LIVHK IV, CHAPITRE IV
pièce tetmée j sans presque changer de place ni d'attitude. Ce n'est plus là un traTail, upe tâch#: c'est une torture; et on l'inflige à des enfants de six à huit ans, mal nourris, mal 'vétus^ oblige^ de parcourir dès cinq heures du matin la longue di^ tance qui les sépare de leurs ateliers, et qu'achève d'épuiser^ le soir^ leur retour de ces mêmes ateliers. Comment ces infortunés, qui peuvent à peine goûter quelques instants de sommeil, résisteraientils à tant de misères et de fatigues (i)? »
Ne parlons pas des accidents qui estropient ces petits ouvriers , leur emportent un membre , les mettent parfois en lambeaux; accidents si communs, qu'un médecin de Manchester a constaté que , sur cent six enfants , quarante-six avaient été blessés dans les filatures ; accidents que l'on pourrait prévenir en grande partie par une légère dépense, comme observent les auteurs que nous citons, mais auxquels le génie industriel n'attache pas la moindre importance, tant il redoute peu la consommation des vies humaines (2) !
Après six jours et une partie des nuits passés dans cet enfer, est-il étonnant que les enfants se précipitent, au jour du repos, dans les tavernes,
(i) Tableau, etc., t. n, p. 91.
(1) Études sur t Angleterre, t. II, p* 3i.— Tableau de l'état physique et moral, etc., t. II, p. •69.
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et s'y ensevelissent, comme leurs parents, dans une longue ivresse? £st-il étonnant que les mères elles-mêmes y portent leurs nourrissons, et leur apprennent à sucer Feau^de-vie ai^ec le lait (i)? Je passe à pieds joints sur ces abominables orgies, pour arriver au résultat.
Que devient la famille, alors que pères, mères, enfants, dispersés dès la pointe du jour dans différents ateliers, écoles de corruption, et passant le dimanche dans les tavernes, ne se rencontrent, la nuit, dans leurs misérables demeures, que pour s'entasser pêle-mêle comme des animaux iramondes (a) ?
Que peut-il sortir de là que ce qui s'y trouve en effet, le communisme pratique, la barbarie du sauvage?
Oui, la barbarie du sauvage, mais du sauvage imprégné de nos vices et privé des qualités morales et physiques que donne la vie des forêts.
Le sauvage du désert soigne son corps, celui de ses enfants; peu content de le laver^ il s'applique à l'orner, à l'embellir par le tatouage. —
(i) ÉtudeSy t. I, p. 347.
(2) « £q vivant comme des animaux immondes, les hommes ne doivent-ils pas con trader à la longue les mœurs de la bestialité? Ce qu'il y a de certain, c*est qu'il se forme trop souvent, au fond de cette fange, des relations dont la nature a horreur. » Études ^ t. II, p. BG Tableau^ 1. 1, p. 83.