LIVRE I, GVàPITAE V
troqv^ que rien n'y manque pour le bon gouvernement des hommes.
Mais, me dira-t-ou, si la révélation est iodis*» pensable pour connaître les premiers principes de la première des sciences, à quoi sert donc la raison ?
— La raison n'a jamais servi qu'à deuK choses : 1^ à bien saisir les premiers principes, qui sont les germes du savoir; 2^ à travailler sur ces principes pour les féconder, et ainsi étendre nos connaissances. S'imaginet* que la raison puisse tenir lieu de la révélation, ce serait montrer qu'on n& connaît ni l'une ni l'autre. Donnons un exemple. Voilà un entant de cinq ans doué d'une grande ouverture d'esprit; direz- vous : Cet enfantannonce beaucoup de raison, il peut donc se passer d'un maître? Non : l'essor de cette jeune raison est précisément ce qui vous fait sentir la nécessité d'un maître qui lui révèle les éléments du savoir et ta manière d'en user. S'il s'agit au contraire d'un sujet totalement idiot, vous direz : Cet enfant est privé de raison, inutile de lui donner un maître. Vous voyez donc que la raison appelle la révélation, loin de l'exclure.
Généralisez maintenant cette observation, et dites : La raison humaine, qu'on la considère dans la généralité des hommes ou dans chaque indi* Ytdtj, n'est pas, n'a jamais éié le savoir lui-même;
elle esl la faculté d'arriver au savoir : or le moyen employé de lout temps pour élever un homme de l'ignorance au savoir, c'est la révélation, c'est-à« dire l'enseignement d'une raison ignorante par une raison instruite. En donnant aux hommes la raison, soit la faculté et le désir d'arriver à la science, Dieu s'est donc engagé à leur révéler celle-ci.
On me dira encore que le fait d'une révélation divine, si fondé qu'il paraisse, n'en reste pas moins problématique pour un grand nombre d'esprits, et que, en le donnant pour base à ces études sociales, je soulève de prime abord une masse de préjugés.
Je réponds à cela deux choses : i** Tout est problématique pour qui ne veut rien approfondir. La divinité de la révélation chrétienne, si abondante qu^elle soit en preuves historiques et autres, n'échappe pas à cette règle. Elle n'est reconnue que par ceux qui veulent la connaître; elle ne s^impose, comme un fait irrécusable, qu'aux esprits qui ne lui opposent pas le rempart de l'ignorance et de l'irréflexion. a° Mon dessein n'est nullement d'établir ce grand fait, ni de le donner pour base à ces études. Celles-ci rouleront, comme on peut déjà le voir, sur l'homme réel et historique; cet homme, nous l'étudierons à la grande lumière des faits.
S'il résulte de là que le système chrétien pos-