fait, elle est morte dans la conscience des peuples, qui ne la
(i) De V Esprit des lois, liv. II, ch. iv.
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regardent plus que comme une anobiialie. Cette institution ne pourrait revivre que par une nouvelle conquête du sol; or si nous avons mérite que Dieu nous envoie de nouvelles armées de seigneurs^ dont la devise soit encore : Tant vaut la terre, tant vaut F homme, il est certain qu'il les recrutera ailleurs qu'en Europe.
Les trois ordres : clergé, noblesse, tiers état,' étaient l'appui et le frein nécessaires de la monarchie féodale, réputée maîtresse du sol, et source unique de tous les pouvoirs , de tous les droits. Mais il est évident que cette monarchie ne peut se réinstaller dans notre Occident qu'autant qu'elle y arrivera à cheval du nord de l'Asie ou d'ailleurs, suivie de millions de chevaux, et qu'elle trouvera les deux tiers des Européens ensevelis sous des monceaux de ruines.
Les juristes protestants et leurs copistes français, aidés de quelques théologiens de cour, essayèrent bien , au xvii* siècle , de relever la monarchie féodale des coups mortels que lui avait portés l'enseignement catholique. S'ils ne réussirent que trop à l'établir dans les faits, à l'insinuer dans des milliers de livres , du moins elle n'osa pas se poser insolemment comme un droit incontesté, excepté dans les ineptes élucubrations de ce Jacques 1^, de théologique mémoire, que Daniel O'Connell a si justement appelé un mons*