LIVRE ly CHAPITRE VI. 5l
jamais ni fait l'essai de ses forces ni lu l'hisloire
de ses travaux depuis plus de trente siècles.
Qu'a^t-'On vu en philosophie, quand on n^y a pas
vu que la première et dernière raison des choses
échappe nécessairement à nos moyens actuels
de connaître? Donner notre intelligence pour
mesure suprême du vrai, comme vous faites, j
cW nier Dieu ; il y aurait aveuglement à ne pas >
voir cela. Si vous voyez la conséquence et que ;
vous l'admettiez, avouez donc que vous êtes \
athées ou panthéistes, et dès lors, pour raisonner I
avec vous, on attendra que votre raison ne soit
plus malade.
Les exagérations réciproques des traditionna* listes et des rationalistes une fois écartées, exa* minons les faits qui restent et les déductions qui en résultent.
L'âme humaine entre dans ce monde avec des tendances exorbitantes et des prétentions intinies. Éternellement mécontente de ce qu'elle y trouve, passionnée pour ce qui n'y est pas et ne peut même pas y être, nous Ja voyons, du berceau à la tombe, aspirer au changement, ne vivre que dW pérances, et prendre la vie en dégoût dès que Tes*! pérance lui échappe.
Regardez cet enfant dont la gestation a été, pour la mère, un long supplice qui vient de finir par les douleurs atroces de l'enfantement} compareiJe aux
petits des animaux. Quelle placidité dans ceux-ci! Sils poussent quelques cris, ce n^est que pour appeler la pâture, et la pâture reçue, les voilà contents. Quelles exigences au contraire , et souvent quelles inexplicables fureurs dans celui-là! Tandis qu'une femelle quelconque élève très-bien et sans trop de fatigue la plus nombreuse couvée, il suffit d^un nourrisson pour épuiser de veilles et de soins une femme robuste et lui faire invoquer le secours d'une aide.
Que cet enfant me fait souffrir! dit la bonne — Oui, mais pourquoi, sinon parce qu'il souffre? Rien cependant ne lui manque : le lait abonde, la constitution de l'enfant est excellente, les fonctions nutritives sont parfaites, la crise de la dentition est encore éloignée. La souffrance n'est pas dans les organes, mais dans Fâme, qui ne vit pas de lait, qui s'indigne de la lenteur de ce petit corps à grandir assez pour lui permettre, à elle, de commencer ses évolutions.
Quelques jours après leur naissance, vous voyez les animaux se mouvoir, et vous ne pouvez qu'admirer la sagesse avec laquelle ils ne tentent jamais des mouvements au-dessus de leurs forces et ne prennent que l'exercice nécessaire au développement de leurs facultés.
Pour se hasarder hors de son palais aérien , l'oisillon attend le signal de la mère, et celle-ci