LIVRE I, CHAPITRE V
nous avons pu discerner en nous l'êlre qui pense de l'être qui digère^ n'est-il pas vrai que nous sommes à bout de voie et que le reste est lettre close? Quel est le physiologiste^ le naturaliste, assez versé dans la connaissance de notre organisation et de la nature matérielle pour nous dire : Voilà ce que vous avez à faire pour tirer le meilleur parti possible des éléments pondérables et impondérables , des animaux, des végétaux, des minéraux, sans avoir à redouter leui's propriétés nuisibles ?
De l'impénétrable mystère qui couvre l'essence des êtres , il résulte donc pour notre esprit l'impossibilité de discerner les rapports qui les unissent. Mais si nul homme doué de quelque réflexion ne peut se flatter de découvrir par luimême la science sociale, nous pouvons tous l'apprendre de celui qui s'appelle avec raison le Mat* tre des sciences j le Père des lumières (i).
On m objectera peut-être que des intelligences bornées comme les nôtres sont aussi incapables d'apprendre une science infinie que delà découvrir. Je répondrai qu'il faut distinguer la science sociale parfaite, absolue, fondée sur la claire vision des choses, de la même science réduite par le Maître à une formule abrégée. La première n'existe qu'en
(i) Ps. xcin, II ; saint Jacques, Ép, cath.y ch. i, v. i
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Dieu, dont nulles ténèbres ne (roublept le rfgardi l'autre, appropriée à notre état présieq^, peut être accessible aux esprits l^s plus vulgaires. Rendons cela sensible par une qornparaison.
S\iT un priilUon d'Européens, cent $i pein^ sont en état; de comprendre les savants calculs sur les* quels r^pose la science astronomique. Cependant, il est p0U d'écoliers qui, après quelques leçoUs sous uï\ bon maître, ne puissent connaître les ré? sultats généraux des découvertes astronomiques et se faille une juste idée du système céleste 0t de la place que notre planètp y occupe. I^a plqparl des hommes instruits s'en tiennent ^ ces notions élér mentaires, et, dans l'impuissance oiii ils sont de vérifier les calculs, ils en acceptent le résultat 0up la foi des mathématiciens.
£h bien I ce que les mattres d'astronomie fonl tous les jours, l'éternel géomètre de l'univers s^ daigné le faire pour la grande école du genre humain • Sans nous dévoiler toutes les profondeurs de la science sociale, il nous y a sufBsammeqt ini* tiés, à l'aide d'une formule qui n'est ni au-dessous des plus grands esprits, ni au-dessus dés plus fair blés. Le Décalogue chrétien contient en dix lignes l'expression la plus nette dd nos rapports essenr tiels avec l'universalité des êtres. L'enfant y puise sans efforts la connaissance de ses devoirs, et,
aprfàs de profondes fRédit^tions, le génie politique