‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 140 sur 151 · LIVRE IV, CHAPITRK IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRK IV

continuer sans désemparer jusqu'au lendemain à dix heures. Dans ces occasions, on leur fait prendre du tabac pour les tenir éveillés, ou bien on les envoie de temps en temps plonger leur tête dans un baquet d'eau. Les ateliers où Von pousse r excès du trai^ail aussi loin que possible sont ceux qui admettent les plus petits enfants ( i ). »

«r On ne saurait rien imaginer de plus affreux que l'existence des apprentis à Willenhall... (obligés souvent de battre le fer vingt heures sans relâche, à peine nourris, punis par la famine, battus, blessés, parfois embrochés, enchaînés à des poutres , de peur qu'ils ne s'enfuient). Le maître couvre leur corps de plaies et de contusions; la maitresse leur arrache les cheveux et les oreilles. Plus ils demandent merci, et moins on leur montre de pitié. Pourquoi les épargnerait-on ? Pourvu que Tenfant n'en meure pas , la justice s'en lave les mains. Le parlement a eu ces faits sous les yeux , et il n'a j>as cherché à y porter remède (o). »

On se montre moins brutal envers les enfants dans les manufactures du continent, notamment en France; mais il n'en est pas moins certain que le régime moral et physique auquel on les soumet à peu près partout est des plus désastreux.

(i) M. Faucher, etc., ibid., t . II, p. iiaii4« (•2) Ibid., p. i8:i, 184.

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« Ces malheureux eufanti t dit M, Villermé , ne voient que désordres, n'entendent que propos obscènes y ne s'imprègnent que de vices : élevés dans une atmosphère d'impuretés , façonnés par les mauvais exemples , et ne pouvant connaître autre chose, ils imitent ce qu'ils voient faire, et ils deviennent nécessairement , comme leurs parents, ivrognes, débauchés, abrutis (i). »

Qu'il est triste de « voir cette multitude d'en* fants maigres, hâves, couverts de haillons, qui s'y rendent (à l'atelier) pieds nus par la pluie et la boue, portant à la main, et, quand il pleut, sous leur vêtement devenu imperméable par l'huile des métiers tombée sur eux, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu'à leur retour (21)! »

Et dans ces ateliers^ plusieurs d'une grande insalubrité, tels que ceux des filatures de coton, comment traite-t*on ces petits travailleurs? Par une dureté dont on n'use ni envers les forçats du bagne (dont la journée de présence n'est que de douze heures, réduite à dix par le temps des repos) , ni envers les nègres des colonies (dont la journée est de neuf heures). On oblige ces pauvres victimes à « rester seize à dix^ept heures debout chaque jour , dont treize au moins dans une

(i) Tableau, etc., t. n, p. 49.

(a) Ibid., p. 84.

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