‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 20 sur 151 · SUR LES ENFANTS DE TOUT AGE · texte numérisé non relu

SUR LES ENFANTS DE TOUT AGE

Dans ce que j'ai dit prëcédemment de notre ignorance native et de la nécessité d'une révélalion, quelques lecteurs croiront apercevoir l'expression, non d'un fait avéré, mais d'une simple hypothèse philosophique. Vous supposez, me diront-ils, que toutes nos connaissances viennent du dehors, et que l'intelligence de l'enfant est une faculté absolument vide, une véritable table rase.

Pour exprimer nettement ma pensée sur ce sujet, j'ai besoin d'une explication.

La grande question de l'origine de nos connaissances a donné lieu, en philosophie, à deux opinions opposées. L'une, que j'appellerai le pur traditionnalisme, suppose en effet que notre âme est d'abord un vase vide, une pure capacité, privée de toute initiative et spontanéité dans l'ac-

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UVKE I^ CHAPITRE YI. 49

quisition des connaissaiices premières , de sorte

que celles-ci seraient, dans l'esprit de l'enfant, '^

une importation due seulement à la parole du i'

maître. L'autre opinion, qui est 'le pur rationa-* i;

lisme, veut, au contraire, que notre raison porte fc

en soi la vérité absolue, et que, si l'enseignement |

lui est utile, nécessaire même pour entrer en ^

jouissance de ce trésor, elle n'en reste pas moins,

pour chacun^ la lumière des lumières ^ Fautorité \

des autorités^ le juge en dernier ressort du vrai

et du faux, du juste et de l'injuste.

Je n'admets ni l'une ni l'autre de ces hypothè* ses. Le vrai, selon moi, est que l'âme humaine, à son entrée dans la vie, n'est pas ce que suppose le tradition nalisme, une espèce de néant, un être mort, qui reçoive le mouvement et la vie de la parole du maître : elle est encore moins ce que rêve le rationalisme, un Dieu possédant en soi la plénitude de la lumière.

Que les traditionnalistes se moquent des idées innées j telles que les expliquent certains philosophes, à la bonne heure : mais nieront-ils le fait V des aspirations innées? L'homme est un animal | curieux^ disaient avec raison les anciens. Nous naissons tous avec un désir vague, mais irrésisti» ble, qui nous pousse à la recherche de je ne sais quoi qui nous apparaît partout , et que nous ne trouvons nulle part. Il faut n'avoir Jamais vu les

au tA SCUENGË SOCIALE.

eQfapts pour ignorer qu'ils sont la curiositë même. Le désir ne pouvant se concevoir sans une perception quelconque de Fobjet désiré , il faut donc que Tàme humaine porte en soi une notion obscure et instinctive de ce qui l'attire*

Au lieu de se tenir beaucoup trop dans le pays des abstractions et de donner à certaini» mai^imes de l'école un sens absolu que n'y atta-* obèrent pas les grands philosophes dont on invoquefautorité^que les traditionnalistes étudient de près Thomme réel , qu'ils réfléchissent à la manière dont il se forme, et ils reconnaîtront que son éducation intellectuelle n^est, comme son éducation physique , que le développement d'un travail de vie antérieur à toute éducation. En effet, que fait le précepteur? Il aide l'enfant à débrouiller le chaos de sa pensée, comme la nourrice l'aide à entretenir et déployer son organisme. Mais les soins de l'un et de l'autre seraient parfaitement inutiles, s'ils ne s'adressaient pas à un être déjà vivant au moral et au physique. Cest parce que Dieu nous a créés pensants , que nous apprenons à penser juste. Parler, c'est-à-dire révéler notre pensée à une âme qui , de son cèté, ne penserait pas, ce serait allaiter un cadavre.

Quant aux rationalistes, il suffit de leur dire : Votre foi à la toute-puissance de notre raison prouverait) si elle était sérieuse^ que vous n^avez

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